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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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La jardinière du Mississippi
Claude Kottelanne
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Claude Kottelanne

Dans ta maison une pierre à feu
s’est frottée aux alouettes

Les vitres sont devenues bleues
sous l’ardoise des lavandes

La lumière y danse sous l’aile des moulins.

C’est un feu qui couve sous la fraîcheur des mots

La margelle du puits la pierre du lavoir

Le sable des mains et la lèvre des vagues les prononcent à nouveau ce matin
toujours comme la première fois.

N’y refuse pas les amulettes d’enfance

Souviens-toi des grands steamers

Sur les ruisseaux du Mississippi

Tiens-t’en aux mots

Le monde les rêve quand tu les reconnais

Vaches et chiens ont le museau frais ce matin

Les fleurs ont pris d’assaut ta maison de feuillage

La rosée sous l’arc-en-ciel
berce ses bulles de savon

Nul n’a oublié sa tête de chatte

Aujourd’hui ta maison est un jardin

N’y refuse pas le bonjour de la mélancolie

De tendres chèvres y font la révérence

Sous le regard étoilé d’une huître perlière

Elles relèvent leur front de pierre douce

Songe que le grand paon de jour

Bat des ailes sur les feuilles d’une ancolie

Je n’invente rien

Dans l’approche d’un brin d’herbe

J’en possède même la photographie

Son ombre immense déjoue l’inéluctable

Un feu très doux y couve

Sous la fraîcheur des mots

Que prononcent les lèvres mouillées
d’une grande consoude bleue

tiens-t’en au prestige de l’alouette
(les incrédules y contemplent leur cadavre).

Donne ta langue au chat

D’Alice comme au grappin des nuages
une confidence de femme

Son jardin est une maison

Les mots s’y déshabillent

Une pierre à feu s’y frotte aux alouettes

Entre les draps d’une maison et d’un jardin

Palpite le seul secret d’une lampe

Un souffle s’apaise sur la braise du sang

Il veille sur la jardinière du Mississippi

30.1.2006
Minuit




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