8 mars oblige, Biarritz-Magazinen°335 de mars-avril 2024 a choisi, sous le titre Des destins hors du commun, de célébrer cinq femmes qui’ ont marqué de leur empreinte l’histoire de notre ville’ (p.26). Une double page illustrée par les photos des cinq élues. En page 27, la troisième,Coco Chanel précède Marie Politzer, la quatrième…Soit la nazie puis la résistante.
Une nazie conséquente à l’antisémitisme forcené :’Gabrielle Chanel a été antisémite, avant, pendant et après la guerre’ [1]. Avant, la posture était assez commune dans les milieux huppés de la capitale comme dans ceux de La reine des plages. Pendant, elle a tenté de bénéficier de l’aryanisation des biens juifs afin de récupérer l’intégralité de la marque du parfum n°5 dont elle ne détenait que 10% des droits, le reste étant la propriété des Wertheimer alors réfugiés aux États-Unis [2].Après la guerre, Françoise Sagan racontait son effroi en l’entendant tenir des propos violemment antisémites.
Une nazie qui est allée bien au-delà de la collaboration (horizontale : elle a été la maîtresse du baron Hans Gunther von Dincklage, attachéà l’ambassade du Reich à Paris) puisqu’elle fût recrutée par l’Abwehr, devenant l’agent F-7124 sous le nom de code ’Westminster’ [3]. A la Libération, elle est brièvement interrogée par le comité d’épuration et rapidement libérée après l’intervention de Winston Churchill. Pour Edmonde Charles-Roux, ’Sans Churchill, elle était tondue’ [4]. De fait, considérant sa participation active à l’espionnage en faveur des occupants, elle a échappé à bien pire ;elle n’est pas la seule…Elle passera une dizaine d’année en Suisse avant de revenir finir sa vie en France.
Bien évidemment, Biarritz-Magazine préfère omettre ces quelques détails historiques qui pourraient ternir l’image de ’l’égérie Chanel qui règne en son royaume luxueux, arrogant, inaccessible et moderne’…
Suit Marie Politzer qui, elle, est née à Biarritz en 1906. La résistante a (malheureusement) une biographie plus commune, beaucoup moins glamour. Elle épouse, le 5 mars 1931,Georges Politzer, philosophe et communiste au destin unique. Ils entrent en clandestinité dès août 1940 et sont tous les deux arrêtés par la police française en février 1942. Georges est fusillé le 23 mai au Mont-Valérien. Marie Politzer est déportée à Auschwitz-Birkenau le 24 janvier 1943 où elle meurt du typhus le 6 mars de la même année.
Ce bref rappel biographiques permet de mesurer le caractère ignoble de cet article qui, rendant hommage à ces deux femmes, à la suite l’une de l’autre, les place sur un pied d’égalité. Or, ce type de magazine sur papier glacé doit assurer avant tout, à Biarritz comme ailleurs, la promotion de la municipalité en place (pour ne pas écrire celle de Madame le Maire). Cette fonction première implique de rechercher l’adhésion des lecteurs ou, à tout le moins, de ne pas provoquer un rejet de leur part.
On peut légitimement postuler que le service com de la mairie a donné son imprimatur après que l’article ait été lu et validé. Que personne, tout au long de la chaîne de décision jusqu’à Madame le Maire, n’y ait trouvé à redire, n’ait formulé d’objection,en dit long sur la nature du pouvoir municipal. Que le magazine distribué gratuitement dans toutes les boîtes aux lettres n’ait pas provoqué de réactions ni de rejets montre l’analphabétisme historique et politique qui règne dans la cité balnéaire… Malheureusement, Biarritz ne constitue pas une exception.
Dans le nouveau quartier de l’avenue Kléber de Biarritz, une rue Gabrielle Chanel ’rappelle le souvenir de cette grande artiste chef d’entreprise’. Non loin de là, une allée Marie-Politzer...
Mato-Topé
