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Daniel Pinós
Cuba. Les Castro renoncent au socialisme mais pas au pouvoir
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Les décisions du gouvernement cubain de supprimer à long terme 1,3 million d’emplois publics nous laisse présager d’un abandon définitif du modèle soviétique. Moins d’État et plus d’économie privée, mais en évitant les excès qui ont eu lieu en Russie après le départ de Gorbatchev. Un système plus proche de la voie chinoise ou vietnamienne, en tentant de prévenir le développement des inégalités… ce qui prouve que si les Castro ont renoncé à la construction du socialisme et à l’idéal porté par les révolutionnaires cubains à la fin des années cinquante, ils n’ont pas renoncé au pouvoir.

C’est ce qu’a annoncé lundi 13 septembre la CTC, la Centrale des travailleurs cubains, le syndicat unique. Le gouvernement de Raúl Castro avec la complicité de la CTC dévoile peu à peu sa stratégie pour réformer l’appareil productif et reconvertir les fonctionnaires. C’est ainsi qu’il prétend « actualiser » le socialisme cubain et permettre à l’île d’éviter la catastrophe économique et sociale qui menace.
Par ailleurs, il prétend se préparer à de nouvelles relations avec les États-Unis. Les inerties liées à la politique de confrontation avec l’ennemi juré du Nord empêchaient jusqu’à présent les frères Castro de mettre en place un plan pour éviter la débâcle. L’heure n’est plus aux grandes déclarations anti-impérialistes, les discours de Raúl Castro coïncident dans le domaine agroalimentaire avec le développement des relations commerciales avec l’empire américain.

Quand on additionne les annonces faites publiquement, les interventions officielles dans les centres de travail, quand on examine les documents internes et quelques confidences faites à des diplomates étrangers, on peut comprendre ce que signifie la feuille de route que Raúl Castro a distribuée à ses collaborateurs. L’exécutif liquidera, en trois ou cinq ans selon les versions, 1,3 million d’emplois publics qui ne sont pas nécessaires à l’économie cubaine. 1,3 million sur 5 millions de fonctionnaires.

«  Personne ne sera abandonné à son sort  », a promis Raúl en juin. Des offres d’emplois ou d’indemnisation seront faites, dans un premier temps, 600 000 emplois seront supprimés d’ici à mars 2011. Ceci avec le double objectif de dynamiser l’économie et de permettre aux licenciés de créer leur propre emploi. L’État délivrera 250 000 permis pour permettre aux chômeurs d’ouvrir ou de légaliser des commerces, des restaurants, des ateliers et d’autres négoces qui deviendront ainsi des établissements privés.

Les nouveaux entrepreneurs pourront embaucher des travailleurs. De cette manière, une grande quantité de fonctionnaires rejoindront le secteur privé. Depuis quelque temps, des expériences ont eu lieu, de nombreux travailleurs ont créé des magasins de coiffure et sont devenus taxis indépendants, elles se généraliseront prochainement, d’autres formes d’artisanat et de commerce indépendant vont naître.
Les Cubains ne sont pas habitués à ce type d’activités et les investissements pour créer ce genre d’entreprises leur semblent excessifs. Les restrictions qui sont imposées dans le développement de ces activités sont importantes, des pressions sont imposées par les autorités, les prix sont imposés et des entraves rendent difficiles l’exercice d’une activité indépendante.

Le gouvernement a promulgué il y a quelques jours deux dispositions importantes. L’une d’elle autorise les agriculteurs à vendre les produits qu’ils vendaient furtivement dans des kiosques à l’entrée des villes et des villages. Ils devront désormais payer un impôt de 5 % correspondant à leurs ventes et ils devront verser une contribution de 25 % sur leurs bénéfices à la sécurité sociale. L’autre disposition est un décret signé par Raúl Castro qui facilite les investissements étrangers prévus pour une douzaine de golfs avec des milliers d’appartements et de bungalows dans plusieurs régions. Récemment, une réunion entre investisseurs étrangers et les exécutifs de l’île a eu lieu à propos d’un de ces complexes. Le décret amplifie de 50 à 99 ans le terme de cession des terrains où pourront s’installer les pelouses et les urbanisations. Même si les entreprises cubaines faisant partie des compagnies mixtes pourront opter pour le « droit perpétuel des superficies ».

Le ministre du Tourisme, Manuel Marrero, a déclaré en juillet que les étrangers pourront de nouveau acheter des maisons à Cuba, comme on l’a permis dans les années quatre-vingt-dix. Par ailleurs, le terminal d’aéroport de La Havane qui reçoit les vols de Miami vient d’être fermé pour des travaux d’agrandissement (les avions atterrissent temporairement dans un autre terminal). Les travaux coïncident avec la discussion à Washington d’un projet de loi qui permettra aux Nord-Américains de voyager librement à Cuba, on peut mettre cette mesure en rapport avec d’autres mesures pour faciliter l’exportation de produits nord-américains sur Cuba. L’ouverture de l’île aux touristes nord-américains et ces nouvelles exportations mettraient fin aux restrictions et aux mesures d’embargo.

P.S. :

Article paru dans Le Monde Libertaire, n°1609 (21-27 octobre 2010).

Daniel Pinos participera prochainement à un cycle de conférences sur Cuba dans le cadre de l’université populaire de Saint-Denis (Dyoniversité).




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