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Christiane Passevant
On the Ice
Film de Andrew Okpeaha MacLean

Premier long métrage inuit de fiction, On the Ice de Andrew Okpeaha MacLean [1] est un drame qui se situe dans les immensités glacées du Pôle Nord, dans une petite ville d’Alaska, Barrow, dont la famille du réalisateur est originaire [2]. Le film est interprété par des comédiens non professionnels [3]. Ce qui lui donne une authenticité troublante et un naturel qui parfois frôle le film documentaire.

Les conditions et le lieu de tournage confère également au film une originalité indéniable comme le souligne le réalisateur : « J’ai tourné On the Ice à plus de 500 kilomètres au nord du cercle arctique dans la ville de Barrow en Alaska. C’est là d’où je viens. La température en hiver approche régulièrement les moins 40° C. De novembre à janvier, le soleil ne se couche jamais alors que de mai à août, il ne se lève plus du tout. C’est un endroit où la terre, le ciel et la glace s’étendent à l’infini, ce qui crée paradoxalement un sentiment aigu de claustrophobie et d’isolement. »

Le film ouvre sur une scène de danse et de musique traditionnelles. L’un des protagonistes doit poursuivre des études supérieures, un autre va devenir père et se sent piégé. De maison en maison, on prend peu à peu conscience de la vie des familles entre vie rurale traditionnelle de la région et importation étatsunienne dans cette région de l’Alaska. L’alcool y est présent et paraît pallier à l’ennui et la perte des valeurs. L’un des garçons découvre sa mère ivre morte. Durant une fête qui rassemble des jeunes, non seulement l’alcool circule abondamment, mais aussi le crack.
Le décor est planté pour une tragédie qui mêle à la fois sens de l’honneur,
pureté du paysage et déliquescence d’une société traditionnelle.

Trois jeunes garçons partent à la chasse au lendemain de la soirée, dont Qalli et Aivaaq, mais une dispute éclate en route et l’un des garçons est accidentellement poignardé. Totalement paniqués par les conséquences de l’accident, les deux autres cachent le corps dans la glace et dissimulent les traces sur la neige. Qalli et Aivaaq reviennent ensuite
en ville et déclarent la disparition de leur ami dans une crevasse. Les recherches s’organisent sans qu’il soit possible évidemment de retrouver
le corps. Malgré l’hypothèse de la noyade, les doutes persistent sur la véracité du récit des deux garçons et tout le film est bâti sur l’évolution du sentiment de culpabilité des personnages, leur amitié qui se délite et la dissimulation de la vérité qui semblent encore accentuées par les paysages sans fin et les jours sans nuit.

Liés par le secret du drame, leur amitié depuis l’enfance, l’appartenance
à une communauté, la crainte de perdre ce qu’il reste d’une liberté
illusoire et la certitude de ne pas pouvoir survivre dans un milieu carcéral, les deux amis s’enlisent de plus dans un mensonge dont le poids devient insupportable. Le vide de la banquise, son immensité et la beauté vertigineuse des paysages accentue encore la tension qui progresse inexorablement, comme une fatalité. Le film raconte « comment ces deux ados vont traverser une expérience singulière — avec les choix de conscience que cela implique — pour finalement découvrir qui ils sont profondément. C’est à sa manière un récit initiatique. Mais On the Ice parle aussi de qui sont ces ados à l’intérieur de cette communauté inuit, tellement à part dans la société américaine. Et en explorant ce que signifiait être membre de cette communauté, j’avais l’ambition de faire se côtoyer l’universel et le particulier. Les thématiques de la culpabilité, du repentir et du pardon parlent à tout le monde mais l’endroit d’où les personnages qui y sont confrontés sont issus donne une touche singulière. »

Le réalisateur dit avoir voulu tourner les scènes sur la banquise comme un western. Il décrit sa démarche, avec son chef opérateur Lol Crawley, en fonction des deux lieux principaux du film : « Notre approche a été double puisque le film se déroule dans deux lieux principaux très distincts : l’étendue glacée et le village de Barrow. Pour l’étendue glacée où se déroule notamment le meurtre accidentel, j’avais en tête des images de western et je voulais donc que les paysages et l’horizon soient toujours très présents à l’image derrière les personnages. C’est pour cela que nous avons beaucoup utilisé les plans larges pour les scènes qui s’y déroulent. Pour Barrow, par contraste, je souhaitais créer une atmosphère de claustrophobie pour montrer que cette communauté chaleureuse et prête à l’entraide peut aussi se révéler plus rude. » Images éblouissantes et étude d’une communauté ignorée, le film est une surprise étonnante.

http://www.youtube.com/watch?v=WqAXPqQTZdU