L’appel unanime à voter Hollande au deuxième tour de l’élection présidentielle de la part de la « gauche de gauche », c’est-à-dire de celle qui se positionne à gauche du Parti socialiste, depuis le Front de Gauche jusqu’au Nouveau Parti Anticapitaliste et à Lutte ouvrière, donne une nette impression de déjà vu.

Sortie du film sur les écrans nationaux, le 25 avril 2012
En ces temps de campagne électorale, il est souvent des commentaires et des explications qui sonnent comme une instrumentalisation cynique de faits abominables. Il en est ainsi à propos des actes meurtriers de Mohamed Merah, s’étant déclaré combattant pour une cause… Quelque soit la cause, elle ne justifie en rien la barbarie, qu’il s’agisse de supposé jihad ou d’occupation militaire, un meurtre est une meurtre.
Toutefois, qu’à cette occasion des individus y aillent de leur couplet moralisateur pour exploiter la peur afin de grimper dans les sondages et entretenir la méfiance de l’autre, on se dit que la monstruosité est aussi du côté des cyniques dans cette course au pouvoir.
En novembre dernier, Divergences avait publié une présentation du film de Philippe Faucon, La Désintégration, et un entretien avec ce réalisateur. Le cas de ces trois jeunes gens, leur endoctrinement décrit dans le film, participent plus à une réflexion que les hypothèses et les jugements assénés à des fins électoralistes.
Elio Petri est-il « enterré par le système » ? se demande Robert Altman dans le documentaire de Stefano Leone, Federico Baci et Nicola Guarneri, Elio Petri, notes sur un auteur.
On peut en effet se poser la question, car peu de rétrospectives sont organisées autour de la filmographie d’Elio Petri [6] ? La reprise et l’édition en DVD de deux de ses films depuis 2010 — Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon et La classe ouvrière va au paradis — marquent-elles le retour de l’un des cinéastes italiens parmi les plus engagés ?
C’est à espérer puisqu’un troisième film de Petri sera bientôt sur grand écran. En Noir et Blanc superbement restauré, I Giorni contati (Les Jours comptés) est inédit en France, et interprété par le grand comédien, Salvo Randone. Et, bonne nouvelle, le film sortira presque simultanément en DVD.

Critique de cinéma et scénariste remarquable — il a participé au scénario des Nouveaux monstres, réalisé par Dino Risi, pour ne citer que celui-ci —, Elio Petri a réalisé une quinzaine de films en abordant des genres différents, avec cependant une constante dans toute son œuvre : faire un cinéma politique. Toutefois, il ne se fait guère d’illusion sur un courant du cinéma politique en Italie lorsqu’il remarque, « nous sommes seulement quelques-uns à chercher à être engagés. » Un constat lucide qu’il réitère sur une éventuelle diffusion à la télévision de films critiques et engagés. Seuls les films culturels sont admis à occuper le petit écran : « Le problème est de savoir si la télévision accepterait de produire un film politiquement engagé, un film d’ouvriers par exemple. Cela est impossible. Pendant près de vingt ans, la télévision n’a jamais conduit une véritable enquête sur le fascisme et n’a jamais lutté contre les tendances nationalistes ou fascistes de la petite bourgeoisie. [7] »
Elio Petri ne mâchait pas ses mots et sa vision cinématographique atteindra une acuité critique peu égalée chez les cinéastes de sa génération. « Il faut être fou et aimer le cinéma pour faire un film », confie-t-il. Certes sa connaissance diverse et profonde du cinéma prouve à l’évidence qu’il fut un passionné de cinéma, conscient des tendances prémonitoires de certains films. Le cinéma était souvent en avance sur l’analyse sociale dans la littérature.

Tous les films d’Elio Petri se distinguent par une recherche sur le fond et la forme, dans les dialogues, dans les métaphores visuelles et dans les silences. L’image et le son sont tout aussi importants pour le récit, souvent en ellipse, le personnage principal revenant au point de départ du film. Le langage cinématographique y est percutant, allié à un humour noir, et servi par des comédiens et des comédiennes de très grand talent et admirablement dirigés. Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon obtint le Grand prix spécial du jury à Cannes, en 1970, et l’Oscar du meilleur film étranger à Hollywood. La Classe ouvrière va au paradis remporta la Palme d’or au Festival de Cannes en 1972.
Dans la lignée des De Santis (avec lequel il a débuté), Risi, Fellini, Visconti, Antonioni, Pasolini, Bellocchio, Bertolucci, et d’autres encore, Elio Petri a participé à deux décennies cinématographiques italiennes qui ont été parmi les plus grandes périodes du cinéma mondial [8].
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2012
N° 30. Mars 2012
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