Fehlfarben fait partie des groupes emblématiques du punk allemand. Fondé en 1979 à Düsseldorf et Wuppertal, autour du chanteur Peter Hein, le groupe a traversé bien des tempêtes, des dissolutions et des refondations pour ressurgir le 12 février 2010 avec un album aussi fort et furieux qu’il y a trente ans : « Glücksmaschinen » [machines à bonheur].
La Deutsch-Amerikanische Freundschaft — en acronyme "DAF" — est l’un des groupes emblématiques du Punk allemand, aux côtés de "Fehlfarben" et de "Einstürzende Neubauten". Fondé en 1978 à Wuppertal et Düsseldorf par plusieurs musiciens, le groupe se réduit en 1981 aux deux têtes marquantes qui sont Gabi Delgado-Lopez, le chanteur, et Robert Görl, le batteur. Grâce à leurs éléments précurseurs de punk électro et de musique techno, ils s’émanciperont pour devenir, de même que "Kraftwerk" et "Can", l’un des groupes incontournables de la musique électronique allemande. Les guitares punk seront remplacées par des sonorités électroniques aggressives soutenant leurs textes revendicateurs et répétitifs jusqu’à la transe.
Après diverses périodes de dissolution et de refondation, Gabi Delgado et Robert Görl se réuniront en 2009 pour fêter leurs 30 ans d’existence et de créativité combattives avec une grande tournée intitulée "30jähriger Krieg — Als wär’s das letzte Mal" [La guerre des 30 ans — comme si c’était la dernière fois]. Lors de cette tournée ils reprendront leurs Greatest Hits avec une énergie expressivement incorrompue, prêts à démonter leur propre monument. Casser tout pour voir ce qui se passe après reste leur devise.
Collectif des cinéastes en soutien de la lutte des sans-papier-es
La Révolution mexicaine de Jesus Silva Herzog (Lux)
et
Les Révolutions du Mexique d’Americo Nunes (Ab irato)
Deux livres et plusieurs périodes d’un processus révolutionnaire, de la lutte des pauvres, des peones contre les propriétaires auxquels ils étaient asservis, contre le clergé et le capital.

À lire les deux textes en parallèle — La Révolution mexicaine de Jesus Silva Herzog et Les Révolutions du Mexique d’Americo Nunes —, une impression peu à peu se dégage, celle de parcourir un ouvrage de référence pour le premier et une analyse plus profonde, pour le second, des marques de ces révolutions dans le processus révolutionnaire.
Lors de la présentation de Un-Zéro de Kemla Abu Zekri [6], Henri Talvat, président du festival international du cinéma méditerranéen, lui posa cette question, « vous aimez le football ? », elle répondit simplement « Non ». Nous étions plusieurs à avoir cette interrogation puisque la toile de fond du film est la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2008. Mais si le foot en soi n’est pas le sujet du film, la liesse populaire qu’il engendre en revanche l’est. Comment en effet un match de football peut-il influer sur la vie quotidienne d’une population ? Le phénomène social fait songer à la devise « du pain et des jeux » et, en l’occurrence, se vérifie encore une fois.
L’espace d’un match de finale, les problèmes sociaux, les conflits de classe, les frustrations s’estompent pour faire place à un sentiment — factice — de communion nationale. « Égypte ! Égypte ! » scande la foule dans la rue et cela renvoie au « On a gagné ! » français lors du championnat du monde de 1998. On a gagné quoi me suis-je alors demandé : plus de justice sociale ? Moins de chômage ? Le gros lot ? Non, un match ! Et l’on assiste à une sorte d’embrigadement volontaire qui porte à réflexion.

Un-Zéro, qui aborde aussi cette problématique en filigrane, brosse un portrait de la société égyptienne à travers huit récits mêlés : un gavroche tunisien, qui trompe, amuse, charme et est en perpétuelle représentation pour survivre… Une femme enceinte dont le compagnon n’accepte pas la paternité… Une jeune chanteuse qui rêve d’indépendance et dont tout le monde profite, à commencer par son producteur… Le garçon qu’elle aime, sacrifié à sa carrière… Sa sœur, en carence affective, qui se tourne vers la religion… Un présentateur de télévision, beau gosse, paumé et alcoolique… Toute une série de personnages défilent dans des saynètes qui s’enchaînent comme une ronde dans une ville surchauffée par le match du siècle. Et dans ce malstrom de frustrations, de blessures, d’attentes, de rencontres manquées, d’accident, d’hôpital et de commissariat, l’attente du résultat de cette finale rythme le film comme une tension en progression. Le pays semble suspendu au résultat comme s’il était la solution aux problèmes. La liesse populaire éclate finalement, gommant pour un soir les blessures, les humiliations, les déceptions, les galères…
Le regard que porte la réalisatrice sur ses personnages, dans ce contexte particulier, est novateur car il mêle l’intime au public. Le film, multiple par le scénario à facettes, se déroule dans une unité de temps, et adopte un angle de vue intéressant sur le phénomène sportif. Kamla Abu Zekri produit une étude sociologique remarquable où l’acuité et l’humour sont présents, jouant les rebondissements. Les prises de vues extérieures donnent au film une authenticité indéniable et restituent l’ambiance spécifique des zones urbaines égyptiennes, toutes classes confondues. Dans la ronde des personnages, admirablement interprétés, on distingue les problèmes d’une société en mutation et ses contradictions. Les traditions d’un côté, les désirs d’une société plus libre de l’autre, notamment pour les femmes. Même s’il semble qu’elles aient gagné en autonomie — pour certaines —, le regard porté sur elles ne change pas. Les idées reçues sur l’honneur et la sexualité féminine interdite perdurent dans l’inconscient de la population égyptienne et sont encouragées par la religion et les médias qui participent activement à la discrimination de genre [7].
Le film, par l’humour, l’émotion et l’ironie, fait penser aux romans de Naguib Mahfouz, le Passage des miracles, ou d’Alaa al-Aswani, l’Immeuble Yacoubian. Ce dernier a d’ailleurs été adapté au cinéma avec succès dans une réalisation de Marwan Hamed. Avec Un-Zéro, Kamla Abu Zekri dit avoir voulu faire une « photographie aérienne » de la société égyptienne, il est certain qu’elle renoue avec la tradition du réalisme social égyptien. Une réalisatrice à suivre…
fr
Archives
2010
N° 19 Mars 2010
Français
?
|
OPML
?