Volé ici Université populaire Toulouse
Nous avons retranscrit et traduit de l’anglais une conférence qu’Anton Jäger a donnée au Brussels Institute for Advanced Studies, le 15 janvier 2026. Il y présentait son tout récent livre, intitulé Hyperpolitique, sorti entretemps en février 2026, aux éditions Verso (Londres) [une version préliminaire était parue en allemand, en octobre 2023].
Pour consulter les graphiques mentionnés, se tourner vers le site originaL
Mon intervention porte aujourd’hui principalement sur mon dernier livre, mais s’élargit à divers travaux que j’ai mené dans d’autres champs. Il s’agit de la traduction d’un livre qui avait été publié en allemand en 2023. Il a une histoire compliquée, car il est principalement constitué d’articles que j’avais écrits en anglais, puis traduit en allemand et la version parue aux éditions Verso, en février, est une version revue du texte allemand. C’est une version plus mûre avec une nouvelle préface, puisqu’évidemment, beaucoup de choses se sont passées depuis 2023.
Malheureusement, l’histoire avance très très rapidement dans les années 2020. Or, tout diagnostic en sciences sociales doit rester en phase avec son temps. Heureusement pour moi et malheureusement pour le monde, je suis convaincu que ce livre restera d’actualité et pertinent. D’un point de vue commercial, c’est vraiment un avantage, mais d’un point de vue politique, c’est plus ambigu.
Le livre s’intitule donc Hyperpolitique . Comme vous pouvez le voir, il comportait un sous-titre en allemand : « Politisation extrême sans conséquences politiques ». Ce sous-titre n’apparaît pas sur la couverture de l’édition anglaise, mais il figure dans le livre lui-même. C’est un sous-titre qui me met aujourd’hui légèrement mal à l’aise, même si je suis prêt à en défendre une version conditionnelle. Il s’agit bien sûr d’un livre sur un nouveau concept, un concept qui vise également à donner un sens à une actualité politique nouvelle.
Pour résumer, le livre traite d’une mutation de la culture politique au cours des dix à quinze dernières années. Je parle ici principalement de la culture politique occidentale. C’est-à-dire des États-Unis et de l’Europe, même si l’on peut faire certaines extrapolations vers le reste du monde. Mais je dois admettre que ma compréhension empirique de ces cas est trop limitée pour m’exprimer avec certitude à ce sujet. Dans le livre, je traite donc principalement de ce que j’appelle l’Occident politique ou le monde de l’OCDE. En même temps, il s’agit inévitablement d’une histoire mondiale, parce que cela se passe à un niveau plus général. Il s’agit donc d’analyser une mutation de la culture politique, en particulier en Occident. Comment pouvons-nous conceptualiser ce changement ?
Je voudrais commencer par un article publié il y a un an et demi ou deux ans. Son auteur est l’un des grands prêtres du libéralisme anglo-saxon, un chroniqueur du Financial Times (FT) qui s’appelle Janan Ganesh. Je crois qu’il écrit une chronique hebdomadaire pour le FT. La qualité de ses articles est variable. Parfois, ils sont très intéressants, parfois, je les trouve profondément inintéressants. Cet article s’intitulait « The Rise of the political casual » (L’essor de la politique futile) . Ce papier donne une bonne indication du type de phénomène que le livre tente d’analyser, bien sûr, d’un point de vue très spécifique, celui de l’élite. Ganesh fait souvent partie d’une sorte de jet set atlantique, très proche du monde journalistique londonien et de la haute finance. Mais le fait que, même lui, relève certains de ces signes donne une indication de la profondeur de cette transformation. Son sous-titre est « The Age of Apathy Made for Better Company and Less Dangerous Politics » (L’ère de l’apathie, pour une meilleure compagnie et une politique moi ns dangereuse).
De quoi parle-t- il exactement ? Je vais parcourir l’article. Il commence par une soirée cocktail quelque part avec certains de ses amis de l’élite, et il décrit une rencontre avec, je crois, une femme qui est également présente à cette soirée. Ça se passe en « Ombrie. C’est le crépuscule. Une réunion mondaine dans les collines. Je me détends en début de soirée lorsqu’une invitée britannique découvre ce que je fais dans la vie ». Il est donc journaliste. « “Que pensez -vous de Boris ?” » Il s’agit donc de Boris Johnson. « Elle veut dire : “Dois -je vous dire ce que je pense de Boris ?” » Je m’acquitte de ma tâche en lui livrant quelques réflexions sur notre Premier ministre de l’époque, qu’elle ne fait pas même semblant d’enregistrer.
Quand vient son tour, je sais ce qui va suivre. Elle dit : « Vous savez, derrière son numéro de clown, je pense qu’il est plutôt rusé ». Janesh poursuit : « Cette opinion, qui était intéressante pour la dernière fois en 2001, est la version politique de “Arsenal veut marquer un but”. C’est ce que vous dites lorsque vous vous intéressez suffisamment au sujet ». Il est donc clairement très agacé par le fait que quelqu’un veuille parler de politique avec lui lors d’un cocktail, alors qu’auparavant, la politique semblait être un sujet qui l’intéressait exclusivement lui et qui n’était pas un intérêt partagé par l’ensemble de la société.
Et il poursuit en disant : « À sa décharge, elle est dans l’air du temps. Au tournant du millénaire, à l’âge d’or de l’apathie avec un taux de participation électorale de 60 %, les discussions politiques informelles étaient rares, car elles étaient considérées comme ringardes [ou de mauvais goût]. Elles sont désormais omniprésentes. Que ce soit les événements qui ont suivi — le Brexit, Donald Trump — qui ont suscité l’intérêt du public pour la politique, ou l’engagement accru provoqué par ces événements, nous y reviendrons. Quoi qu’il en soit, la vie sociale a tellement changé pour le pire qu’il vaut mieux rester vague sur ce que je fais d ans la vie plutôt que de risquer de me retrouver mêlé à des discussions futiles dignes d’un podcast ». Il est donc clair que le fait qu’il soit un spécialiste de la politique et qu’il parle et écrive sur la politique pour gagner sa vie, et que cet intérêt se soit désormais répandu dans toute la société, l’irrite profondément.
Et il poursuit encore : « Il existe une idée fausse selon laquelle les fans de football cherchent à éviter les personnes qui ne s’intéressent pas du tout à ce sport. Non. Le vrai problème, ce sont les gens décontractés : le collègue de bureau ennuyeux qui se demande comment “votre équipe” s’en est sortie pendant le week-end. Ne pas discuter d’un sujet vaut mieux que d’en discuter à moitié. Imaginez maintenant à quel point cela est vrai en politique. Je suppose qu’une centaine de fois, en 2024, un quasi-inconnu me dira que “Trump va revenir”. Compte tenu du résultat serré des élections américaines, pourquoi est-ce important de le dire ? »
Je pense que c’est une erreur de calcul spectaculaire. Bien sûr, Trump est revenu. Mais je pense que le message général qu’il essaie de faire passer ici est très clair. « Si c’était juste ennuyeux, la montée en puissance des amateurs occasionnels de politique ne devrait pas nous inquiéter. Mais certains éléments suggèrent que les enjeux sont bien plus importants ». Ce n’est donc pas seulement un problème lors de ses cocktails. « Ceux qui ont déséquilibré la politique occidentale au cours des dernières décennies n’étaient pas ou n’étaient pas seulement des fanatiques. Les fanatiques, qui sont rares et si effrayants qu’on les repère à des kilomètres, peuvent être maîtrisés. En revanche, si des millions de personnes passent d’une indifférence sereine à la politique à un certain engagement, cela constitue un autre type de test pour l’ordre civique ».
Il parle donc d’une nouvelle forme d’engagement politique ou d’une nouvelle façon d’aborder la politique. C’est très caractéristique des années 2020, qui ne sont pas tout à fait synonymes de fanatisme ou de polarisation extrême, mais plutôt d’une politisation ambiante, très faible et peu institutionnalisée. Il fait ensuite référence, bien sûr, à la politique officielle des partis. Il écrit ainsi : « Le mouvement de Jeremy Corbyn, qui vient du Royaume-Uni, n’était pas composé de cadres chevronnés, imprégnés des textes clés de la gauche, mais d’amateurs qui le trouvaient novateur et divertissant (pour se rendre compte à quel point tout cela était contingent, une réduction du prix de l’adhésion au Parti travailliste a suffi à relancer le mouvement) ».
Il évoque ainsi le fait que, sous la direction de Jeremy Corbyn, le Parti travailliste a été, pendant une courte période, le plus grand parti d’Europe. Et dès que Jeremy Corbyn a été évincé de son poste de leader, ils ont immédiatement quitté le parti. Il poursuit : « De même, la campagne visait à mobiliser des personnes que les sondeurs considéraient comme étrangères à la politique. Trump lui-même est un dilettante, pas un politicien de longue date. Sur une échelle de 10 points mesurant la conscience politique, nous connaissons tous quelqu’un qui est passé de 1 à 6 par dépit, à cause des vaccins contre la COVID -19. Ne confondez pas un engagement modéré avec des résultats anodins. Ne confondez pas l’apathie avec le fait d’être un mauvais citoyen. Jusqu’à il y a dix ans, je pensais qu’un certain engagement civique chez une personne valait mieux que rien. Mais multiplié à l’échelle d’une nation, cela signifie un volume global plus élevé de bruit et d’attentes pour une classe politique simplement humaine. »
Il dit donc que, même lui. qui dans les années 2000, espérait que les gens s’investissent davantage en politique, le regrette profondément, car les résultats se sont avérés très ambigus. Et puis il termine de manière très caractéristique en faisant référence à l’humour politique d’un comédien américain : « Jon Stewart est de retour pour animer The Daily Show. Sans que ce soit sa faute, il est le père de l’humour politique décontracté. Il a lancé cette tendance étrange où les adultes considèrent les programmes comiques, qu’ils soient sous forme de podcast ou de talk-show, comme une sorte d’information. (L’humour politisé était si marginal dans les années 80 qu’il était qualifié de “comédie alternative”.).
« Tout cela s’explique par le fait que la politique est aujourd’hui si bizarre qu’elle est mieux traitée par les humoristes. » Et puis, à la fin du dernier paragraphe, il écrit : « Napoléon aurait dit que, pour comprendre un homme, il faut considérer ce qu’était le monde quand il avait 20 ans. Pour moi, c’était en 2002. Mis à part les affaires étrangères et le terrorisme, c’était peut-être la période la plus apolitique en Occident depuis l’avènement du suffrage universel. Je considérais cela comme normal et jus te. J’avais tort sur le premier point. »
Nous avons donc ici quelqu’un qui appartient manifestement à une couche sociale très spécifique, mais qui perçoit un changement dans la culture politique, disons au cours des 10 à 15 dernières années, qui le déstabilise profondément dans sa conception même de la politique. La question que je souhaite poser dans cette présentation, et à laquelle le livre tente également de répondre, est la suivante : cette intuition de Ganesh est- elle fondée ? Y a -t-il eu un véritable changement dans la culture politique ? Et surtout, existe -t-il un moyen de rendre cette observation anecdotique plus objective et de la quantifier ? Pouvons -nous ensuite trouver un concept qui contraste également, d’un point de vue historique, cette nouvelle culture politique avec les formes politiques antérieures du début du XXIe siècle et du XXe siècle ?
En examinant certains indicateurs, on remarque effectivement un contraste très marqué par rapport à il y a 20 ou 30 ans. Voici donc une liste de statistiques et de graphiques qui illustrent le déclin ou l’apathie électorale dont Ganesh fait état dans cet article. Voici par exemple, quelques données générales sur la baisse de la participation électorale, principalement en Europe, depuis les années 1980, ou ici depuis les années 1950 jusqu’en 2010. Vous pouvez très clairement constater que de moins en moins de personnes participent aux élections. Il y a une crise de la participation électorale. Quiconque a suivi les débats en sciences politiques dans les années 2000 sait à quel point la question de savoir comment inciter les gens à se rendre aux urnes et à voter à nouveau était importante.
Bien sûr , lorsqu’on mesure l’activité politique, il ne s’agit pas seulement de la politique électorale formelle, on peut également s’intéresser à la politique de rue, plus informelle. On observe une diminution significative du nombre de manifestations aux États-Unis et en Europe tout au long des décennies 1980 et 1990, en particulier si on la compare à la vague de manifestations des décennies précédentes, 1960 et 1970. Bien sûr, les manifestations altermondialistes ou contre la guerre en Irak, au début des années 2000, constituent une exception à cette tendance, mais, dans l’ensemble, on constate un déclin séculaire.
Il s’agit là de la période allant des années 1950 à 2010, qui correspond à un déclin de l’activité politique. L’hypothèse de Ganesh est qu’il y a eu un regain d’engagement et d’activité politiques depuis 2008-2009. Pour lui, il s’agit d’une observation anecdotique. Existe-t-il des données quantitatives ou pouvons- nous mesurer cela de manière plus objective ? En fait, oui. Si l’on examine l’ensemble des travaux sociologiques sur cette question, tant à l’échelle mondiale qu’à une échelle occidentale plus restreinte, on constate une augmentation remarquable des activités de protestation depuis 2008-2009.
Ce graphique est tiré d’un article publié dans The Economist, fin 2010, dans lequel les auteurs ont mesuré l’activité militante en Europe, mais aussi à l’échelle mondiale. Ils ont constaté une forte augmentation depuis 2008-2009. Cet indicateur quantitatif montre donc une augmentation de l’activité politique.
Un journaliste américain, Vincent Bevins, a récemment publié un livre intitulé If we burn. The mass protest decade and the missing revolution (Si nous brûlons. La décennie des manifestations de masse et la révolution manquée) , qui rassemble également certaines de ces données. Il renforce cette hypothèse avancée par The Economist concernant l’augmentation des manifestations. Il calcule même, bien que ce soit une statistique controversée, que la décennie dite de protestation, disons de 2010 à 2022 ou 2020, est probablement l’époque de l’histoire humaine où, d’un point de vue quantitatif et en termes de participation, les humains ont protesté plus qu’ils ne l’ont jamais fait.
Il s’agit donc d’une décennie record en termes d’activités de protestation, ce qui confirme une fois de plus les soupçons de Ganesh selon lesquels les activités politiques ont augmenté, comme le montrent la plupart des données. Et vous pouvez le constater au cours de l’année dernière. Ce n’est donc pas seulement une question de 2010 à 2020, mais aussi au cours des cinq dernières années, à partir de 2020, il y a eu une augmentation remarquable des activités de protestation, en particulier aux États-Unis.
On peut également le constater au niveau du taux de participation électorale, et c’est là que cela devient vraiment intéressant. Si l’on examine, par exemple, le taux de participation aux élections présidentielles américaines au cours des cinq dernières années, on constate qu’il atteint aujourd’hui des niveaux records, revenant à ceux observés pour la dernière fois en 1904.
C’est donc un record depuis 100 ans, et c’est vraiment quelque chose qui peut être enregistré une fois de plus en 2010. Il ne s’agit pas seulement des élections présidentielles aux États-Unis. Comme vous pouvez le voir à droite, même pour des élections de mi-mandat qui n’attirent pas autant de monde, on observe aujourd’hui le taux de participation le plus élevé depuis plus de 104 ans. Ce sont donc des preuves quantitatives d’une politisation renouvelée ou d’un regain d’intérêt pour la politique qui semblent très claires.
Bien sûr, ce sont des exemples américains. Je pense que les États-Unis sont un cas très spectaculaire du type de polarisation et de politisation dont nous parlons. Mais même si vous regardez certaines élections qui suscitent généralement très peu d’enthousiasme, à savoir les élections parlementaires européennes, vous pouvez constater qu’elles ont atteint leur plus haut niveau en 20 ans au cours des cinq à six dernières années, ce qui signifie qu’il y a en fait une augmentation remarquable pour certains de ces scrutins qui n’attirent généralement aucun électeur.
Donc oui, une fois encore, l’hypothèse de Ganesh peut être confirmée par certaines de ces données : on constate une augmentation remarquable de l’activité politique. Bien sûr, il s’agit d’une tendance générale séculaire, il y a des exceptions ; il est impossible de généraliser à partir de tous ces cas différents. Mais structurellement, cette augmentation est clairement visible.
Or, nous avons remarqué une tendance assez répandue, en particulier dans les commentaires politiques, qui consiste à établir des analogies historiques avec cette augmentation de l’activité politique observée au cours des dix à 15 dernières années, disons depuis 2010. On a tendance à comparer notre explosion actuelle de politisation à des épisodes survenus au XXe siècle, et, bien sûr, l’analogie la plus répandue est cell e avec les années 1930 et 1940, car il s’agit là encore d’un modèle politique, qui correspond à une société fortement polarisée et politisée. Et bien sûr, il y a une autre raison pour laquelle cette analogie est si attrayante, car la plus grande part de l’augmentation de l’activité politique, en particulier en Europe et aussi aux États-Unis, semble avoir profité aux forces de l’extrême droite du spectre politique.
Ainsi, le retour de l’activité politique semble favoriser tendanciellement les forces d’extrême droite, ce qui invite une fois de plus à établir des comparaisons avec les années 1920, 1930 et 1940, une époque où une société très polarisée et politisée semblait glisser vers l’extrême droite. Je pourrais citer ici de nombreux exemples de ce parallèle historique. Par exemple, un livre traite de la question de savoir si Trump aux États-Unis doit être considéré comme un exemple du fascisme américain, intitulé Did it happen here ? (Est - ce que cela s’est produit ici ?) édité par Daniel Steinmetz Jenkins. On parle beaucoup de la question de savoir si nous sommes en train de revenir aux années 1930. À gauche, vous découvrirez un exemple du genre flamand ou belge, écrit par Dick Verhofstadt. Ce récit prétend être un journal de l’année 1933, dans lequel il établit un parallèle frappant entre la montée des forces d’extrême droite en Europe et l’ascension d’Hitler au début des années 1930.
Il existe de nombreuses raisons d’être critique ou plutôt sceptique à l’égard de cette analogie, ou de penser que nous ne sommes pas réellement en train de revenir aux années 1930. Mais la manière la plus claire de percevoir le contraste n’est pas seulement de considérer ces indices d’activité politique ou la taille de la société, mais plutôt de se poser une autre question : à quel point ce type d’activité politique est - il institutionnalisé ou fortement organisé ?
Si l’on revient à Aristote et à sa philosophie politique fondamentale, la question n’est pas seulement de savoir si l’homme est un animal politique, mais aussi s’il est un animal grégaire. Il n’y a aucun aspect social à cela. La question ne se limite pas à savoir combien de personnes manifestent, combien participent aux élections, combien commettent des meurtres politiques, mais combien sont membres de partis politiques, combien sont membres de syndicats, de mouvements religieux, et comment pourrait- on comparer, disons, ces indices d’activité politique avec les indices organisationnels qui montrent à quel point cette société est organisée.
C’est une caractéristique typique des années 1920, 1930 et 1940, de forte politisation, de très forte polarisation et en même temps, de forte institutionnalisation de cet engagement politique. Il était très difficile d’imaginer une activité politique en dehors d’organisations telles que les partis politiques ou même les formations paramilitaires. Je pense que le contraste le plus important avec l’activité politique que nous observons de puis 10 à 15 ans est qu’elle s’est accompagnée d’un déclin encore croissant de l’adhésion aux institutions. Il existe une littérature scientifique abondante à ce sujet, dont nous pourrions discuter pendant des heures, mais je vais me contenter de vous donner quelques indications.