Divergences Revue libertaire en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
006 Les idées de l’anarcho-syndicalisme allemand

L’anarcho-syndicalisme — souvent appelé simplement « syndicalisme » (du français syndicat) — puise ses racines dans les idées libérales, anti-jacobines, socialistes primitives et anarchistes. Il s’agit avant tout d’une tentative de fusion des idées de Proudhon, Bakounine, des syndicalistes français (Pierre Monatte, Ferdinand Pelloutier, entre autres), de l’anarchisme communiste de Peter Kropotkine et, pour l’Allemagne, de la « Sozialistische Bund » (Union socialiste) de Gustav Landauer. Rejetant avec eux le principe même du capitalisme, de l’État, de l’Église et de toute organisation centralisée, il rejette également les partis politiques et le parlementarisme.

Proudhon
Bakounine
Monatte
Pelloutier
Kropotkine
Landauer

L’anarcho-syndicalisme poursuit la ligne antiétatique de la théorie politique moderne « qui mène du libéralisme primitif à l’anarchisme » (94). Les théories antiétatiques du Français Pierre-Joseph Proudhon et du Russe Mikhaïl Bakounine s’inscrivent dans ce contexte. Proudhon mettait l’accent sur le principe du fédéralisme : la société anarchiste devait s’organiser, en éliminant toutes les institutions étatiques, « dans le domaine économique comme une « confédération d’associations de travailleurs » et dans le domaine politique comme une « confédération de communes ». (95) Les théories de Proudhon ont été développées par Bakounine.

Contrairement à Proudhon, qui ne s’opposait pas en principe à la propriété, mais seulement à la propriété sans travail(96) (intérêts, loyers, dividendes), Bakounine était collectiviste, c’est-à-dire que tous les moyens de production, la terre et les biens fonciers étaient propriété commune (97) et que la propriété privée était limitée aux produits du travail individuel. Bakounine soulignait l’importance des syndicats en tant que vecteurs du futur ordre social et économique (98). Il était ainsi en accord avec les statuts de l’Association internationale des travailleurs (1ère Internationale), qui représentait toutes les tendances du mouvement ouvrier socialiste jusqu’à sa scission en 1872. Les statuts rédigés par Karl Marx défendaient le principe selon lequel « l’émancipation de la classe ouvrière doit être conquise par la classe ouvrière elle-même »(99) et « que l’émancipation économique de la classe ouvrière est donc le grand objectif final auquel tout mouvement politique doit se subordonner comme moyen ». (100) Le mouvement anarcho-syndicaliste a également fait siennes ces principes et Luigi Fabbri souligne que les différences entre anarchistes et marxistes étaient plus d’ordre pratique que de principe, car les deux avaient les mêmes objectifs finaux (101).

En ce sens, le syndicalisme aurait à la fois des traditions marxistes et anarchistes, ce qui ne serait pas contradictoire.(102) D’autres principes essentiels du mouvement syndicaliste, tels que l’acceptation de la grève générale comme moyen de lutte, l’action révolutionnaire directe, le militarisme antipatriotique, ... le but ultime, l’expropriation afin de créer une organisation sociale historique dont la gestion directe serait assurée par les syndicats, par l’administration immédiate de la propriété sociale, sans intermédiaires politiques dans la production (103), ont déjà été développés lors de la 1ère Internationale.

Congres de la Haye en 1872

Après l’exclusion de Bakounine de l’Internationale lors du congrès de La Haye en 1872, ses partisans se sont regroupés pour former une nouvelle organisation, l’Internationale anarchiste (104). En 1878, cette organisation s’est dissoute, car les sections des différents pays ne pouvaient plus travailler que dans la clandestinité en raison de la répression étatique (105).

Le mouvement syndicaliste moderne est né en France dans les années 90 du siècle dernier (106). Il s’inscrivait délibérément dans la tradition de l’Internationale. Les causes de l’émergence du syndicalisme en France étaient les suivantes :

1. Le développement du système des usines et la concentration économique qui en a résulté.

2. Les dissensions entre les différents partis socialistes et leur orientation purement parlementaire, dont la plupart des travailleurs ne tiraient aucune promesse d’amélioration de leur situation matérielle. Comme les partis disposaient également de leurs propres syndicats, aucune action commune n’était possible dans le domaine économique.

Les syndicalistes français ont développé les principes fondamentaux et le modèle organisationnel de l’anarcho-syndicalisme. Les idées syndicalistes se sont rapidement répandues dans le contexte de la vague de grèves massives qui a débuté en 1904 au sein du mouvement ouvrier socialiste international.

En 1913, le premier congrès syndicaliste international eut lieu à Londres (107).

Sorel

La littérature attribue souvent une grande importance au cercle intellectuel autour de Georges Sorel dans le mouvement syndicaliste en France, ce qui est notamment dû à la publication de Werner Sombart(108). Le théoricien de l’anarcho-syndicalisme allemand, Rudolf Rocker, conteste cette influence ; selon lui, les intellectuels autour de Sorel n’auraient pas eu d’influence notable sur le développement du mouvement français.
(109)