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Groupes anarchistes : un hébergeur visité par la police
Caroline TOUZIN

La police de Montréal a fait une perquisition chez un hébergeur informatique de la métropole mardi soir pour identifier les auteurs des trois récents méfaits revendiqués par des groupes anarchistes dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, a appris La Presse.

Quatre policiers se sont présentés, mandat de perquisition en main, chez Koumbit, un organisme à but non lucratif qui offre des services informatiques à une quarantaine d’associations et d’organismes communautaires québécois. Koumbit héberge le Centre des médias alternatifs du Québec (CMAQ). Ce dernier a diffusé les messages des collectifs Ton Père, Ton Oncle et Ton Chien, qui ont respectivement revendiqué l’incendie de six voitures de police, de guichets automatiques ainsi que des actes de vandalisme chez un concessionnaire automobile.

Le mandat autorisait les policiers à saisir tous les ordinateurs et exigeait également que l’organisme livre aux enquêteurs les « logs » ainsi que le plus d’information possible au sujet de quatre articles publiés sur le CMAQ. « Koumbit croit qu’un tel mandat est problématique. Il ne faudrait pas que le cours normal de la justice cause des dommages indus aux entreprises et organisations fortement dépendantes des moyens de communication que nous leur fournissons, ou réduise au silence les médias en ligne tels que les blogues et les forums publics », a souligné l’organisme, hier soir, par voie de communiqué. Ce dernier a ainsi fourni trois lignes de « logs », soit trois lignes d’un journal d’événements qui documente les visites effectuées sur un site web. Un log contient habituellement l’adresse du visiteur, l’heure de visite, la page visitée ainsi que le navigateur utilisé.

De son côté, la police a refusé de commenter cette information. « Les auteurs des méfaits n’ont pas besoin de publicité. Nous refusons de dévoiler nos stratégies d’enquête », a indiqué le sergent Ian Lafrenière, de la police de Montréal.

Un membre du collectif du CMAQ, Martin Deshaies, trouve que la police « exagère ». Le CMAQ se décrit comme une solution de rechange aux grands médias inspirée par le réseau international des médias indépendants Indymedia. Le portail a accepté de publier ces communiqués en vertu de son principe de publication libre, précise M. Deshaies. « Dans les années 70, le Front de libération du Québec a envoyé des communiqués aux médias de masse. Les médias les ont diffusés sans nécessairement être d’accord avec le message. C’est la même chose pour nous aujourd’hui », a expliqué M. Deshaies.

Une phrase inquiétante

Le CMAQ a une politique rédactionnelle selon laquelle le contenu d’un message ne doit pas être diffamatoire. Le CMAQ a ainsi retiré une phrase du message du collectif Ton Père sur les voitures incendiées. « Une phrase allait trop loin », a expliqué un autre membre du CMAQ, Michaël Lessard. Cette phrase censurée invitait les gens à incendier des « hôtels et des maisons de capitalistes ». M. Lessard fait aussi une mise en garde sur les présumés auteurs des messages. « Attention avant de conclure que ce sont des anarchistes. Ce genre de discours peut être tenu par plusieurs groupes d’extrême gauche ou encore par des adolescents en colère contre l’injustice. » Le CMAQ a reçu par le passé des demandes de la police et même un avis juridique de retirer certains propos tenus contre la police sur son site. Demandes auxquelles le CMAQ n’a pas répondu.