Divergences Revue libertaire en ligne
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EL KAPO
De Albert Montón
Le film

Basé sur les recherches de Guillem Llin Llopis.
(Le livre de Guillem Llin Llopis n’étant pas traduit en français, je ne peux m’appuyer que sur le film qui en a été tiré.)

Le livre

César Orquin Serra était un anarchiste, très certainement fils naturel d’un grand aristocrate de Valence, ce qui lui a permis de faire de bonnes études et de parler plusieurs langues. Il adhère à la CNT en 1933 puis s’engage dans les Brigades internationales, au XVe Bataillon (Abraham Lincoln).
Après l’effondrement de la République de 1939, il passe en France (La Retirada) et est interné dans les camps. Enrôlé dans une Compagnie de travailleurs étrangers, il est fait prisonnier par l’armée allemande, puis est déporté en décembre 1940 au camp de concentration de Mauthausen.
Sa connaissance de la langue allemande en fait immédiatement un interprète et d’une certaine façon un « protégé » de l’extermination des SS. Il parvient même à se faire nommer Kapo d’un camp annexe de Mauthausen, le Kommando Cesar d’abord à Vöcklabruck puis à Ternberg. Ce faisant il sauve les 336 déportés dont il était responsable.
En mai 1942, il est réintégré au camp de Mauthausen jusqu’au 2 décembre 1944 où le Kommando (environ 300 déportés) est envoyé à Redl-Zipf où, de nouveau, il arrive à préserver la vie de la plupart des déportés. De retour au camp central, il y reste jusqu’à la libération du 9 mai 1945.
Pendant toutes ces périodes, il refuse d’intégrer la résistance communiste interne et s’en fait des ennemis. Ceux-ci vont l’accuser, après la Libération, d’avoir trahi et d’avoir envoyé à la mort plus de 400 déportés, la plupart communistes, en les désignant pour le camp annexe de Güsen.
Il se marie en Autriche puis, pour fuir les rumeurs et les accusations des communistes, il se réfugie, avec sa famille, en Argentine, à Mendoza. Il y refait sa vie et meurt le 14 février 1988.
Dans le livre de Joaquim Amat-Piniella, Cesar (Auguste) est présenté comme un personnage ridicule, vantard, menteur, imbu de sa personne et autoritaire mais nullement comme un collaborateur des SS.
Le livre de Guillem Llin Llopis, historien amateur mais opiniâtre, après des mois de recherches dans les archives, le lave de ces accusations staliniennes, en comparant par exemple les taux de disparitions entre les différents Kommandos qu’il a « gérés » et ceux du camp central ou des autres Kommandos.
Le très bon film documentaire d’Albert Montón montre la démarche de l’historien Llin Llopis, avec beaucoup d’interviews familiaux et de documents. Il réhabilite ainsi la figure d’un anarchiste (peut-être pas très sympathique d’après Amat-Piniella), mais qui a réussi à sauver plus de 400 Espagnols de la barbarie des nazis.
Caillou