Divergences Revue libertaire en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
Sur la militarisation, la solidarité avec l’Ukraine et la construction de mensonges
Chronologie d’une agression à St-Imier et réception de bellicistes écrivant dans la WOZ & taz13.

Origine GraswurzelRevolution

WOZ : Site web Die Wochenzeitung (hebdomadaire)
Taz Journal de gauche berlinois

On comprend vite que l’AfD en Allemagne vomit sur une affiche qui reprend un symbole du vieux mouvement contre le service militaire, sur lequel un fusil est brisé.

On prend le parti d’une dictature qui mène une guerre d’agression contre un autre pays, l’Ukraine. Une dictature que l’on aimerait bien voir s’installer ici aussi. Et pour repousser les réfugiés, l’"Europe des patries" a besoin de quoi ? C’est vrai ; des militaires.

Il devrait également être facile de comprendre que les communistes autoritaires s’opposent à une affiche qui se positionne "contre toute guerre". Celui qui est pour un État socialiste a besoin de structures de répression et bien sûr d’une armée. En outre, pour les amis de la défunte Union soviétique et de la RDA, l’ennemi principal justifiant la guerre est toujours et pour l’éternité l’OTAN. L’attaque de la Russie contre l’Ukraine est donc réinterprétée comme une guerre justifiée.

Il est également évident que les Verts allemands s’opposent à une affiche qui se positionne de manière antimilitariste et qui représente un char détruit. Les Verts, corrompus par le pouvoir, marchent sur des cadavres. C’était le cas lors de la guerre du Kosovo, c’est encore le cas aujourd’hui. Cent milliards pour les armes ont été votés par un gouvernement dans lequel les Verts occupent les ministères des Affaires étrangères et de l’Économie. La défense contre l’agression russe conduit à nouveau ce parti à la guerre juste, aux côtés de l’OTAN.

Jusqu’ici, tout est clair

Mais le fait que cette même affiche, sur laquelle on fait la promotion d’un "mouvement antifasciste et antipatriarcal contre la guerre", ait été arrachée par des participants lors d’une réunion anarchiste, est étonnant.

Nous spoilons :

 celui qui, lors d’une réunion anarchiste, interprète l’accrochage de l’affiche décrite ci-dessus comme une attaque, refuse la discussion qui s’ensuit sur la différence entre guerre et révolution sociale, et s’en prend physiquement aux antimilitaristes*, n’a rien à faire dans une réunion anarchiste.

 Celui ou celle-ci se positionne comme l’ennemi*d’un anarchisme qui rejette historiquement l’obéissance au cadavre, l’autorité, le commandement et l’obéissance, l’armée, le viol et le nationalisme, le meurtre pour de basses raisons et la militarisation. Qui tente de pousser le caractère antiautoritaire d’une pratique anarchiste dans les tranchées.

Celui qui ne supporte pas que des personnes refusent la collecte de fonds pour l’équipement et les armes pour des hommes militarisés, c’est-à-dire des soldats entre autres dans les tranchées, a rompu avec l’anarchisme. Nous parlons ici concrètement des "Solidarity Collectives" et de leur environnement.

Et il importe peu de savoir s’il s’agit de ceux qui brandissent leur "préoccupation" comme justification subjectiviste d’une position militarisée, afin d’étouffer les positions anarchistes. Ou s’il s’agit de ceux qui soutiennent inconditionnellement et servilement les "personnes concernées" à partir d’une compréhension identitaire décalée de la "solidarité".

Nous retrouvons leurs positions dans la WOZ, un hebdomadaire suisse alternatif qui tend vers la social-démocratie. Ou dans les catacombes et les bulles des lieux de rencontre branchés ou dans les cafés branchés de la bourgeoisie académique de gauche.

La critique des "Solidarity Collectives" a par exemple déjà été exprimée par un groupe qui a formulé une annulation de la participation à la fête ABC à Vienne à l’occasion de la participation de "Solidarity Collectives" (entre autres dans Autonomes Blättchen No. 53, page 52).

On peut maintenant se demander à juste titre : pourquoi s’en prendre à des personnes qui défendent une position militarisée ?

Peut-être parce que chaque être humain vaut la peine de ne pas finir dans les tranchées réelles ou idéologiques ?

Peut-être parce que nous ne voulons pas rompre avec des personnes pour lesquelles nous estimons qu’il vaut la peine de se battre ?

Peut-être parce que nous avons d’autres moyens de lutter contre la guerre que le militarisme et la militarisation de la psyché masculine - car ce sont surtout des hommes qui se trouvent dans les tranchées en tant qu’"anarchistes" (les exceptions confirment la règle). Et ce sont aussi beaucoup de femmes qui les soutiennent bruyamment. Pour ces hommes, la "propagande de l’action" consiste justement à propager et à mettre en œuvre une défense nationale nationaliste et étatique.

Alors pourquoi se fatiguer ?

Peut-être parce que le féminisme a déjà été plus loin dans l’analyse de l’armée, de la guerre, du viol et du patriarcat.

Peut-être parce que nous avons quelque chose à défendre ; un avenir qui n’a pas besoin de l’armée et qui n’a pas besoin de la merde patriarcale sous une forme sans cesse renouvelée.
Peut-être parce qu’en fin de compte, nous n’acceptons pas que le patriarcat et le militarisme se reforment actuellement, aussi bien dans la société que dans la bulle des anarchistes identitaires.

Beaucoup en ont fini avec les "Solidarity Collectives" et leur environnement. A juste titre, selon nous. Mais jusqu’à présent, nous avons perçu ces personnes, malgré toutes leurs contradictions, comme faisant partie d’un mouvement anarchiste. C’est à l’aune de ces revendications que nous les jugeons.

C’est pourquoi nous n’acceptons pas un incident et une agression à St-Imier et sa réception par les partisans de la guerre* dans les médias sociaux et dans la WOZ et le taz, et nous en profitons pour clarifier notre position.

Pas un pas de plus vers le militarisme ! Pas de paix pour les partisans de la guerre* de tous les côtés du front. Contre toute guerre !

A propos de l’incident et de l’agression à St-Imier

Nous nous trouvons à la rencontre anarchiste de St-Imier 2023. Plus de 4000 visiteurs*. Plusieurs centaines d’ateliers, des discussions et des rencontres passionnantes. Une grande performance du point de vue de l’organisation ! (même si à un moment donné, l’orga a été dépassée par les conflits le long de la question queer, du colonialisme, de l’islamophobie et bien sûr de la question de la guerre et de la militarisation).

Notre rapport décrit l’événement du "Collectif de solidarité" sur le thème : "Les anarchistes en guerre : analyse critique de la solidarité dans le contexte de la guerre en Ukraine".

La "salle du spectacle" était à peu près remplie d’environ 150 personnes. Les organisateurs* étaient déjà assis sur le podium, entre autres une journaliste de la WOZ, dont il sera question plus tard. Solidarity Collectives" avait installé un stand de merchandising directement à l’entrée. (3000,- euros au total ont été versés dans le trésor de guerre de "Solidarity Collectives" à la fin de la rencontre de St-Imier, pour subvenir entre autres aux besoins des soldats sur le front en Ukraine).

Lorsqu’une personne a accroché l’affiche "Contre toute guerre" sur une table apportée pour l’occasion, à l’écart du stand de merchandising, une avalanche s’est déclenchée, montrant tout le dilemme de la pratique militarisée. Car tous ceux qui veulent répondre à la guerre d’agression russe en Ukraine dans une logique de guerre classique doivent inévitablement diaboliser toute perspective fondamentalement antimilitariste pour ne pas faire vaciller leur propre image.

Cela montre l’impasse dans laquelle "Solidarity Collectives" s’est déjà engagé
.
En effet, à peine la personne avait-elle accroché l’affiche "Contre toute guerre" (voir annexe) qu’un jeune homme agressif du stand de merchandising s’est précipité et a demandé à la personne transgenre d’enlever l’affiche et de partir. Le jeune homme agressif a sérieusement cru pouvoir expulser les anarchistes de la salle. La personne transgenre lui a dit qu’elle ne partirait pas, que l’affiche restait là et qu’il n’avait pas le droit de décider de la présence de personnes. Le type a immédiatement commencé à élever la voix, son langage corporel était violent et il n’a fait aucun effort pour argumenter. Au lieu de cela, il a arraché l’affiche collée et a crié que la personne avec les affiches devait partir et l’a menacée physiquement.

Or, il existe quelques truismes dans le féminisme. Si tu es agressée, appelle à l’aide pour provoquer un changement de situation et faire sortir l’agression de la "sphère privée" et rendre la violence visible en criant fort. Le fait d’appeler à haute voix crée une publicité qui a ou peut avoir un effet protecteur. C’est exactement ainsi que s’est comportée la personne trans. Elle n’a pas fait dégénérer la situation, elle l’a rendue publique.

Elle a pris une autre affiche sur la table, l’a brandie dans la salle en direction de l’estrade et a crié à haute voix, de manière audible pour tous, qu’elle était attaquée, que cette affiche avait été arrachée, que ce n’était pas possible et a appelé à l’aide.

Le podium ne s’est pas précipité verbalement pour aider l’agressée, mais a refusé de le faire. Une femme du podium d’ABC-Dresden a même réinterprété l’incident en demandant de cesser de "déranger".

Un groupe s’est rapidement formée autour de la petite table haute et d’autres personnes de "Solidarity Collectives" ont également agressé verbalement et physiquement la personne trans. Ils ont arraché des affiches de la table, ont insulté la personne qui avait accroché l’affiche en la traitant d’Allemande "qui n’aurait rien à dire ici".

L’agressée a réagi en disant : "Je ne suis pas allemande, je suis arabe". "Mais tu vis en Allemagne", a répondu une femme ukrainienne qui devait ensuite s’asseoir sur le podium. Les attributions nationalistes et réactionnaires étaient la dernière chose à laquelle on aurait pu s’attendre lors d’une réunion anarchiste. L’un des agresseurs portait un T-shirt de "Solidarity Collectives" avec une kalachnikov, et c’est ainsi qu’il s’est comporté, étant le premier à arracher les affiches de la table.

D’autres personnes du public se sont alors précipitées au secours de l’agressée et sont intervenues pour lui demander pourquoi elle ne pouvait pas rester là avec ses affiches. Seuls le public et l’intervention d’autres personnes ont permis d’éviter d’autres agressions physiques.

Une femme de l’organisation générale s’est interposée entre la foule agressive, s’est identifiée comme femme de l’orga et a tenté de jouer les médiatrices. Elle a demandé à l’agressée de ranger sa pancarte et a pris la place des agresseurs. L’agressée a répondu qu’elle ne comprenait pas du tout, qu’il s’agissait d’une affiche contre la guerre et qu’il fallait la soutenir ici. On a ensuite accusé l’agressée d’avoir jeté les affiches sur la table de "Solidarity Collectives", ce qui, selon la personne trans, était une absurdité totale.

Le podium a échoué politiquement. Le fait que certaines femmes du panel se soient ensuite présentées comme féministes, mais n’aient pas fait le moindre effort pour remettre à sa place l’homme militarisé de "Solidarity Collectives", bien que la masculinité toxique soit l’un des problèmes auxquels les féministes* doivent généralement faire face, en dit long sur l’utilisation tactique du féminisme pour justifier leur propre militarisation dans le conflit ukrainien.

Ensuite, une personne connue pour être une force motrice derrière les "Solidarity Collectives" et qui devait ensuite monter sur le podium en tant que Boris d’ABC-Belarus (petite polémique en passant : bien qu’il vive lui aussi depuis un certain temps en Allemagne) a également proposé d’exposer les affiches dans le foyer en bas afin de pouvoir commencer.

Comme il s’agissait d’une évaluation critique du travail de solidarité en rapport avec l’Ukraine et non pas de repousser une agression transphobe par des hommes patriarcaux testostéronés, la personne trans a rangé les affiches et le tumulte s’est dissipé.

Mais cette agression mémorable résumait déjà toute la problématique. Une affiche "Contre toute guerre", issue d’une position queer, antimilitariste, anarchiste, migrante et féministe, a été censurée par des personnes qui l’ont perçue comme une provocation, car elle remettait en question leur position militarisée et leur politique identitaire concernant la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine.

Les affiches avaient déjà été arrachées à plusieurs reprises plusieurs jours auparavant à St-Imier par l’entourage de "Solidarity Collectives".

L’incident décrit ci-dessus a fait l’objet d’un faux récit incomplet, diffusé notamment par la WOZ, dont il sera question plus en détail plus loin.

Au fur et à mesure que la manifestation avançait, la présidente de l’estrade, qui avait d’abord interdit à la personne trans de s’exprimer en raison de son origine, s’est sentie émotionnellement incapable d’occuper le podium. Après que les personnes des "Solidarity Collectives" lui ont parlé, elle a pris place sur le podium et la manifestation a pu commencer.

Il faut dire qu’elle a fait marche arrière par rapport à l’incident et a déclaré à la tribune qu’elle avait réagi de manière excessive, avant d’ajouter que cela lui arrivait à chaque fois que des Ukrainiennes étaient attaquées. Ce qui n’a jamais eu lieu.

Après trois tours de table sur différentes questions, le public a pu poser des questions, faire des remarques et même émettre des critiques. Mais les critiques ne semblaient être souhaitées qu’en apparence, dès qu’elles étaient plus profondes, on essayait par exemple de prendre le micro des mains d’une anarchiste italienne âgée. Celle-ci ne s’est cependant pas laissée museler et tenait d’une main l’appareil à oxygène qui lui permettait de respirer et de l’autre le micro. La traduction de son intervention a donc été interrompue.

Là encore, l’homme militarisé est intervenu et a couru vers l’avant des dix rangées de chaises, l’air prêt à frapper, du moins c’est ce qu’indiquait son langage corporel, contre un autre militant italien de la fédération anarchiste qui s’est retiré de la salle en raison de l’agression.

Mais avant que la discussion ne commence, le cadre avait déjà été posé :
"On ne va pas parler d’antimilitarisme aujourd’hui. Parler d’antimilitarisme serait de la censure, car il ne s’agit ici que de la perspective des personnes concernées", a déclaré le modérateur. Pour rappel, nous parlons d’un congrès anarchiste et d’une manifestation sur la guerre en Ukraine. Ce qui ressort de cette phrase, c’est la peur de la confrontation sur le fond et un conformisme identitaire en faveur de la ligne politique d’ABC-Dresden. Ici, la censure s’est exprimée avant que l’anarchie ne puisse s’exprimer.

Par la suite, les questions critiques ont été repoussées par des polémiques ou n’ont pas été abordées.

Par la suite, le podium et le public se sont constamment référés à l’incident du début et ont diffamé la personne qui avait posé l’affiche en la qualifiant de perturbatrice. Lorsque celle-ci a voulu prendre position et a demandé le micro, on a remarqué que la femme de l’organisation générale de St-Imier, qui avait donné le micro aux personnes qui s’étaient exprimées dans le public, faisait maintenant la modération autour de la personne transgenre concernée.

Elle a établi la liste des orateurs* selon des critères de pouvoir politique. Toutes les personnes qui se sont exprimées ont reçu le micro, sauf la personne transgenre qui s’est exprimée. Celle-ci est intervenue auprès du porteur de micro, refusant ses restrictions de parole sur ce qu’elle pouvait ou ne pouvait pas dire, jusqu’à ce qu’elle obtienne enfin la possibilité de s’exprimer, en accord avec le porteur de micro et la femme organisatrice.

La personne a d’abord remercié le podium pour ses déclarations en russe et en ukrainien. Puis elle a ajouté, dans des termes qui nous sont restés proches : "Nous voulons entendre vos expériences et vos points de vue. Nous voulons aussi que les personnes en Russie et en Biélorussie qui luttent contre le régime sortent de prison, comme partout ailleurs. Cela n’est pas du tout remis en question. Mais l’affiche qui a été placardée ici n’est ni une provocation ni une perturbation. On a prétendu ici que nous étions venus pour perturber. C’est un mensonge. J’ai été physiquement agressé ici parce que j’ai posé cette affiche. Ce n’est pas possible. Une telle affiche, vous devez simplement la supporter". Se référant à une déclaration du podium ("nous sommes ouverts à d’autres perspectives"), la personne a dit en termes approximatifs :

"Nous devons cependant parler des différences de contenu. De notre point de vue, les anarchistes n’ont rien à faire dans les uniformes, ni comme soldats, ni aux armes d’un militaire. Nous faisons la différence entre la militarisation et la guerre et la révolution sociale et l’autodéfense".

Boris de "ABC Belarus/Dresde" a commenté la contribution : "faire la différence entre la guerre et la révolution sociale" par la phrase : "va donc faire la révolution sociale en Russie, ou en Biélorussie", balayant ainsi toute passerelle vers une discussion. Pour nous, ce type de réplique est une dévalorisation/défense tactique visant à éviter une discussion critique.

L’intéressée a raconté plus tard comment elle avait été abordée un jour après par une femme d’Allemagne : "Vous avez maintenant perturbé au moins sept fois des manifestations de "Solidarity Collectives". Pourquoi ?" La personne concernée a répondu : "Je n’ai pas perturbé". La femme : "Pourquoi ne vas-tu pas en Russie, va donc en Biélorussie". On ne peut plus parler à ce niveau. ("Va donc de l’autre côté", disait-on dans les années 80 contre les gauchistes ouest-allemands).

Si une affiche au contenu antimilitariste déclenche une telle tempête lors d’un congrès anarchiste, c’est qu’elle était au bon endroit au bon moment. Le scandale et l’agression ainsi mis en évidence consistent dans le fait que des partisans de la guerre* utilisent un congrès anarchiste comme lieu pour collecter des fonds pour le front et qu’ils diffusent leur propagande militariste sur la scène anarchiste. L’agression consiste à s’en prendre à une personne qui appose une affiche dans l’esprit de l’anarchisme.

L’arrachage de l’affiche et l’agression de la personne qui l’a accrochée ont été soutenus par l’ensemble de la structure de "Solidarity Collectives". Le groupe s’est ainsi disqualifié. L’inversion des agresseurs et des agressés est le renversement habituel du discours agresseur-victime afin de détourner l’attention de ses propres actes de violence.

Nous demandons

 1- Des excuses publiques de "Solidarity Collectives" à la personne trans pour l’agression.

 2 - Nous demandons à "Solidarity Collectives" de cesser de soutenir les soldats sur le front et de faire sortir tous les anarchistes* des tranchées. Nous sommes conscients que cela ne peut pas se faire immédiatement, surtout s’il existe un contrat militaire obligatoire. Mais pour cela, nous demandons la discussion.

(Les anarchistes* n’ont rien à faire dans les tranchées des militaires de l’État-nation - ou alors ils n’en sont plus. Pour nous, les gens dans les tranchées ne sont pas des "camarades" mais des soldats que nous devons sortir des deux côtés du front et gagner à la révolution sociale. La comparaison constante avec l’Espagne et les milices anarchistes est justement le contre-exemple de l’Ukraine. Les milices se sont battues sans structures de commandement fixes, sur la base du volontariat et pour la révolution sociale. L’Ukraine est en guerre, les soldats ne peuvent pas simplement quitter le front ou quitter l’Ukraine en tant qu’hommes. Il s’agit d’une relation de contrainte militarisée, attachée au corps. On ne peut pas être plus antiféministe. Et même les femmes dans l’armée ne peuvent pas le cacher).

 3 - Nous demandons à la WOZ de reconnaître et de signaler le mensonge des deux journalistes Kaspar Surber et Anna Jikhareva (voir fin de cet article) et de faire place à la vérité sur le processus décrit ci-dessus.

Tous ceux qui partagent nos critiques sont priés de transmettre massivement cette exigence à la WOZ et à son environnement. Envoyez des e-mails, parlez à tous les collaborateurs* de la WOZ. Nous voulons une WOZ antimilitariste et non un journal de la classe moyenne qui ouvre la porte au militarisme.

 4 - Nous demandons aux structures anarchistes de ne pas rester en position d’observateurs, mais de se positionner par rapport à cette guerre et à d’autres au-delà de la logique de guerre et des polarisations.Dans l’esprit de l’affiche, nous demandons un mouvement radical anti-guerre conscient de lui-même contre toute guerre, qui coupe l’herbe sous le pied des communistes* autoritaires, de l’AfD, des Verts et de la position pro-OTAN, des islamistes, etc. et qui, surtout, montre et met en œuvre d’autres perspectives. La résignation et l’impuissance ne font que jouer en faveur de la logique de guerre.

 5 - S’il y a des gens qui collectent de l’argent pour acheter des armes et de l’équipement militaire à des "camarades" en Ukraine, demandez-leur de monter eux-mêmes dans les tranchées. Ceux qui collectent de l’argent et laissent les autres crever ou assassiner méritent l’uniforme, l’arme et doivent aller au front. Les bellicistes de tous bords qui collectent des fonds avec des textes et des fêtes ( !), qui ne se salissent soi-disant pas les mains et qui laissent les autres crever, nous écoeurent et nous dégoûtent. Désolé, mais cela doit être dit de manière aussi crue.

 6 - Nous n’avons pas seulement le droit de critiquer les "Solidarity Collectives" pour leur pratique actuelle militariste, nationaliste et patriarcale, mais nous avons aussi la responsabilité de le faire. L’anarchisme a toujours été différent dans ses expressions sociales révolutionnaires non-violentes ou armées et dans ses formes d’organisation politique, de l’anarchisme individuel au syndicalisme. Le rejet de la domination, de l’État, de l’armée et de la guerre étaient et restent des points de référence clairs. Celui qui parle d’État, de militaire et de guerre, et donc de domination, est tout ce que l’on veut, mais n’est plus anarchiste.

La tragédie politique que nous voyons dans l’orientation actuelle des "Solidarity Collectives" rend urgent pour nous de rendre pratique le principe "Contre toute guerre". "Bloquer, boycotter, déserter, saboter", peut-on lire sur l’affiche. C’est déjà en partie le cas. Il s’agit par exemple de soutenir les déserteurs de tous les fronts et d’aider les BIPoC à s’enfuir, par exemple d’Ukraine, ainsi que les hommes fatigués de la guerre. Mais il y a encore de la marge. Par exemple pour un travail antimilitariste dans les rangs des militaires. Et des blocages devant les forges d’armes. Occuper des terrains d’entraînement militaire. Critiquer des soldats* en public. Perturbation de cérémonies de vœux....

Nous demandons à l’ensemble de la scène anti-autoritaire, anarchiste et queer-féministe de ne pas fournir de lieux ou de structures à "Solidarity Collectives" et à son entourage.

Nous demandons en outre d’assister à toutes les manifestations de "Solidarity Collectives" et d’y exiger la discussion. Nous demandons de ne plus donner d’argent mais de le mettre à disposition de groupes qui soutiennent les déserteurs dans le monde entier.

Anarchistes !.

Encore quelques mots sur la WOZ n° 31 du 3 août 2023 "Im Zweifel für die Praxis". Reproduit dans le Taz sous le titre "Anständiger Anarchismus".
Les auteurs sont : Kaspar Surber et Anna Jikhareva.

Comment la censure de l’affiche et son récit journalistique vont de pair :
En dépit du bon sens, la WOZ a utilisé, pour des raisons tactiques et idéologiques, dans l’article susmentionné sur le congrès anarchiste de St-Imier, un récit que les leaders des "Solidatity Collectives" ont lancé dans le monde. L’affirmation "nous, en tant que privilégiés", devons écouter les "personnes concernées et ne pas remettre en question ce qu’elles disent" est une déclaration de faillite du politique.

L’incident de l’agression contre la personne trans, la censure d’une simple affiche antimilitariste évidente à St-Imier, le copinage du plénum de "Solidartity Collectives" avec l’agresseur de la personne trans au congrès anarchiste n’ont en revanche pas fait l’objet d’un article de la WOZ.

L’anarchisme, quant à lui, se caractérise par des valeurs qui impliquent une liberté totale de domination. C’est aussi simple que cela. Si les rédacteurs* de la WOZ veulent rompre une lance contre le militarisme, ils peuvent le faire, mais ils n’ont rien à faire dans une réunion anarchiste. Ils se déguisent en anarchistes (ou en personnes appartenant au mouvement) sans en être. Ils s’infiltrent dans les mouvements sociaux sans avoir de rapport avec eux, ils se nourrissent de l’existence de la résistance anarchiste parce que nous sommes leur travail, ils font carrière et empoisonnent avec des articles un monde qui devrait radicalement refuser tout militarisme.

Comment ces deux gratte-papiers* font-ils cela ? La WOZ introduit l’incident que nous avons décrit ci-dessus comme suit :

"Les participants de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine en particulier doivent apprendre à quel point la vision occidentale du monde peut être arrogante, même parmi les anarchistes. Pratiquement à chaque atelier, ils reçoivent des leçons sur le véritable antimilitarisme".

C’est évidemment idiot, car les Ukrainiens, les Russes, les Biélorusses n’existent pas. Une construction identitaire et nationaliste se sert d’attributions qui supposent que chaque Ukrainien, par exemple, a la même position. Ce n’est pas parce que certains sont plus bruyants que leurs positions sont plus justes que d’autres, qui existent aussi et qui échappent à la contrainte de parler du nationalisme ukrainien et de la militarisation.

Et pour étayer cette introduction qui ne correspondait pas à la réalité de St-Imier, voici maintenant l’incident : "Ainsi, même lors d’une table ronde sur les positions anarchistes face à la guerre, une participante allemande ne se prive pas d’apposer en premier lieu et à haute voix une affiche avec le slogan "Contre toute guerre"".

Outre le fait que le podium n’a absolument pas été touché par l’accrochage de l’affiche, puisque celle-ci a été placée à la sortie de la salle et qu’il y avait au moins dix rangées de chaises entre le podium et l’affiche, il est aberrant de se scandaliser d’ une affiche antimilitariste qui a été placée sur un podium consacré aux "positions anarchistes sur la guerre" (WOZ).

Il faut être stupide pour écrire quelque chose d’aussi absurde, si le sujet n’est pas tout à fait autre. Il s’agit de transformer une affiche antimilitariste en tant que telle en une perturbation - parce qu’elle remet fondamentalement en question un débat promilitarisé et une attitude identitaire et nationaliste. L’existence d’une telle affiche, et c’est là l’information significative pour nous anarchistes*, est déjà pour certains une sérieuse perturbation et une provocation qui doit être censurée, invisible et finalement éradiquée. Parce que le slogan "Contre toute guerre" a le pouvoir de démasquer les partisans de la militarisation, de la logique de guerre et finalement de la guerre, parce qu’il est perçu comme une "attaque" et qu’on y réagit de la même manière. Avec la censure.

Pour nous, il se confirme une fois de plus que ces personnes doivent être exclues des structures anarchistes si elles n’interrompent pas leur militarisation en cours.
La WOZ, en tout cas, s’est comportée de manière plus que déplacée dans ce cas, elle ment et couvre l’agression, et y participe donc. Les deux journalistes* devraient être expulsés de nos localités s’ils ne retirent pas publiquement leurs mensonges.

Autre détail piquant : une journaliste de la WOZ était présente sur le podium ! Celle-ci est bien entendu citée par Kaspar Surber. Sans préciser sa fonction. Ici, le pouvoir médiatique est utilisé de manière manipulatrice pour créer des opinions. On occupe des tribunes avec des positions qui nous conviennent et on cite de manière soi-disant neutre ces personnes qui, en tant que "personnes concernées", doivent incarner une position de parole exclusive afin de donner plus de poids à ce qui est dit. (Il ne serait pas étonnant que la journaliste Anna Jikhareva, qui a écrit l’article avec Kaspar, soit identique à la femme de la WOZ sur le podium).

Pour le belliciste de bureau, tous les moyens minables semblent bons pour obtenir la suprématie du discours de la gauche sur la guerre.

L’anarchisme a déjà surmonté de nombreuses péripéties, il laissera également derrière lui cette interprétation guidée par la logique de guerre par les "Solidarity Collectives".