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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Nestor Potkine
L’Or nègre (2)
Tau tona
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Pour l’or, c’est bien connu, certains humains feraient n’importe quoi. Et pour manger, d’autres humains sont contraints de les suivre, ou pire, de leur obéir.

Un cas d’école ; l’ahurissante mine d’or de Tau Tona, en Afrique du Sud. 140 000 tonnes de minerai, 1,6 tonne d’or par an. Banal. Mais, bien moins banale, la profondeur maximale atteint 3,9 kilomètres.
3900 mètres sous terre. Souvenez-vous de vos cours de sciences naturelles. Plus ça compresse, plus ça chauffe. Donc, plus on descend sous terre, plus la roche est compressée, plus ça chauffe.

À 3,9 km sous terre, la roche chauffe à l’agréable température de 60 degrés centigrades. En conséquence la température de l’air va sur un rafraîchissant 55 degrés centigrades. Il va sans dire que les propriétaires de cette mine, l’une des plus rentables de l’Afrique du Sud, ont tenté de faire travailler les mineurs par cette température inhumaine. Les crève-la-faim locaux, passablement héroïques, ont vaillamment tenté de travailler. Seulement voilà, le capital ne peut pas grand-chose contre la biologie. Et les mineurs s’effondraient vite : coups de chaleur, déshydratation… des choses déjà dangereuses à la surface, mais là-dessous, là où l’on parcoure trois kilomètres de l’ascenseur jusqu’au front de taille (trois kilomètres dont bonne partie se fait à genoux), et où il faut une heure à l’ascenseur pour descendre ! Un mineur mort… c’est agaçant ces familles qui pleurent et puis ça laisse du matériel en position dangereuse, explosions, incendies, tout cela coûte cher.

Bref, Tau Tona dispose à présent d’un système d’air conditionné si puissant que dans les couloirs de ventilation primaires, on a vu des hommes de 70 kilos emportés par le vent ! Un million de dollars par mois de note d’électricité pour l’air conditionné. Euh, l’air conditionné, ne vous attendez pas à du 19 degrés. Non, 28 degrés. Tiède, l’air conditionné.

Il y a bien pire que la chaleur.

L’eau, par exemple. On ne peut jamais être sûr qu’à la poursuite du filon de 25 cm (sic) d’épaisseur, on ne va pas crever l’une des poches d’eau qui, pour être emprisonnée depuis des millénaires, n’en a pour autant perdu ni sa puissance de destruction ni sa température (entourée de roche à 60 degrés…). Une petite décapitation par jet d’eau brûlante sous pression ?
Et les gaz toxiques, un grand classique de la mine…

Non, il y a encore pire que tout cela. À 3,9km de fond, la pression de la roche approche la tonne par centimètre carré. Ce qui fait beaucoup. Tant, d’ailleurs qu’elle referme (oui, elle referme, elle pousse, elle pousse) le boyau d’exploitation au rythme de sept millimètres par jour. Rien d’étonnant à ce que les 800 kilomètres de galeries de la mine subissent des tremblements de terre. A quel rythme ? Oh, rien que de très raisonnable, un petit dix secousses par jour.

Les sauveteurs de Tau Tona sont les meilleurs d’Afrique du Sud. On le serait à moins.

Tous les tremblements de terre de Tau Tona ne mettent pas la vie des mineurs en danger, mais à dix par jour, la terreur est permanente. Simple chute de rochers, enfin, simple… un bloc de deux cents kilos qui vous tombe sur le torse, ça n’aide pas. Ou grosse chute, qui bloque votre retour, et qui ne vous laisse pour tout espoir que de prier l’Inexistant pour que les sauveteurs vous atteignent avant que vous soyez morts de soif ou d’asphyxie.

Est-ce une bonne nouvelle, donc, que l’on commence à utiliser une technique d’étayage appelée tout simplement « refilling » remplissage ? Le refilling consiste à reprendre la terre que l’on a enlevée, enfin plus exactement la boue qu’elle est devenue, à la repomper en bas, la mettre dans des sacs et boucher les trous.

Oui, bien sûr (si l’on néglige les pollutions entraînées… voir l’Or Nègre, 1), en particulier comparée à la solution adoptée jusque-là, l’étayage avec du bois, cette antique solution des mines du monde entier. A ceci près qu’à cette profondeur, plus exactement à cette température, assez rapidement, le bois s’assèche complètement. Complètement. Entre sécheresse et pression, il prend une étrange consistance, presque poudreuse, et devient aussi inflammable qu’une feuille de papier. Voire, il prend feu spontanément !

Comment combat-on les incendies à 3 kilomètres sous terre ? Avec difficulté. Le cours de l’or, lui, se porte à merveille.



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