« Ainsi, non seulement le surmoi oblige l’individu à obéir aux impératifs de la réalité, mais encore il oblige à obéir aux impératifs d’une réalité passée. Grâce à ces mécanismes inconscients, le développement mental reste en arrière du développement réel, ou (puisque celui-là est lui-même un facteur de celui-ci), il retarde le développement réel, nie ses possibilités au nom du passé. »
Herbert Marcuse, Eros et civilisation (p. 41).
Vocables à bannir de la toile en Chine
de Hsi Hsuen-Wou et Charles Reeve (L’Insomniaque)

À propos de la Chine et du « socialisme de marché », voilà un petit livre qui dresse un glossaire de quelques uns des mots interdits si l’on veut naviguer sur la toile en toute quiétude. Car une liste aurait été établie par la Web police du pouvoir chinois, répertoriant les termes à censurer dans l’espace électronique en cas de révolte ou de contestation grandissante. Et la contestation, elle existe bel et bien malgré la promesse du paradis socialiste… « de marché » ! Big Brother est de rigueur en Chine, comme aux Etats-Unis où la toile est également surveillée, Patriot Act oblige.
On connaissait déjà les listes de chansons interdites sur les ondes et les écrans à l’occasion de guerres — en France et ailleurs —, mais on n’arrête pas le progrès en matière de contrôle et de répression, on passe à présent aux mots à bannir dans les messages électroniques et autres blogs. Surtout depuis que les révoltes de l’autre côté de la Méditerranée font des émules, que L’Espagne n’est pas en reste, ni les Etats-Unis d’ailleurs. Bref ça bouge de partout et l’ère des leaders semble être passée de mode… Alors évidemment si la base ne se laisse plus aussi facilement lobotomiser par les diverses formes de propagande et que les mouvements spontanés gagnent du terrain, ça branle dans le manche ! Mais la censure veille, ou plutôt « l’harmonisation », c’est plus tendance en Chine, car ceux et celles qui tirent les ficelles ne sont certainement pas disposé-es à lâcher facilement leurs privilèges.
Or donc en Chine, dans « l’atelier du monde », il y a des mots à bannir pour éviter toute supposée contagion de révolte : grève, émeute, bagne, stress, syndicat indépendant, démocratie, migrant… Autant de mots jugés dangereux par le pouvoir. Migrant et migrante, on s’en doutait un peu après la lecture du livre de témoignages d’ouvrières chinoises publié également par l’Insomniaque, Avis à la consommation. Chine : des ouvrières migrantes parlent, dans lequel sont décrites les conditions de travail de véritables bagnes industriels. Le « miracle économique » a un prix humain très élevé.
Les mots qui font peur. Vocables à bannir de la Toile en Chine de Hsi Hsuan-Wou et Charles Reeve fait non seulement un bilan de la censure du « Bureau d’harmonisation des mots-clés » — c’est le nom du centre qui dépend du Bureau d’État d’information sur Internet —, mais livre aussi un constat de la situation dans ce pays et du contrôle exercé par les cyberflics chinois. État des lieux sous forme pamphlétaire avec les commentaires des deux auteurs qui dénoncent les contradictions du régime et de sa propagande. Et si cette liste est un canular, elle n’en demeure pas moins une illustration du climat de répression qui passe par la chasse aux mots et aux personnes supposées déviantes de « l’harmonie sociale » imposée et obligée.
François Cerutti, D’Alger à Mai 68, mes années de révolution, Avant propos de Mohammed Harbi, Spartacus, Paris, 2010.
En 1969, alors que le capitalisme traversait une période de prospérité, parut aux États-Unis Marx et Keynes, les limites de l’économie mixte. Fruit d’une longue réflexion commencée lors de la crise de 1929, poursuivie dans les années de l’après guerre, cet ouvrage de Paul Mattick argumentait que les formes nouvelles d’intervention de l’État dans l’économie n’étaient q’une solution provisoire aux problèmes du capitalisme et allaient, à terme, créer de nouvelles contradictions. Publié en France trois ans plus tard, ce livre vient d’être réédité [27].

Jadis, en un aphorisme particulièrement concis mais, cependant, juste et précis, le génial Alfred Jarry, maître incontesté de l’humour noir, faisait dire à l’emblématique Père Ubu : « …Avec ce système, j’aurai vite fait fortune, alors je tuerai tout le monde et je m’en irai ». En peu de mots et une formule portée jusqu’à l’incandescence, il résumait ainsi tout le capitalisme et la morale bourgeoise, son armature psychologique. Semblable économie de moyens alliée à une telle rigueur dans le propos force notre admiration. Et pour tout dire, esquisser avec des traits si brefs le tableau de l’attachement fétichiste à un système dont l’absurdité aboutit, d’un bout à l’autre, à la domination de la mort sur le vivant, n’est pas sans nous apparaître comme une forme de prouesse critique.
fr
Thématiques
Charles Reeve (J. Valadas) - Textes
?
|
OPML
?