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Réponses et commentaires

Avant d’en faire de ce texte une lecture commentée et critique, il convient d’en relever sa dimension douloureuse et sa volonté d’échapper au piège tendu par d’autres voulant les enfermer dans l’acceptation aveugle de ce qui se passe en Israël Palestine.

Il faut en plus revenir sur les contenus que recouvrent les termes d’antisémitisme et son corollaire souterrain d’antijudaïsme. Si l’on sait à quel moment historique l’antisémitisme arrive dans le débat socio-politique, c’est à dire simultanément avec la notion de nationalisme, l’antijudaïsme lui date d’un passé plus que bimillénaire, il est la conséquence de l’irruption du monothéisme dans une société méditerranéenne polythéiste. Sans cet antijudaïsme il ne peut y avoir d’antisémitisme mais pour autant l’un n’est pas l’autre. Le premier est un mélange de xénophobie et de racisme, quand à l’antisémitisme il est l’affirmation que tant qu’il y aura des juifs le monde ne pourra pas être libre.

Dans cette optique le juif est celui qui empêche.

Il convient aussi de rappeler la complexité de l’être juif. Le juif est un héritier, d’une culture, d’une religion, d’une famille ou aussi du regard porté sur lui. Il peut être de tout cela un peu, ou tout ou dans le dernier cas juste le regard des autres. Les nazis avaient édicté un règlement pour dire qui était juif ou pas.

Quand au texte lui même, ce qui nous surprend c’est votre absence au sein des courants anarchistes traditionnels, donc nous comprenons ce texte comme une tentative de sortir d’un milieu qui vous étouffe semble t il. D’autre part vous nous semblez des anarchistes hors sol. Pourquoi pas ? Vous ne seriez pas les premiers ni les derniers tnt l’anarchisme est avant tout un soulèvement de l’être vers la liberté collective.

Vous dites être anarchistes, pourquoi pas, vous rattachez vous à une tradition particulière, par exemple Gustav Landauer, Emma Goldmann ? Ce qui en soi n’est pas nécessaire.La place des juifs au sein du mouvement anarchistes a été importante jusqu’à la dernière guerre mondiale. Donc nous ne pouvons que vous féliciter de vouloir « faire exister une voix juive spécifique » et faire exister votre « votre seule production formelle à ce jour ». Pourtant il nous apparaît un détail, il y a eu plein d’anarchistes qui étaient juifs, à ma connaissance c’est la première fois que des juifs se disent anarchistes. Je ne sais pas si pour vous cette inversion a une importance, pour moi au fond j’y ressens une démarche identitaire. Au siècle dernier, aux États Unis un groupe de catholique autour de Dorothy Day se disaient catholiques anarchistes. Donc ma question, avant d’aller plus loin, que reste-t-il de votre judaïsme dans votre anarchisme ?

Entre antisémitisme et antisionisme il semble qu’il y ait confusion et que tout cela joue avec votre mal être. Il semble aussi que le poids d’une histoire familiale transmise et héritée soit quelque chose qui vous pèse. Il serait intéressant que vous racontiez quelle partie vient d’une tradition séfarade ou ashkenaze, donc la Shoah vécue par vos parents et celle héritée par un discours transmis.

Si le fait de ne pas vivre dans le pays dont on parle force à l’humilité, cela force surtout à fonder l’argumentation et à laisser parler ceux qui y vivent. Dans votre cas se joint à la situation tout ce qui concerne l’alyah. Le fait de refuser d’aller en Israël peut être vécu comme une trahison ou vous faire considérer comme tel. ll y a aussi la conscience d’appartenir malgré tout à un pays qui se vit comme menacé. Du coup, la question du patriotisme se pose pour vous. Il faut pour vous y répondre. Car pour une fois le juif est de quelque part. Ce serait la fin du juif errant. Je comprends fort bien que prendre le parti de la diaspora ne va pas de soi.

Le campisme c’est une position qui se rejoue à chaque fois et dans lequel on est enfermé. Ce fut le cas pour l’Ukraine comme ce fût le cas pour toutes les guerres. A chaque fois on demande à tout un chacun d’embrasser un camp dans sa totalité. Il reste qu’à chaque fois, les guerres sont faites par des gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et ne se la font pas.

Maintenant, je pense qu’il est fondamental de prendre parti pour ceux qui refusent de participer à ce qui est en cours. C’est pour cela que nous tentons de laisser la parole aux interventions des militants internationaux ou israéliens qui franchissent le mur comme à ceux qui vont en prisons. Il n’y a pas de lâcheté à ne pas vouloir aller se battre, mais de la détermination à sortir du troupeau asservi.

La lecture de cette phrase "Nous soutenons la lutte armée de la part des dominé-es contre des pouvoirs impérialistes et colonisateurs." est surprenante tant elle semble dans ce texte artificielle, comme si sa place n’était pas là. Comme si elle n’était au fond qu’un témoignage de votre radicalité.

Prendre les armes ! Le temps est passé depuis longtemps où il suffisait de défoncer les portes d’une caserne pour se fournir en armes. L’histoire nous montre toutes ces fois où ce fut le cas et ce à quoi cela a aboutit. Est-ce vraiment votre but ? Prendre les armes est au fond un aveu de faiblesse, un manque d’imagination dans les luttes et surtout, et avant tout reconnaître que la façon dont les pouvoirs exercent leur domination est la seule valable et qu’il faut l’imiter.

Le débat pourrait continuer, si vous en exprimez l’envie. Il est par ailleurs déjà en cours sur de site.
Pierre

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