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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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François Jabin, militant Attac Isère
Réunion préparatoire pour le NPA
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Ce texte a été touvé et apprécié sur une liste de discussion, sans adresse courriel de l’auteur à qui nous n’avons pu en conséquence demander son accord. nous sommes prêts à le retirer sur sa demande.
Divergences.


Voici mon humble témoignage (compte rendu subjectif de la réunion) à comparer avec
d’autres vécus ailleurs aux côtés du NPA.

Avec une saine curiosité et une studieuse ouverture d’esprit, j’ai assisté
à Grenoble, ce 1er avril (!), à la première réunion de présentation du
processus du NPA par la LCR. Pour parler franchement, je suis partagé. Pas
inintéressant comme expérience, mais un peu de décevant dans son contenu et
dans l’expression atone de la salle.

Décor : tout ou presque tout, dès l’entrée, avec la bibliothèque idéale
trotskiste... Le petit tract de présentation « Pour rester en contact pour
les luttes » : « Si vous pensez que »... suivi de huit assertions différentes
anticapitaliste, antifasciste, anti-injustice, anti-impérialiste, etc.
bref le fond du discours de la LCR, « alors n’hésitez pas, engagez-vous !
(sic) Et travaillons ensemble à faire naître un NOUVEAU PARTI
ANTICAPITALISTE. L’avenir appartient à ceux qui luttent »... (NDLR : avec la Ligue
 ? ), suivi d’un espace coordonnées personnelles pour être informé des
initiatives pour le NPA ou/et participer aux comités pour ce nouveau
parti...

Bon rien d’étonnant, c’est la LCR qui invite, c’est normal de trouver leur
couleur locale sur le papier distribué... même si, d’emblée, le cadre
anticapitaliste semble imposé et non négociable... On peut noter sans faire
de procès d’intention qu’un certain nombre de « nos » fondamentaux
n’apparaissent pas : écologie, altermondialisme, antiproductivisme, finitudes
des ressources, solidarités avec le Sud, etc. Curieux, cet angle d’attaque
peu fédérateur pour le lancement d’un nouveau parti. Mais, comme tout cela
est en construction, restons magnanimes... Attendons de rentrer dans le vif
du sujet de ce fameux et prometteur NPA...

Étant pour une fois en avance, j’assiste à la décoration de la salle : un
peu étonné : voici que fleurissent toutes les affiches avec la tête
d’Olivier et... les drapeaux de la LCR ! Quelle faute de goût ! Il n’y a pas de
doute, le processus est dur à passer également chez eux...

La salle se remplit totalement (180 personnes environ), public de jeunes et
de moins jeunes, beaucoup de militant(e)s LCR. Nous commençons par un discours
fleuve de Samuel Joshua (LCR Marseille) qui nous dresse un tableau quasi
exhaustif du PPF (paysage politique français), ne ménageant pas ses coups au
PS (il les mérite), ni au PC (il en a besoin), aux Verts (bien fait, tous
dans le même sac : libéraux, alterécolos et autres verts unitaires !), aux
collectifs antilibéraux responsables de la désunion et victimes d’une
démocratie locale très antidémocratique a contrario de celle de la LCR
organisée nationalement...
Luttes en cours et à venir... Pour en terminer au bout d’un long moment par
l’objet de la soirée, le processus de la construction du NPA. Prérequis du
travail de collaboration : renoncer à toute perspective d’alliance avec en
particulier le PS (OK !), jeter les fondements d’un projet politique
anticapitaliste commun à tous les participants, processus de construction
mené localement par la base et qui devrait aboutir en fin d’année ou au
début de la suivante à la constitution du NPA et à la dissolution de la
Ligue (original, pourquoi pas ?).
Par contre rien sur les autres processus de construction : alter, collectifs
unitaires, états généraux de la gauche de transformation... Un peu raide
quand même.
Rien non plus sur les mouvements européens allemand ou italien Die Linke,
Arc-en-Ciel... Curieux !
Et évidemment utilisation en mode sélectif du texte de Raoul Marc Jennar
Gauche de gauche louant la seule démarche de construction alternative
crédible actuellement menée par la LCR...

Questions dans la salle (enfin !) : quelques anciens des comités Juquin et
communistes unitaires en errance très motivés, des agités libertaires qui
ont crié leur désamour pour la Ligue (toujours l’insurrection de Cronstadt
 !), des LCR enthousiastes ou pur et durs un peu amers de la possible
dissolution de la LCR avec à la clef l’abandon des fondamentaux trotskistes,
un témoignage très tendu d’un membre LCR tendance « Unir » essayant de faire
passer pesamment son message critique (Cuals, Picquet) et quelques
témoignages d’ouverture prudents, du style : « Ce que j’entends est en
accord avec mes idées, donc je devrais me joindre logiquement à vous... Mais
cette volonté de créer un parti, synonyme de UN (antinomique avec diversité)
qui plus est, présenté comme seulement anticapitaliste, me retient encore
dans une position de simple écoute... »

Deux petites anecdotes pour terminer :

- Évoquant la nécessité de construire une alternative politique, Joshua se
lâche soudainement en affirmant que la LCR a tout fait pour s’accorder avec
les directions des partis, mouvements et courants nationaux mais, devant les
blocages politiques à ce niveau, elle a dû y renoncer et passer par la
construction à partir de la base...
Comités de base, solution par défaut ?

- Un « vieux » militant intervient, un peu amer après l’exposé du processus qui
se terminera par la dissolution de la Ligue avec une période de coexistence
entre le NPA en construction et la LCR toujours vivante (difficile pour les
militants trotskistes, dixit Joshua !) en demandant si l’on pourrait
demander au NPA, une fois fondé, la permission de reformer la Ligue
communiste révolutionnaire...

Bref il y a du boulot, chacun devant sa porte...
Cependant, au vu de l’instantané d’un soir et du ressenti personnel de
l’absence de courant traversant l’assistance, ce n’est pas gagné !
L’impression qui perdure est celle d’une volonté à peine cachée de la part
de la LCR de drainer les frustrations des jeunes et moins jeunes en attente
d’une alternative politique.
Certes, les comités de base seront ce qu’en feront leurs participants, mais
l’histoire militante de la LCR (entrisme et dialectique) assure la certitude
d’une maîtrise parfaite du processus.
Si la démarche débouche (gardons un préjugé favorable et l’espoir que ses
acteurs non encartés en feront un bon usage), les cadres de la LCR en
tireront tout le bénéfice et les louanges. Si l’opération
capote, la LCR saura en tirer de mille façons un bilan positif pour elle,
médiatiquement relayée, laissant une nouvelle fois sur la touche les
militants qui auront joué le jeu à la base et fusillant sans état d’âme les
courants antagonistes et les diversités embarrassantes. Courageux certes,
mais pas suicidaires !

En fait, cette réunion du NPA me redonnerait non pas l’envie de participer
au processus de la Ligue (« Engagez-vous, qu’ils disaient ! » n’est pas ma
tasse de thé...), mais plutôt de renouer avec le formidable espoir né en
2006, fort de nos erreurs et de nos impasses.
Et si on devenait un peu plus autonomes, un peu moins dogmatiques, un peu
moins pressés ?
Et si Cuals, alter, décroissants, écologistes antilibéraux, unitaires de
tout poil, syndicalistes et associatifs, militants encartés et simples
citoyen(ne)s, reprenions le travail laissé sur le métier ?
Si nous construisions collectivement notre plate-forme politique pour une
véritable alternative politique afin de prendre « du pouvoir » dans le débat
public et peser sur les partis traditionnels ?
Les urgences sociales et écologiques l’imposent. Il sera bientôt trop
tard... La barbarie s’approche...
Solidairement.

François Jabin,
militant Attac Isère.




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