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Christiane Passevant
Théâtre engagé ? Sacco et Vanzetti de Loïc Joyez
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Sacco et Vanzetti dans une nouvelle mise en scène de Loïc Joyez à Avignon, dans le cadre du festival Off du 8 au 31 juillet, au Théâtre du Rempart.

Écrite et mise en scène par Loïc Joyez, la pièce est pour la première fois représentée au théâtre Dejazet, à Paris, en mai 2008. Sacco et Vanzetti est à la fois fidèle à l’histoire du mouvement social durant les années 1920 aux États-Unis et universelle dans le contexte actuel de la crise et du traitement des immigré-es. Il est possible en effet de voir cette pièce à partir d’angles différents et, même si l’auteur-metteur en scène se défend d’avoir voulu produire une pièce militante, il n’en demeure pas moins que le sujet n’est pas neutre et engendre immanquablement une réflexion critique sur la justice, la politique et la réalité sociale.

Le cas du crime d’État est flagrant et les accusés sont, de toute évidence, condamnés par avance. Ils sont tous deux issus de l’immigration italienne et, circonstance encore plus aggravante, ils sont anarchistes. Il n’en faut pas plus pour que les deux hommes soient considérés coupables par les autorités, d’autant que la répression s’amplifie à l’encontre du mouvement ouvrier dans cette après Première Guerre mondiale. Répression des syndicats, des activistes, des immigré-es, de tout groupe à caractère subversif. C’est la grande période réactionnaire et xénophobe qui précède le krach de 1929 et c’est aussi celle de la prohibition, du règne de la mafia, de la corruption et des brutalités policières.

Dès la première scène, le public est fixé : une rue, une prostituée qui fait son billet d’humeur sur l’ambiance morose et la volonté politique de tout contrôler pour que tout soit « clean », un grand syndicaliste est attendu, arrive un ouvrier qui annonce la mort d’un compagnon, sans doute défenestré par la police… Panique et descente de flics. Deux hommes sont arrêtés…

Commence alors l’une des histoires les plus emblématiques de la peine de mort aux États-Unis. Si dans son texte, Loïc Joyez a repris en partie les actes du procès, le courrier des deux accusés pour préserver la spécificité de l’affaire politique, il n’en impulse pas moins une réflexion sur notre système et notre société. « La pièce est très ancrée dans les années 1920, tumultueuses et compliquées, et dans la période actuelle. »

Alors théâtre engagé ?

Loïc Joyez : Cela dépend comment l’on définit le terme engagé. Ce n’est pas dans le sens qu’on lui donnait au milieu du XX siècle, mais j’ai écrit cette pièce sur des personnages, Sacco et Vanzetti, qui étaient engagés. Il suffit donc d’être fidèle à leur engagement, à leur propre histoire et l’on peut considérer que c’est une forme d’engagement. On peut aussi voir les liens qui figurent dans la pièce, entre cette époque et aujourd’hui comme l’expression d’une forme d’engagement. Il faut dire aussi, même si ce n’est guère original, que le théâtre est un reflet, un miroir tendu au public à la société.
Mais il ne s’agit pas de plaquer une situation à l’actualité, c’est plutôt rendre un climat, une ambiance captée à travers une époque, un événement, comme pour l’affaire Sacco et Vanzetti qui a encore des échos puisque c’est encore joué sur scène.

C’est une pièce engagée dans le sens où elle montre une réalité sociale et le côté arbitraire de la justice.

Loïc Joyez : C’est un engagement, mais cela fait partie de l’histoire et, du coup, ne pas parler des événements équivaudrait à un désengagement. Dans cette nouvelle version qui sera jouée à Avignon, j’ai voulu que le personnage du procureur — qui fait partie d’une caste sociale et défend les valeurs de son « camp » — soit dans une situation d’affrontement, mais pas dans une outrance caricaturale. Je ne voulais pas d’un partage manichéen, qui apparaissait dans la première version. J’ai voulu reconstruire un procureur plus subtil, plus nuancé, qui n’a pas que des préjugés, mais aussi de véritables valeurs. Et c’est l’affrontement lorsque les valeurs des personnages se heurtent. La confrontation et la contradiction. Maintenant, au vu des documents, je pense que Sacco et Vanzetti étaient innocents et que le procureur était subjectif et partial.

Une nouvelle mise en scène ?

Loïc Joyez : Parmi les changements importants, il y a des aménagements, des améliorations, d’autres interprètes aussi. Je voulais une mise en scène plus cohérente et plus fluide. J’ai par exemple choisi un jeune comédien pour le rôle du procureur. C’est un parti pris osé puisqu’on est pas procureur à 25 ans, mais il m’a semblé capter dans la société, chez une partie des jeunes, le besoin de renouer avec des valeurs, peut-être des pulsions qui deviennent des valeurs, et une tendance au repli sur soi-même. J’ai en quelque sorte inventé un procureur qui a besoin de Sacco et Vanzetti pour se construire. Il a besoin d’un ennemi, des anarchistes pour se construire, pour exister. Les réactionnaires existent à tous les âges.

La pièce sera reprise à la rentée ?

Loïc Joyez : Pour le moment, je ne sais pas, mais je l’espère.

P.S. :

Entretien réalisé le 7 mai 2011.



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