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Une vie d’esclave
Hans Schmitz
Hans Schmitz - Photo de la Gestapo en 1937

Le Maifeld, qui s’étend dans les vallées du Rhin et de la Moselle, une région avec de beaux champs et des forêts, « chantée et célébrée », était le lieu de ma jeunesse. Certes, grâce à la qualité de son sol, le Maifeld fournit une nourriture abondante, mais la faim y fait rage comme partout ailleurs, et la misère et la détresse règnent dans les cabanes des pauvres. Une partie des ouvriers trouve son emploi dans les carrières d’ardoise. Ils travaillent là, dans les entrailles de la terre : ils font sauter, fendent les roches d’ardoise et les remontent à la surface. Beaucoup a déjà été écrit sur le mineur qui extrait le charbon, mais le grand public sait très peu de choses sur le travail pénible du mineur d’ardoise, qui travaille pourtant avec les moyens de production les plus primitifs et ne bénéficie pas des installations sanitaires dont dispose par exemple le mineur. La tablette d’écriture pourrait en apprendre beaucoup à l’écolier sur le devenir de son « être » si l’enseignant pouvait lui transmettre son propre vécu, ses propres créations, au lieu de lui inculquer ce que d’autres lui ont inculqué.

Comme partout à la campagne, l’instituteur et le « grand escroc au nom de Jésus » sont les deux dieux devant lesquels tout sombre dans la poussière. Monmaître d’école était sadique, il trouvait sa satisfaction quand il pouvait nous battre jusqu’au sang, l’Église faisait tout son possible pour former des serviteurs dociles du « Seigneur ». Ainsi, la faim, le froid, le maître d’école sadique , le curé, le gendarme qui nous espionnait lorsque nous « socialisions » les pommes et les poires, les bourreaux de ma jeunesse, qui utilisaient tous les moyens pour encourager l’esprit d’esclavage. Quand on est en mesure de réfléchir à tout cela, on peut comprendre pourquoi le travailleur se prosterne de manière si servile devant son maître. Si j’écris maintenant sur l’autre partie, les ouvriers et ouvrières, qui font resurgir en moi tant de souvenirs de jeunesse, je considère qu’il est de mon devoir de dénoncer la bestialité dans laquelle ils vivaient. Il s’agit de valets et de servantes.

Chaque année, des marchés aux serviteurs avaient lieu sur le Maifeld, dans les localités de Polch, Münstermaifeld et autres ; les valets et les servantes s’y offraient à la vente publique. Les propriétaires terriens venaient de loin pour évaluer leur âge, leur force et leurs capacités. Si cela leur convenait, la vente était conclue. Le valet et la servante recevaient un thaler d’avance et étaient vendus pour un an, devant effectuer des corvées de 4 heures du matin à 10 heures du soir. Il nous reste donc encore un travail énorme à accomplir pour libérer ces esclaves de la liberté. Les ouvriers agricoles qui ne veulent plus accepter des conditions indignes, mais qui ne possèdent pas de terres pour subvenir à leurs besoins, affluent vers les villes et sombrent dans le prolétariat industriel.

C’est le même travail forcé, mais en plus moderne. À l’usine, il dompte le fer et l’acier, travaille sans relâche, car le contremaître est derrière lui. Un cri retentit, il se tord de douleur. Le fer incandescent, l’acier prêt à être coulé, recouvre son corps. D’énormes brûlures, et finalement la mort. C’est cela le scalvenlos, ce qu’on appelle à tort la vie. Mettons toute notre énergie à mettre fin à cette tyrannie. Armons-nous des armes du socialisme libre. Notre combat sera celui contre la domination et la cupidité, afin que le printemps arrive pour les hommes ! (53)