Si le Soudan n’est pas le seul pays ravagé par la guerre, dans un contexte mondial marqué par la montée des fascismes et par des guerres impérialistes et néocolonialistes, il est l’un des rares conflits face auxquels le monde a largement choisi de détourner le regard. Ce silence est d’autant plus troublant que la situation a été qualifiée à plusieurs reprises par les Nations unies comme l’une des pires crises humanitaires contemporaines.
Ce choix pose une question fondamentale : que reste-t-il de notre humanité et de la solidarité entre les peuples à l’heure des catastrophes majeures ? Les événements tragiques vécus à El Fasher en novembre 2025 semblent répondre cruellement à cette question, comme s’il fallait qu’une ville entière soit rasée et sa population massacrée pour que les consciences commencent enfin à s’éveiller.
L’année 2025 a été particulièrement éprouvante pour les Soudanais·es. Catastrophes naturelles liées au changement climatique, aggravation de la crise humanitaire, famine, déplacements massifs de populations, ingérences étrangères, atrocités de guerre, effondrement économique, et absence d’une vision politique crédible de la part de la classe politique soudanaise pour sortir le pays de cette crise, n’ont cessé de rendre la situation encore plus dramatique.
Dans ce contexte, que reste-t-il de la révolution soudanaise ? Cette mobilisation populaire exceptionnelle s’est traduite par des projets politiques tels que la “Charte du pouvoir du peuple” portée par les comités de résistance, ou encore la “vision révolutionnaire” proposée pour sortir de la guerre.
Ces initiatives portent le même projet révolutionnaire incarné par le slogan "Liberté, Paix et Justice”, qui continue d’inspirer le peuple soudanais. Trois ans après le début de la guerre, malgré une recomposition brutale de la scène politique, une large partie de la population est restée fidèle à l’esprit de la révolution, dans la diaspora ou au Soudan via des collectifs engagés pour améliorer le quotidien des populations.
Le rôle central des “chambres d’urgence” sur le terrain en coordination avec la diaspora soudanaise a d’ailleurs été récompensé par plusieurs prix internationaux.
Face à cette mobilisation révolutionnaire et humanitaire, la solidarité avec le peuple soudanais ne faiblit pas, et elle s’exprime à travers le monde entier.
Parler du Soudan aujourd’hui implique nécessairement d’interroger les responsabilités dans l’alimentation continue de ces violences. Celle de la communauté internationale, immobile face à la tragédie en cours. Celle des puissances étrangères dont les ingérences exposent la brutalité des impérialismes contemporain. Et celle des États qui ont transformé le Soudan en un théâtre de règlements de comptes géopolitiques.
Malgré la guerre, les Soudanais·es expriment leur liberté et leur résilience à travers une vie culturelle foisonnante. La qualification de l’équipe nationale soudanaise à la CAN a contribué à renforcer le sentiment d’unité. Les initiatives culturelles et créations portées par la diaspora soudanaise apparaissent aussi comme des espaces de préservation de la culture, des pratiques et des identités attaquées par la guerre et l’exil.
Sudfa Media propose ici une lecture qui ne se prétend pas neutre, mais au contraire, résolument engagée dans la continuité de la révolution soudanaise et nourrie d’enseignements politiques. Dans ce numéro, des voix soudanaises se croisent pour analyser la situation du pays avec engagement, rigueur et profondeur.
Bonne lecture !