MdP Étatique (MdP E)
Depuis le célèbre " L’État, c’est moi " (Louis XIV), la question étatique prend une dimension nouvelle. D’incarnation dans la personne du roi, l’État se substancialise progressivement. Les particularismes historiques restent visibles. La Révolution française amorce une nouvelle dynamique à la question étatique en établissant un lien puissant avec la Nation.
Au moment de la révolution industrielle, Marx constate l’explosion économique et l’inflation étatique (Bismarck). Toutefois, il reste dans une position réductrice. Pour lui, l’État n’agit pas différemment du propriétaire foncier dans le monde de la production féodale. Il perçoit l’autonomisation accélérée de l’économie, mais pas celle de l’État ni sa jonction avec la Nation. Sa pensée politique en souffrira dramatiquement.
Henri Lefebvre, le visionnaire.
À côté du mode de production classique se développe un mode de production étatique (MdP E). Henri Lefebvre a parfaitement identifié le phénomène dans De l’ÉTAT en quatre volumes 10/18, 1976/1978 ; le troisième traite du MdP E.
H.L. a le mérite d’avoir longuement analysé le MdP E, dans l’indifférence de la gauche engluée dans sa volonté de pouvoir.
La genèse de l’État s’appuie sur la diversification des fonctions de la société, la division du travail avec l’opposition des fonctions de commandement et des fonctions de production (p.11).
La bande à Marx ne perçoit pas les transformations en profondeur de l’État. Il ne suffit pas de faire l’histoire de l’institution pour comprendre l’Urstaat, l’état profond ou l’essence de l’état moderne.
L’État s’autonomise en débordant des conditions socio-économiques qu’il pérennise pourtant. Il émerge lentement de sa matrice ecclésiolologique. Le processus de sécularisation (laïcisation) met en place ses principes fondamentaux : souveraineté, gouvernement, légitimité. Machiavel, Bodin, Hobbes sortent de sa gangue religieuse la modernité. La capacité de violence de l’État est incluse dans l’acte de naissance (en Italie, Machiavel et César Borgia) et en France se dessine sa rationalité incontournable. Ces deux idées fondent la base de toute doctrine et/ou idéologie de l’État.
" La souveraineté caractérise l’État en le distinguant de toute autre association contractuelle ou naturelle : la famille, les corporations etc. …/… Elle égalise devant elle les " sujets " comme tels (III, p.40). Elle possède un centre de gravité et des outils : le gouvernement et la loi. Le lien social est radicalement transformé par la rationalité imposée qui n’est plus une transcendance, mais une immanence presque magique. La philosophie politique, en lieu et place de la théologie, promeut une idéologie de l’État. Le lien social n’est plus naturel, mais médié par le concept d’État.
Spinoza reste attaché à un lien social naturel qui inclut une métaphysique. Contre la philosophie politique, il propose une théologie politique à laquelle il consacre un traité retentissant (TTP)
H.L. identifie parfaitement l’autre création fondamentale du MdP E : la nation. La philosophie politique et la théologie politique l’ignorent. Elle ne sort pas d’une nature, au mieux de la sécularisation du " corps mystique christique ". Les philosophes peinent à la concevoir. Rousseau et Kant méditent sur l’idée de peuple et de la Trinité politique indivisible : le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Le pacte social devient le corps politique ; la métaphore organique sert d’argument et occulte le totalitarisme larvé.
La théorie du contrat joue le rôle d’une idée Potemkin ; elle est utilisée pour cacher la réalité. La pseudo-liberté du contractant dissimule l’impérialisme de la volonté générale. La puissance de la rationalité balaye les objections. Toujours cette totalité à l’œuvre dans les plis de la démocratie.
H.L. met parfaitement en évidence l’objectivité de l’État en tant que tel. Il devient un être politique, une évidence parfaitement huilée. Le mystère théologique de l’État/Nation (E/N) s’impose comme volonté universelle transposable et transportable. L’universalisme impérialiste européen a trouvé sa potion magique.
Le MdP E se traduit par une production de rapports sociaux et économiques. La valeur d’usage du lien social s’abstrait pour se transformer en valeur d’échange sous la houlette d’institutions, de groupements d’intérêt, etc. L’équivalence mise en évidence dans le MdP fonctionne parfaitement dans le MdP. E. Marx avait compris que la monétarisation ouvrait la porte à l’emprise de la marchandise (marchandisation selon J. Vioulac). Les médiations, des " fictions-réelles ", forment le socle de la société et de la civilisation. Les réfuzniks se placent du côté du chaos et de la néo-barbarie.
La théorie du contrat joue le rôle d’une idée Potemkin ; elle est utilisée pour cacher la réalité. La pseudo-liberté du contractant dissimule l’impérialisme de la volonté générale. La puissance de la rationalité balaye les objections. Toujours cette totalité à l’œuvre dans les plis de la démocratie.
H.L. met parfaitement en évidence l’objectivité de l’État en tant que tel. Il devient un être politique, une évidence parfaitement huilée. Le mystère théologique de l’État/Nation (E/N) s’impose comme volonté universelle transposable et transportable. L’universalisme impérialiste européen a trouvé sa potion magique.
L’État : l’abstraction concrète en extension.
La MdP E se traduit par une production de rapports sociaux et économiques. La valeur d’usage du lien social s’abstrait pour se transformer en valeur d’échange sous la houlette d’institutions, de groupements d’intérêt, etc. L’équivalence mise en évidence dans le MdP fonctionne parfaitement dans le MdP E. Marx avait compris que la monétarisation ouvrait la porte à l’emprise de la marchandise (marchandisation selon J. Vioulac). Les médiations, des " fictions-réelles ", forment le socle de la société et de la civilisation. Les réfuzniks se placent du côté du chaos et de la néo-barbarie, tensent les " normaliens " (gent panurgique)
Le lien social se complexifie sur le même schème que le capitalisme. Le MdP, comme tout concept, est un devenir qui se réalise. Comme toute abstraction, il se concrétise pour exister. Ce mécanisme met en place une logique implacable (cf. E. Weil, Logique de la philosophie) qui se traduit par la loi, l’autorité, l’espace.
L’espace passe du naturel fantasmé (la ligne bleue des Vosges) à l’espace social et politique du MdP E qui s’empresse de le cartographier et surtout de le rationaliser par une coupure avec ses origines.
Les médiations.
Le MdP E se concrétise par la multiplication des médiations (Vermittlungen) qu’il opère entre ses différents constituants. Ces médiations subtiles ont pour but de noyer et de cacher les origines et de définir un sens et un but. La médiation est un instrument, un outil entre les mains de MdP E pour s’emparer de la réalité. Cet outil est l’incarnation du concept.
Les médiations sont un phénomène global de la création du MdP E, sans elles l’édifice étatique s’effondrerait . Elles constituent le lien réel de la machine étatique.
La médiation s’instrumentalise et s’autonomise comme tous les objets techniques. Elle acquiert ainsi une nouvelle naturalité qui imprègne l’inconscient individuel et collectif. La bureaucratie, l’édifice politique , la représentation en sont des illustrations.
L’État comme forme.
Le MdP E est un produit, une marchandise , et en tant que tel, il interagit avec lui-même. C’est un produit " immatériel " dont il ne faut pas déduire l’inexistence.
L’État est une forme politique générale, n’a d’existence sociale que par des rapports et supports : espace, un groupe dominant, mais aussi des dominés, des groupes soumis " (III, p.71). Il est devenu l’institution de la domination. Sa forme est hégémonique : l’hégémon, le monstre froid, le Léviathan, etc.
Le MdP, comme tous les mythes, s’appuie sur l’écriture, une narration fondatrice indispensable à son émergence. Son immatérialité atteste de sa nature conceptuelle. On ne voit pas une loi, mais seulement ceux qui sont chargés de son application.
Sa concomitance avec l’écriture explique aussi sa tendance à l’inflation scripturale, paradis des bureaucrates. Le droit stipule que nul n’est censé ignorer les lois, ce qui revient à reprendre les célèbres preuves de l’existence de Dieu qui firent tant couler l’encre, du papyrus aux bits cloudés.
La formule hegelienne reste imparable :
État = Droit + Morale + Logique
Cette formule s’inscrit dans une perspective holistique, totalisante par excellence : " savoir, avoir, pouvoir."
La logique permet depuis l’antiquité (Aristote) de valider la véracité. Ce qui est rationnel est vrai. La logique devient le moteur du MdP E ; avec le temps, elle s’affine et devient un enjeu crucial dans la mise en place d’une domination solide.
Toutes les médiations (loi, code, etc.) présupposent une logique.
Même en cas de rupture politique (Révolution française), la célèbre coupure épistémologique de nos staliniens titrés, il n’y a pas de discontinuité absolue. Les médiations restent à l’œuvre après un relookage. [2]
Le MdP E sort vainqueur et plus puissant de ces moments historiques " rénovateurs ". La domination s’appuie sur le mouvement perpétuel. Les instruments demeurent maîtres de la situation.
Enfin, la puissance du MdP E s’appuie sur l’énorme travail de la Réforme idéologique du protestantisme dont la sanctification du travail et de l’obéissance la dynamise (Max Weber).
De l’accumulation dans le MdP E
Marx a démontré que le mécanisme d’accumulation est une caractéristique intrinsèque au capital. Cette loi de croissance, mais aussi d’extension, par la marchandisation de tous les échanges concrets ou immatériels.
En se développant, l’échange s’impose comme un universel.
Selon la vulgate, en économie, l’accumulation suppose un surproduit.
" Le pouvoir politique s’instaure avec l’échange, soit pour le contrôler et pour l’imposer (extension et taxes incluses), soit pour en abuser par sa force " (III, p.93)
D’autre part, la croissance repose sur un perfectionnement technologique permanent. Les machines sont au cœur de la Machination.
Le MdP E est aussi un ordre, un ordonnancement dans le sens militaire (organisation méthodique de la fabrication, d’un processus, d’un art opératif). La logistique devient sa logique interne, un " art du juste à temps " .
La généralisation des échanges forme le marché, cet autre concept mystérieux. De même, le MdP E crée une dynamique politique, une conscience collective et nationale. Le MdP E fait de l’État l’incubateur du politique par excellence. À son tour, le politique devient un MdP Pol. Tout concourt à une plus-value généralisée ; un clientélisme généralisé prend le devant de la scène. Le marketing se veut l’art de manipuler les affects mis en jeu dans la vie sociale.
La mondialisation (généralisation du marché) en acte correspond à l’intensification et à la subjectivation des médiations sous-jacentes. À ce stade, nous assistons à l’extension de la totalité comme but ultime jamais accessible sous peine de mort du système.