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K.L.Reich
Joaquim Amat-Piniella

C’est un livre étrange, à plusieurs titres.

D’abord parce qu’il témoigne de la vie quotidienne dans un des pires camps de concentration nazi, Mauthausen, mais sous une forme fictionnelle. Joaquim Amat-Piniella, déporté républicain catalan, a préféré « la forme romancée, car elle nous a semblé plus fidèle à la vérité intime de ceux d’entre nous qui ont vécu cette aventure. Après tout ce qui a été écrit sur les camps, avec l’éloquence froide, des chiffres et des informations journalistiques, nous croyons qu’en retraçant la vie de quelques personnages, réels ou non, nous pourrons donner une impression plus juste et plus vivante qu’en nous limitant à un exposé objectif. Sauf que cette fiction a été vécue par son auteur, survivant.
Nous allons donc, en lisant K.L.Reich, traverser l’enfer concentrationnaire et plus particulièrement l’histoire de ces milliers d’Espagnols républicains qui en furent les victimes, dès 1940, à Mauthausen.

La seconde étrangeté de ce livre c’est l’histoire de sa publication ! Écrit en 1945 et 46, tout de suite après la Libération, alors que son auteur était réfugié en Andorre, il essaie de le faire éditer lorsqu’il retourne à Barcelone, mais la censure implacable du régime franquiste l’en empêche. Ce n’est qu’en 1963 qu’une maison d’édition de Barcelone parvient à l’éditer, d’abord en castillan, puis en catalan. C’est donc le premier livre qui parait en Espagne sur la déportation des Espagnols républicains. Joaquim Amat-Piniella meurt en 1974 et c’est en 1998 que l’on retrouve dans une valise le tapuscrit original « authentique et intégral ».

Ce livre magistral, traduit pour la première fois en français par Dominique Blanc, se lit comme un roman (glaçant !). Il montre que les conflits internes de la guerre d’Espagne continuaient à diviser les déportés espagnols, même en enfer.
Il montre aussi que le camp se construit sur des strates successives de nationalités massacrées où les rares survivants des premières arrivées ont pu s’infiltrer dans l’appareil concentrationnaire des SS, tandis que les dernières (comme les juifs hongrois en 1945) sont systématiquement liquidées. Il est incontournable pour tous celles et ceux qui s’intéressent à l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale, à celle des Espagnols et à la lutte contre le fascisme.

La troisième singularité de ce témoignage tourne autour de la personnalité d’un de ces déportés espagnols, que le livre appelle Auguste, mais qui s’appelait en réalité César Orquin Serra. Mais là c’est une autre histoire, tout aussi passionnante, que je me promets d’aborder dans une autre recension.

Caillou