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Le drapeau basque

Un "Petit précis futile et indispensable" consacré au Pays Basque est sorti en avril 2026 aux éditions Point Nemo. Il est rédigé par Thomas Lévy qui dirige également la collection des petits précis. Pour présenter la collection et en guise d’éditorial : "En cette époque où la légèreté devient rare, résistons ! Faisons fi de la gravité et de l’esprit de sérieux, et revendiquons, haut et fort, un droit à la futilité…". Très agréable à parcourir, le guide est illustré par Romain Cavart et le ton général répond au cahier des charges. Ainsi le lecteur apprendra que Saint Léon, "saint patron vénéré de Bayonne est normand" mais "même saint, nobody’s perfect" (p.53).

Bien qu’assumant sa futilité, le précis se fait fort de balayer tous les aspects qui font la particularité du Pays Basque : du pottok aux équipes de rugby en passant par le piment d’Espelette, les espadrilles ou encore le makila. Pour tenir la ligne, un point s’avère particulièrement délicat : le drapeau basque. Sa fiche se trouve en page 99. Cf. ci-dessous :

Les informations sont rigoureusement exactes. Pour autant leur présentation requiert un commentaire qui ne sera absolument pas futile…

Le "Parti nationaliste basque" est la traduction de l’espagnol qui passe sous silence le véritable sens du nom du parti créé à la fin du XIXe siècle. En effet, en basque, le nom du parti nationaliste créé par Sabino Arana i Goiri - Euzko Alderdi Jeltzalea - signifie le parti basque de ceux qui adhèrent au JEL (l’acronyme pour "Jaungoikoa eta Lege Zaharra" soit "Dieu et l’antique loi"). Le JELkide est celui qui accepte et soutient ce parti.

Chez Sabino Arana, le fondateur du nationalisme basque, outre le recours à l’ultra-catholicisme et à l’affirmation de la spécificité fondatrice de la race basque (en cette fin du XIXe siècle, la version germanique et racialiste de la Nation domine), on trouve des écrits nettement xénophobes contre les maketos, ces émigrés de l’intérieur venus du sud de la péninsule pour trouver du travail dans les usines du Pays-Basque.

Lire à ce propos les pages éclairantes que César M. Lorenzo consacre à l’enfance de son père à Bilbao au début du XXe siècle (dans son livre, à bien des titres très instructif, Horacio Prieto, mon Père, Editions Libertaires, 2012). Au Pays-Basque espagnol où on préfère s’inventer une appartenance au monde celte, les Andalous continuent d’être stigmatisés car toujours soupçonnés d’être des Marranes voire pire des Arabes.

Effectivement créé par les frères Arana Goiri, le drapeau basque, "l’ikurriña", se devait d’être l’illustration graphique du JEL : le peuple basque (représenté par le fond rouge) vit selon la loi coutumière ou ancestrale (croix verte de St André de la même couleur que le chêne de Biscaye) qui est au-dessus du peuple, loi elle-même soumise à la loi catholique (croix blanche du Christ). En inversant l’ordre de présentation de la signification des trois étages du drapeau et en choisissant la traduction de l’espagnol du nom du parti, le Petit précis demeure bien dans la futilité et évite les questions qui fâchent…

Comme il convient de bien nommer les choses pour réduire le malheur du monde, nous disposons aujourd’hui d’un terme approprié pour traduire JELkide, c’est celui de salafiste. Et le drapeau basque en constitue l’emblème parfait ! Bien évidemment cette analyse a de quoi choquer les partisans de la "cause" qui se pensent progressiste voire de gauche. Mais elle exprime parfaitement l’universalité d’un fait social : suite au naufrage des grands discours postulant l’unité du genre humain et en réaction à l’uniformisation marchande et à la perte de sens générées par la mondialisation et le consumérisme, le retour aux origines, le repli identitaire sont partout à l’œuvre.
Mato-Topé