La gifle dans le cinéma français
La gifle, très présente dans le cinéma français d’avant-guerre, disparait dans le cinéma de la collaboration, et réapparait en force dans le cinéma français d’après guerre, pour disparaitre progressivement dans celui des années 70. Pourquoi ce mouvement de balancier ?
Et comment ce qui apparait maintenant comme le révélateur des "VSS" Violences sexistes et sexuelles a pu être un cliché cinématographique courant, participant ainsi à l’idéologie dominante de son époque.
En lisant le livre de François Azouvi : Du Héros à la victime : la métamorphose contemporaine du sacré j’ai trouvé une liste de 6 films qui sont, selon lui, caractéristiques de ce passage.
Le passage du Rhin de Cayatte où le héros (Georges Rivière) force la jeune allemande (Cordula Trantow) puis la laisse nue dans la foret et gifle la femme française (Nicole Courcel) qui du coup l’embrasse follement…
Les héros sont fatigués de Yves Ciampi
Où le héros (très mauvais comédien Yves Montand) gifle la sublime Maria Félix dans une mauvaise copie du Salaire de la peur
Le Bois des amants de Claude Autan-Lara
Où le parachutiste de la France Libre (Laurent Terzieff ) gifle la la femme (Erika Remberg) du capitaine allemand qui du coup se jette dans ses bras.
Nous sommes tous des assassins de Cayatte
Arrêtez les tambours de Georges Lautner. Film pacifiste où le maire (Bernard Blier) estime que la guerre entre la résistance et l’occupant n’est pas la sienne et fini fusillé par les nazis.
La Bal des pompiers film immonde, qui renvoie dos à dos la collaboration avec les Allemands et les combattants de l’armée française au nom d’un antimilitarisme dégoulinant de cynisme réactionnaire.
Or j’y ai vu autre chose !
Après avoir vu les 3 films, le passage du Rhin, le bois des amants et les héros sont fatigués, j’ai l’impression que tous les films français des années 50 et 60 comportent une scène où le héros mâle gifle une jeune femme.
Ou l’embrasse de force et obtient ainsi son consentement pour un rapport sexuel.
C’est donc comme si la femme devait ou voulait être battue par le mâle dominant pour s’autoriser à elle-même ce consentement.
Ou comme si l’homme avait besoin de se prouver ainsi sa domination pour avoir une érection.
C’est à vérifier, mais je me souviens de la gifle de Gabin sur Brigitte Bardot. Et je pense qu’il y en a comme cela des centaines d’autres.
J’ai voulu faire une recherche sur Internet, mais ce n’est pas facile car je n’obtiens qu’une liste des films des années cinquante, mais pas une sélection avec le mot gifle ou baffe.
Est ce que cela vaut le coup de travailler là-dessus ?
En tout cas je soupçonne que c’est une constante, un cliché du cinéma français d’avant et d’après-guerre.
Avec bien sûr l’autre cliché celui de la différence d’âge entre l’homme (mur) et la femme (enfant).
Du coup j’ai fait une recherche avec l’IA : Et j’ai obtenu des réponses très intéressantes :
Quels sont les films français des années 50 où une femme se fait gifler par un homme ?
Le cinéma français des années 50, marqué par le réalisme noir et les drames de mœurs, contient effectivement de nombreuses scènes qui illustrent les rapports de force de l’époque, souvent brutaux envers les femmes.
Voici quelques films emblématiques de cette décennie où de telles scènes se produisent :
1. Touchez pas au grisbi (1954)
Dans ce classique du film noir réalisé par Jacques Becker, le personnage de Max (incarné par Jean Gabin) gifle violemment Josy (Jeanne Moreau). C’est une scène marquante qui illustre le code de conduite impitoyable du milieu de la pègre de l’époque.
2. Voici le temps des assassins (1956)
Dans ce film de Julien Duvivier, l’ambiance est particulièrement sombre. Le personnage de Châtelin (Jean Gabin, encore lui) finit par perdre patience face à la manipulation de la jeune Catherine (Danièle Delorme) et lui inflige une correction physique.
3. La Minute de vérité (1952)
Réalisé par Jean Delannoy, ce drame psychologique explore l’infidélité. On y voit un affrontement tendu entre les personnages joués par Jean Gabin et Michèle Morgan, débouchant sur une gifle lors d’une dispute conjugale intense.
4. Manon (1949/1950)
Bien que sorti techniquement fin 1949, ce film de Henri-Georges Clouzot est emblématique du début de la décennie. Le personnage de Robert Desgrieux (Michel Auclair) gifle Manon (Cécile Aubry) dans un élan de passion destructrice et de jalousie maladive.
Pourquoi ces scènes étaient-elles si fréquentes ?
– Le "Code" du Film Noir : Dans le genre policier de l’époque, la violence physique était souvent utilisée pour asseoir l’autorité du "caïd" ou du héros viril.
– Reflet social : Le cinéma de cette période reflétait une société patriarcale où la violence domestique était rarement remise en question à l’écran, voire banalisée comme un outil de dramaturgie.
– L’image de Jean Gabin : À cette période de sa carrière, Gabin incarnait souvent l’homme d’expérience, autoritaire et "juste" selon les critères de l’époque, ce qui incluait parfois de "remettre à leur place" les personnages féminins jugés instables ou traîtresses.
Souhaitez-vous que je recherche des analyses cinématographiques sur l’évolution de la représentation des violences conjugales dans le cinéma français ?
Oui
Les aux femmes au cinéma est un sujet fascinant qui montre comment le septième art est passé d’une banalisation dramatique à une dénonciation sociale.
Voici une analyse de cette transition à travers les décennies :
1. L’ère de la "pédagogie brutale" (Années 50 - 60)
À cette époque, la gifle est souvent mise en scène comme un outil de "remise en ordre". Elle n’est pas forcément perçue par le public de l’époque comme un acte criminel, mais comme le signe d’un homme qui "reprend les choses en main" face à une femme jugée hystérique, manipulatrice ou infidèle.
– Le symbole : L’homme mûr (souvent Gabin ou Ventura) qui impose son autorité.
– Le message sous-jacent : La violence est une ponctuation dramatique presque normale du conflit amoureux.
2. La rupture de la Nouvelle Vague et des années 70
Avec l’arrivée de mouvements féministes et un cinéma plus introspectif, la violence change de sens. Elle commence à être filmée de manière plus brute, moins "héroïque".
– L’évolution : On commence à montrer la détresse de la victime. La violence n’est plus une preuve de caractère du héros, mais une faille ou une pathologie.
– Film clé : La Femme d’à côté (1981) de Truffaut, où la violence passionnelle est montrée comme une force destructrice et tragique, et non plus comme une simple autorité masculine.
3. Le tournant du "Réalisme Social" (Années 90 - 2010)
Le cinéma français commence à traiter la violence conjugale comme un sujet central et non plus comme une simple scène d’action. Le point de vue bascule : la caméra reste du côté de la femme.
– L’approche : On filme le cycle de l’emprise (l’isolement, la peur, l’éclat de violence, puis la "lune de miel").
– Film clé : Ne le dis à personne (2006) ou plus récemment Jusqu’à la garde (2017) de Xavier Legrand, qui a profondément marqué les esprits par son réalisme terrifiant.
Comparaison de la perception cinématographique
Époque Rôle de la violence à l’écran Perception du public
1950 Outil de régulation / Virilité Acceptée comme un trait de caractère
1980 Symptôme d’une passion toxique Perçue comme tragique et sombre
Aujourd’hui Crime et sujet de société Inacceptable / Signal d’alarme
Cette transition montre que le cinéma ne se contente pas de raconter des histoires ; il agit comme un miroir (parfois avec retard) des mœurs et de la loi. En 1950, la loi française reconnaissait encore une certaine forme de "pouvoir marital" qui transparaissait dans ces films.
Je comprends mieux comment l’intelligence artificielle va pouvoir remplacer les journalistes ! C’est même l’IA qui m’a conseillé le livre La drôle de guerre des sexes du cinéma français
La drôle de guerre des sexes du cinéma français (1930-1956) de Noël Burch (Auteur), Geneviève Sellier (Auteur), Michelle Perrot (Préface)
Mais du coup j’ai été y voir de plus près et voici un petit échantillon de ce cinéma qui a construit les hommes de ma génération :
Non coupable, de 1947, d’Henri Decoin. Film policier avec une histoire de plusieurs crimes parfaits ou le docteur (Michel Simon) gifle sa maitresse (Jany Holt)
Edouard et Caroline, de Jacques Becker, de 1951. Divertissement, entre comédie, portes qui claque et paire de baffes !
La Minute de vérité de Jean Delannoy, de 1952 : Jean Gabin traite la femme adultère (Michele Morgan) de salope et la gifle, vers la fin.
Touchez pas au grisbi de 1954, de Jacques Becker. Film noir archi connu ou Gabin gifle à tour de bras et en particulier Jeanne Moreau.
Futures Vedettes, de 1955, de Marc Allégret
Les éléves (dont Brigitte Bardot) sont toutes amoureuses de leur Maître. C’est dégoulinant mais gracieux. Extrait d’un dialogue Dis donc tu sais ce que j’ai appris sur le maitre ?
Eric Walter ? - Oui, Éric.- Sa femme l’a quitté parce qu’il la battait.- Non... Avec quoi ? - Je ne sais pas. Avec sa ceinture peut être.- Avec sa ceinture, surement ! Quel homme !
Les Diaboliques, de Henri-Georges Clouzot, de 1955. Chef d’œuvre de perversion, où la maitresse (Simone Signoret) et le mari (Paul Meurisse) tue la pauvre femme soumise (Véra Clouzot) en lui faisant peur.
Razzia sur la chnouf de 1955, d’Henri Decoin. La droguée, un peu âgée (Lila Kedrova) est giflée par son souteneur (Armontel)
Les amants de Montparnasse, de Jacques Becker, de 1958, où Modigliani, alcoolique (Gérard Philippe) gifle sa maitresse (Lilli Palmer) qui apparemment aime ça !
Guinguette de 1959 de Jean Delannoy. Comédie où ne gentille prostituée (Zizi Jeanmaire) entourée de gentille prostituées rêve d’une guinguette. Et tombe amoureuse d’un bellâtre (Jean Claude Pascal) qui lui fout une baffe.
Le Bois des amants, de 1960, de Claude Autant-Lara. Où le parachutiste de la France Libre (Laurent Terzieff ) gifle la la femme (Erika Remberg) du capitaine allemand qui du coup se jette dans ses bras.
Le Passage du Rhin de 1960, d’André Cayatte. Le héros (Georges Rivière) force la jeune allemande (Cordula Trantow) puis la laisse nue dans la foret et gifle la femme française (Nicole Courcel) qui du coup l’embrasse follement…
Arrêtez les tambours, de 1961, de Georges Lautner. Film contre la guerre qui met sur le même pied les nazis et les résistants. Extrait du dialogue : À quoi ça sert tout ça ? À rien ! Taisez vous donc ! Et la fille est jolie et sympa mais l’amant la paie pour coucher avec !
Le Meurtrier, de 1962, de Claude Autant-Lara. La femme est hystérique et ne veut pas divorcer. Il faut la tuer. Le mari (Maurice Ronet) lui assène une gifle, au début.
En cas de malheur de 1958.
Ou l’avocat (Gabin) grand bourgeois, est perverti par la créature sensuelle (Bardot), mais où c’est elle qui meurt à la fin. L’honneur est sauf. Seul avancée, c’est que c’est une femme qui assume ses désirs.