A l’occasion de ses 10 ans Tv Bruits, la télévision alternative de Toulouse, organise une rencontre autour des médias alternatifs, des projections et une soirée de concerts.
Où ça?
A Mix’Art Myrys- (12 rue Ferdinand Lassalle, 31200 Toulouse, quartier Les Minimes, Bus 15 arrêt Tricou, métro Canal du Midi, vélostation Boulevard de Suisse)
Quand ça?
Le samedi 29 janvier :
BARRICADES
Du 18 mars au 10 avril 2011
18 mars 1871 / mars 2011 : 140 ans.
La Commune n’est pas morte !
Ses rêves non plus. La Commune a rêvé les bases d’une société moderne :
— démocratie authentique,
— émancipation de la femme,
— école gratuite et obligatoire,
— séparation de l’église et de l’État,
— autogestion,
— rejet des exclusions et inégalités,
— diminution du temps de travail (8h/jour par 6 jours),
— réglementation du travail de nuit
— réquisition des logements vides…

APPEL DES SECTIONS PARISIENNES DE L’INTERNATIONALE AUX OUVRIERS ALLEMANDS, LE 12 JUILLET 1870 :
Frères d’Allemagne, au nom de la paix, n’écoutez pas les voix stipendiées ou serviles qui cherchent à vous tromper sur le véritable esprit de la France. Restez sourds à des provocations insensées, car la guerre entre nous serait une guerre fratricide. Restez calmes, comme peut le faire sans compromettre sa dignité, un grand peuple fort et courageux. Nos divisions n’amèneraient des deux côtés du Rhin que le triomphe complet du despotisme.
RÉPONSE DES INTERNATIONALISTES ALLEMANDS :
Nous aussi nous voulons la paix, le travail et la liberté ! Nous savons que des deux côtés du Rhin vivent des frères avec lesquels nous sommes prêts à mourir pour la République universelle.
Tant qu’un homme pourra mourir de faim à la porte d’un palais où tout regorge, il n’y aura rien de stable dans les institutions humaines.
Eugène Varlin (6e Chambre correctionnelle, 22 mai 1868)
Je ne veux pas me défendre. J’appartiens tout entière à la Révolution sociale et je déclare accepter la responsabilité de tous mes actes. Je l’accepte sans restrictions. Vous me reprochez d’avoir participé à l’exécution des généraux ? A cela je répondrai : oui, si je m’étais trouvée à Montmartre quand ils ont voulu faire tirer sur le peuple, je n’aurais pas hésité à faire tirer moi-même sur ceux qui donnaient des ordres semblables. Quant à l’incendie de Paris, oui j’y ai participé. Je voulais dresser une barrière de flammes aux envahisseurs de Versailles. Je n’ai pas de complices, j’ai agi de mon propre mouvement.
Puisqu’il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n’a droit qu’à un peu de plomb, j’en réclame ma part ! Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance, et je dénoncerai à la vengeance de mes frères les assassins de la Commission des grâces.
LOUISE MICHEL (Déposition à son procès devant le 6e conseil de guerre)
Après La Fiancée syrienne (2004) et Les Citronniers (2007), magnifiquement interprété par Hiam Abbas, Eran Riklis réalise Le Voyage du directeur des ressources humaines, adapté du roman de A.B. Yehosua. Au premier abord, on pourrait penser que cette réalisation s’éloigne des sujets politiques comme ceux de ses précédents films, cependant ce voyage-là échappe à bien des codes, celui du road movie classique qu’il emprunte pourtant à certains moments du film. L’aspect social est présent tout au long du film, l’attitude du directeur empreinte d’une totale inhumanité envers le personnel, l’immigration et les accords passés entre l’État d’Israël et certains pays concernant la main-d’œuvre à bon marché, la désindustrialisation et la pauvreté en Roumanie, l’aliénation. Les premiers plans se passent dans une boulangerie industrielle de Jérusalem, et évoquent le cauchemar des Temps modernes de Chaplin. Dans ce décor arrive le directeur des ressources humaines, un homme qui paraît littéralement phagocyté par sa fonction jusqu’à être incapable d’avoir une vie personnelle. Premier tableau.

Intervient alors un événement qui va déclencher le voyage et aussi une prise de conscience d’un personnage d’emblée fade et antipathique : la mort dans un attentat suicide d’une des employées, roumaine, travaillant au nettoyage de l’usine. Le corps non réclamé à la morgue, une situation ubuesque côté administration, un DRH empêtré dans son incommunicabilité, tout y passe… Jusqu’à un article de journal attaquant la gestion inhumaine du personnel par la direction de l’entreprise et son DRH. La première boulangerie industrielle de Jérusalem tient à son image et la direction somme le directeur des ressources humaines de sauver l’honneur de la boîte en rapatriant le corps de la défunte en Roumanie. Le plan de communication inclut d’ailleurs le reporter, auteur de l’article.
S’ensuit alors un « voyage » rocambolesque dans des décors de friches industrielles aux couleurs froides et ternes, puis dans la campagne roumaine. « Le film a été tourné en Roumanie, mais aurait pu l’être dans n’importe quel autre pays de l’Est ex-soviétique », déclarait Eran Riklis en octobre 2010, lors de la présentation de son film au cours du 32e Festival international du cinéma méditerranéen, à Montpellier.

Eran Riklis est un excellent directeur de comédien-nes et tous ses personnages existent, qu’il s’agisse de la patronne israélienne, de la consule en Roumanie, complètement déjantée, du fils de Yulia la défunte, de son époux, de sa mère… Le casting est remarquable. Les personnages, entre gravité et dérision, évoluent dans ce « voyage » fait de surprises et de rebondissements. Et si le lieu soutient les personnages, comme le fait remarquer Eran Riklis, la Jérusalem qu’il filme est une ville tout à fait différente de celle généralement évoquée : l’usine, le quartier orthodoxe juif dans la ville nouvelle… Tout y est banal et ordinaire. « C’est une mission de montrer de vraies images d’Israël, la réalité qui n’est pas celle des médias. » Aucune concession en effet n’est faite par ce cinéaste qui se définit comme engagé et dit vouloir faire des films qui soulignent les problèmes, qui décrivent la réalité : « L’État d’Israël a mis du temps à accepter des cinéastes qui, comme moi, apportent la controverse. La propagande ne fonctionne plus. Les gens veulent voir la réalité. »

En pleine obsession gouvernementale sur « l’identité nationale » et du nationalisme à des fins politiques, voilà que sort sur les écrans une comédie, Le Nom des gens de Michel Leclerc [2], qui se moque à sa manière de ces relents inquiétants et surmédiatisés.
Le Nom des gens est une comédie très écrite et sans effets gratuits, et les comédiennes et les comédiens y jouent en totale sincérité, avec une justesse qui révèle la maîtrise du réalisateur. L’humour du film, dit-il, est nécessaire si l’on part d’une matière autobiographique, il « permet de mettre de la distance pour éviter de verser dans la complaisance narcissique. » La comédie ne transige pas non plus sur la facilité comique, le film est habité par une grâce de la simplicité et de la spontanéité.

L’histoire est construite autour de situations vécues et les scénaristes, Michel Leclerc et Baya Kasmi, s’en expliquent : « Quand j’ai rencontré Baya […], elle m’a dit comment elle s’appelait et je lui ai répondu, “C’est brésilien ?”, et elle m’a répondu, “Non, c’est Algérien.” Ensuite, elle m’a demandé mon nom et quand je le lui ai donné, elle m’a dit, “Au moins, on sait d’où ça vient ! ” Le point de départ du film se confond donc aussi avec le point de départ de notre histoire personnelle. » Ce à quoi Baya Kasmi ajoute : « On avait envie de réagir à tout un discours déterministe autour de l’identité et des communautés que l’on trouve insupportable et dans lequel on ne se reconnaît pas. Les injonctions de la société sont simplistes et imposent un certain type de comportement en fonction de ses origines. Or, on peut très bien ne pas s’y conformer ! »
Sara Forestier (Bahia Benmahmoud) retrouve le naturel et l’élan qui l’avaient fait découvrir dans l’Esquive d’Abdellatif Kechiche (2004). Quant à Jacques Gamblin (Athur Martin), son partenaire, il est tout simplement plus vrai que nature. Et chose devenue rare dans le cinéma français, les autres personnages existent et ont une dimension importante dans l’histoire de cette jeune militante qui veut changer le monde en ayant des rapports sexuels avec ses « ennemis » d’opinion, c’est-à-dire à droite. Et cela fait du monde !
De là, un enchaînement de situations loufoques, savoureuses et surprenantes… Bahia échappe à tous les clichés habituels, elle est tout simplement inclassable et se joue de toutes les catégories convenues. Quant à Arthur Martin, il se terre dans un univers de monsieur-tout-le-monde pour échapper aux catégorisations. Il faut dire qu’il a une certaine expérience du côté familial, notamment à propos des sujets anodins à aborder dans les conversations : « Ça m’a pris des années pour trouver des sujets qui ne parlent de rien. T’as qu’à dire tous les mots tabous maintenant, comme ça tu les diras plus après. » Il a donc un entraînement certain côté banalité.
Les saynètes, prises sur le vif de la vie, s’agencent de manière à nous faire rire, sourire, à nous toucher, mais toujours avec une réflexion en arrière-plan. Réflexion sur la société, la politique, la vie… Le film évoque sur le ton de l’humour des sujets graves comme l’identité et la conscience. L’identité n’est pas la conscience et les gens s’accrochent à l’identité par manque de conscience. Le personnage de Bahia est fantasque, spontané, mais elle est consciente du monde et veut agir à sa manière sur la réalité pour changer les choses. Le ressort comique repose en grande partie sur l’exubérance de Bahia, mais il n’en demeure pas moins qu’elle a une conscience sociale et politique, et l’idée de la lutte des classes est liée à ce genre de conscience.
Après la projection du film, en avant-première, au 32e festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier, le 29 octobre dernier, Jacques Boudet, qui tient le rôle du père d’Arthur Martin (Jacques Gamblin), a fait cette remarque : « Si l’on a du talent, de la poésie, on peut rire de tout. Mais si on est con et lourd comme souvent les gens qui essaient de nous faire rire, on sent la transpiration et on ne voit pas l’humour. C’est le cas pour certains gros comiques, mais avec le talent de Michel… » Grâce au talent de Michel Leclerc, on rit en effet de tout dans cette comédie humaniste, volontariste, servie par des comédiennes et des comédiens superbes.
Paris, années 1960. Un agent de change, Jean-Louis Joubert, qui a pris la succession de l’étude familiale, vit une vie tout à fait routinière et conventionnelle. Sans surprise. Marié à une jeune femme, Suzanne, sans doute du même milieu bourgeois, mais provinciale, il a deux fils qui semblent prêts à assumer la même vie traditionnelle, avec un supplément d’esprit réactionnaire. Les représentants de l’ordre, c’est eux. Enfin, ils ne sont pas les seuls car, dans l’immeuble, la gardienne fait la loi… Côté domestiques, évidemment.
La concierge, personnage truculent et antipathique, n’hésite pas à rappeler que pour les domestiques, il y a l’escalier de service et qu’il n’est pas question d’emprunter l’ascenseur des patrons, même lorsque l’on doit monter des valises au sixième étage. Il ne faut pas mélanger les torchons avec les serviettes. Il est vrai que les concierges font partie des rôles marquants dans le cinéma français et celle-ci, Madame Triboulet, est particulièrement bien campée [5].

Il n’y aurait pas eu de grands rebondissements dans ce microcosme bourgeois guindé et morne si, à la faveur d’un échange de mots vifs avec Suzanne, la domestique de la maison n’avait décidé de s’en aller. « C’est fini les Bretonnes, ma chère Suzanne, aujourd’hui tout le monde a une Espagnole à son service. » Sur les conseils de son amie, Suzanne engage donc une jeune femme espagnole, Maria… C’est toute l’histoire du film, la rencontre de deux mondes, l’un ennuyeux et triste — celui des patrons — et l’autre exubérant et généreux — issu de l’immigration économique espagnole. Et ces femmes espagnoles du sixième étage vont bousculer les conventions, les raideurs de cette famille bourgeoise.
Les Femmes du 6ème étage [6]est une belle étude de mœurs et des différences sociales, une comédie à la fois grave, touchante et très drôle. Drôle et touchante, car les excès sont montrés avec finesse et les rôles sont interprétés par des comédien-nes remarquables. Grave car le film amène aussi une réflexion sur la société actuelle. Quels sont les changements profonds intervenus depuis cette époque de l’avant 1968 ?
Sortie nationale du film : 16 février 2011.

Une comédie musicale française, on se méfie non ?
Aux Etats-Unis, ils savent les faire paraît-il et ils ont les moyens, mais en France ça loupe chaque fois le coche ! Mais après Toi, moi, les autres d’Audrey Estrougo [8], on change de refrain : un choix des chansons judicieux, des arrangements réussis, des remises en condition artistiques pour coller à l’histoire racontée. Le procédé narratif revisité par de la couleur, du rythme qui ne s’essouffle pas, du mouvement et… Une belle histoire.
Construire une histoire, faire chanter des comédiennes et des comédiens, les faire danser, il faut que ça colle vraiment, sinon c’est loupé. Or là, c’est une réussite, à aucun moment, cela ne paraît mièvre ou surfait. Il rare de voir une comédie musicale française réussie, c’est en général un exercice laissé au cinéma outre-Atlantique et pourtant, le film d’Audrey Estrougo nous ménage une belle surprise avec une histoire grave, actuelle, ancrée dans une réalité souvent dramatique, engagée dans son propos, critique de la politique de l’immigration et en même temps divertissante. C’est du cinéma grand public subtil et intéressant qui concerne et interpelle tout le monde.
Le film est d’une grande fluidité, la mise en scène, la chorégraphie et le montage font montre d’une cohérence que l’on croirait d’une réalisation mature, or il s’agit d’une jeune réalisatrice qui fait preuve à la fois de modestie, de spontanéité et de critique courageuse et sincère du milieu du cinéma. Une très jolie réussite avec, en prime, des images d’un Paris onirique.
Moi, toi, les autres est un film sur un problème grave dont le langage cinématographique n’est ni didactique ni misérabiliste, avec un certain humour aussi sans toutefois gommer la réalité, sans déformer le propos, en soulignant les responsabilités politiques et l’incommunicabilité entre les classes sociales. Un film engagé par une réalisatrice qui ne cache aucunement ses intentions, enfin !
Rencontre de la réalisatrice avec le public de Montpellier le 29 octobre 2010, lors du 32ème Festival international du cinéma méditerranéen.
Le film de Darren Aronofsky est un récit cruel et fantastique. Un conte moderne dans lequel Nina Sayers, jeune danseuse en quête de perfection,
se transforme en première ballerine possédée par le rôle double — candeur et séduction — du personnage du Lac des Cygnes. Black Swan [10] décrit l’univers de la danse, sans le masque habituel du charme et de la grâce. Le monde du ballet est dur, l’empathie en est absente, seuls comptent la discipline, la rigueur, l’arrivisme, les jeux de pouvoir, l’inhumanité et la pression pour obtenir toujours plus des êtres humains. Un mécanisme destiné à broyer. S’y croisent des êtres jouant un jeu maléfique qui consiste à déstabiliser, briser, déshumaniser, humilier l’autre pour en obtenir plus : l’essence de l’être à coup de trique.

Pour ce qui est des pressions, Nina les subit tout autour d’elle, sa mère d’abord — personnage fort et frustré joué par Barbara Hershey, magnifique —, étouffante à souhait et revivant à travers sa fille la carrière qu’elle a abandonnée, et son chorégraphe mentor qui cherche à la briser pour « libérer » son interprétation du rôle. Son style est parfait, dit-il, mais il y manque la passion et l’authenticité. Mais Nina, que ressent-elle ? La peur de ne pas séduire, l’angoisse, l’envie et la culpabilité de prendre le rôle d’une autre, la crainte incessante de ne pas être à la hauteur des espoirs de sa mère, la phobie de l’échec.
La dualité du personnage du Lac des cygnes la possède peu à peu sans qu’elle s’en défende. À partir de là, Nina fera tout pour être habitée, pour devenir le double personnage du Lac des cygnes, pour incarner à la fois le cygne blanc, pur et innocent, et le cygne noir, séduisant et machiavélique. La frustration de la mère et la domination du chorégraphe s’allient alors pour le « bien » de Nina qui joue le jeu et se plie à leurs exigences. « Oublies-toi Nina ! » et Nina, consentante, s’oublie jusqu’à vivre le cauchemar dans un monde où les personnages se dédoublent, comme dans le ballet. Le monde parallèle guette Nina dans le reflet des miroirs, des formes, des personnages la croisent qui semblent exprimer une émotion profonde, intime. Les hallucinations se matérialisent, sa peau, ses yeux changent… Où est la réalité ? Où est le cauchemar ? Le songe se mêle au quotidien, le fantasme prend le pas sur la réalité et la mutation de Nina s’opère dans une acceptation incontrôlée. Tout tourne d’ailleurs autour de la mutation, la peau change de consistance, on ne sait pas si c’est le fait de se gratter ou bien si le tissu cutané se métamorphose.
La transformation de Nina et certaines scènes du film font penser à Répulsion de Roman Polanski (1966). Progressivement, la jeune femme se perd dans les méandres de l’inconscient, donnant ainsi corps à ses angoisses qui la submergent et la possèdent totalement. Un film, saturé de miroirs, de reflets, de doubles, sur la possession à travers la recherche de la perfection.

Le réalisateur a connu l’univers du ballet grâce à une sœur ballerine et avec Black Swan, Darren Aronofsky réussit un film violent et envoûtant dans lequel le personnage de Nina émeut par sa fragilité et son abandon face aux exigences des autres, jusqu’à se perdre. S’il existe des similitudes entre Black Swan et The Wrestler (2009), ce sont les corps suppliciés poussés jusqu’aux extrêmes limites de l’endurance. La caméra, elle, se meut au diapason du ballet, suit la danseuse, comme fixée à elle. Les mouvements de caméra répondent aux mouvements de la danse, comme en écho au geste, dans une virtuosité époustouflante.
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2011
N° 24. Février 2011
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