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Oklahoma Honey Ou la common decency au pays des {rednecks}

Le distributeur d’un film est chargé de sa commercialisation sur un territoire donné. En France, c’est donc la société distributrice, Metropolitan, qui a choisi de ne pas traduire le titre original The Rivals of Amziah King (Les rivaux d’Amziah King) réalisé par Andrew Patterson et de proposer une alternative, en anglais bien sûr, Oklahoma Honey pour sa sortie en salles le 19 août. Et également de le ranger dans la catégorie, "policier, drame et thriller", pour en assurer la promotion. Catégorie reprise par la plupart des critiques. Par exemple, Télérama titre : "un thriller original baigné de bluegrass" (Chloé Delos-Eray, Télérama, mardi 18 août 2026).

Le Amziah King (Matthew McConaughey) du titre original est un apiculteur reconnu pour son expertise, son talent et, en conséquence, la qualité de son miel. Amziah King est le pilier d’une communauté rurale soudée notamment autour de la musique bluegrass : le film débute sur le parking d’un drive où cinq hommes donnent un concert improvisé. La musique ne cessera de rythmer le déroulé du film et d’unifier les membres de cette communauté autour de leur pratique musicale.

Très vite, ils vont intégrer un joueur de banjo, Colemar (Tony Revolori), capable de reprendre Dueling Banjos, le solo mythique de Deliverance (John Boorman, 1972). Ce n’est pas un hasard ! Deliverance constitue une référence pour les cinéphiles mais également une parfaite illustration de la stigmatisation des culs-terreux en l’espèce des Appalaches en Caroline du Nord mais bien au-delà de tous les rednecks. Stigmatisation allant jusqu’à les considérer comme des dégénérés : John Boorman déclarait, sans ambages, avoir choisi Billy Redden pour interpréter le petit joueur de banjo parce qu’il représentait le "typique enfant consanguin, du fond des bois"… Comme souvent, la stigmatisation a été retournée pour affirmer une revendication identitaire : l’enracinement, les valeurs ancestrales contre la ville corruptrice et cosmopolite. De fait, devenu le 46e État des États-Unis le 16 novembre 1907, l’Oklahoma fait figure de modèle de la Bible Belt avec plus de 80% de ses habitants qui se déclarent chrétiens et dont la majorité appartiennent à des églises évangéliques et fondamentalistes. Et évidemment, Donald Trump y a obtenu 65,3% des suffrages en 2016 et 66.16% en 2024, soit 2/3 des votes exprimés.

Le titre choisi pour la France, Oklahoma Honey, remplit une double fonction : une information sur le lieu où se déroule la fiction et, en même temps, le miel renvoie au conte : le spectateur est invité à déguster le miel de l’Oklahoma. Ce miel, c’est principalement l’existence du lien communautaire qui s’exprime en permanence bien au-delà des jam sessions, par l’entraide et la solidarité sans faille.

Le miel est obtenu en considérant les abeilles comme des partenaires et, par conséquent, en respectant leurs mœurs et leurs hiérarchies dans une sorte de symbiose entre elles et l’apiculteur. Une séquence époustouflante montre Amziah King recouvert, peu à peu, par toutes les abeilles de la ruche. Séquence éminemment pédagogique : Amziah King enseigne à Kateri les savoir-faire indispensables pour assumer la gestion des ruches. Et le premier d’entre eux est le respect des abeilles et de leur organisation.

Kateri ou la revanche de Pocahontas

Très rapidement dans la fiction, Amziah King a retrouvé Kateri (Angelina LookingGlass [1]) une jeune fille placée dont il a assuré la garde avec son épouse. Amziah King va achever son éducation et lui transmettre son savoir-faire et ses valeurs. Mission accomplie : Kateri incarnera la parfaite héritière.

Pocahontas est citée dans le film par un protagoniste qui déclare ne connaître les Peuples premiers qu’à travers le mythe de la princesse indienne. Et il ne précise pas, mais cela va de soi, ses connaissances se limitent à la fiction des studios Disney : Pocahontas : Une légende indienne sorti en 1995. Le mythe permettait de transférer la légitimité historique de la princesse à l’officier britannique… Oklahoma Honey inverse, tout simplement, le processus : juste retour des choses !

Un regard qui dit tout

Dans cette communauté rurale, l’entraide se matérialise même si elle implique de faire quelques entorses au respect de la légalité comme par exemple récupérer des ruches nuitamment, ruches volées par le très méchant rival de Amziah King.

En effet, Amziah King doit affronter une concurrence qui a peu à voir avec le free-market et tout avec une mafia politico-financière. Elle est incarnée par Dob McCoy, un baron de la prairie parfaitement haïssable interprété par Kurt Russell. Comme nous sommes bien dans l’univers du conte, la police locale n’obéit pas aux ordres du notable mais à la règle commune, à la common decency… Ainsi, son chef, Sunderland (Bruce Davis [2]) ferme les yeux sur les entorses légitimes à la légalité et cherche, au contraire, à coincer Dob McCoy. Ce sera chose faite et la communauté continuera d’exister et à produire le miel de l’existence…

Mato-Topé