Bandeau
Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
John Ross
Femmes rebelles
La structure zapatiste impulse l’accession au pouvoir de sa composante féminine.
logo imprimer

Des dizaines de femmes zapatistes, dont beaucoup d’indigènes maya
tzeltal
des basses terres du Chiapas, parées de plumes et de rubans
multicolores,
leurs yeux sombres encadrés par des passe-montagnes noirs, sont sorties
du
rustique auditorium sous les applaudissements de centaines de
féministes
internationales, réunies pour la session inaugurale de la Rencontre des
femmes zapatistes avec les femmes du monde, qui s’est tenue à la fin de
l’année dernière à l’invitation de l’Armée zapatiste de libération
nationale (EZLN).

À la fin de juillet, au terme d’une réunion avec des paysans d’une dizaine
de
communes dans le hameau connu sous le nom de La Realidad, Everilda, une
jeune rebelle de cette communauté, sans l’accord préalable du
commandement
général de l’EZLN, à ce qu’il semble, a convoqué cette rencontre de
toutes
les femmes en expliquant que les hommes étaient invités pour donner un
coup de main à la logistique, mais qu’il valait mieux qu’ils restent à
la
maison pour s’occuper des enfants et des bêtes pendant que les femmes
conspiraient contre le capitalisme.

Cette rencontre a eu lieu du 29 au 31 décembre 2007, dans cette
localité
officiellement appelée Commune autonome Francisco Gómez, et elle a
rendu
hommage à la mémoire de feue la commandante Ramona ; y ont assisté
entre
300 et 500 femmes militantes non mexicaines. Et, conformément à ce
qu’avait dit Everilda, les hommes y ont décidément joué un rôle
secondaire.

Des écriteaux placés autour du Caracol (centre culturel et politique
zapatiste), appelé « Résistance vers un nouveau matin », prévenaient les
hommes qu’ils ne pouvaient pas remplir les fonctions de « porte-parole,
traducteurs ou représentants lors des sessions plénières ».

À la place, leurs activités se borneraient à « préparer et servir à
manger,
faire la vaisselle, balayer, nettoyer les latrines, ramasser du bois et
s’occuper des enfants ».

De fait, quelques jeunes hommes zapatistes ont passé des tabliers où
étaient imprimés des mots comme « tomate » et « EZLN » pour travailler dans
les cuisines.

Pendant ce temps, les hommes les plus âgés s’asseyaient en silence sur
des
bancs de bois un peu à l’écart de l’assistance, échangeant parfois des
signes approbateurs quand une compañera développait un bon argument, ou
souriant fièrement après que leur fille, leur épouse, leur sœur ou leur
mère eurent raconté leurs histoires aux auditrices.

Les femmes gagnent du terrain

Le rôle de la femme à l’intérieur de la structure zapatiste a changé
radicalement depuis la préparation de la rébellion.

Quand les fondateurs de l’EZLN, radicaux des villes du nord du Mexique,
sont arrivés pour la première fois sur les basses terres
tzeltal-tojolabal
du sud-est du Chiapas, les femmes étaient maintenues par leurs maris
dans
le monolinguisme ; c’était un moyen de contrôle. Elles se consacraient
à
élever leur famille, et leur position se situait à l’arrière-plan de la
communauté.

Ceux qui sont venus du dehors ont offert l’indépendance aux jeunes
filles
et les ont invitées à participer aux camps d’entraînement dans la
montagne, où elles allaient apprendre à manier une arme, ainsi que des
notions d’espagnol. Elles sont devenues ainsi partie prenante de la
force
combative de l’EZLN.

Le 1er janvier 1994, quand les zapatistes ont pris les villes de San
Cristóbal et Ocosingo et 5 autres chefs-lieux, les femmes
constituaient
un tiers de l’armée rebelle. Des combattantes se sont sacrifiées dans
la
sanglante bataille d’Ocosingo.

Intégrer les femmes à la structure militaire a finalement été plus
facile
que cultiver leur participation à la structure civile, à cause des
habitudes enracinées dans la vie des communautés.

Bien que les femmes aient occupé 5 places sur les 19 dans le
Comité clandestin révolutionnaire indigène [1], le commandement général de
l’EZLN, leur représentation est bien moindre dans les 29
conseils
municipaux autonomes et les 5 conseils de bon gouvernement qui
administrent l’autonomie régionale zapatiste.

Mais, au fur et à mesure que se développait l’infrastructure sociale
zapatiste, les femmes sont devenues animatrices de santé et
d’éducation,
et ont dirigé les commissions qui planifiaient ces campagnes.

Bas niveau de violence

La libération des femmes dans la culture zapatiste s’est vue renforcée
par
l’interdiction de la consommation d’alcool imposée par les zapatistes
dans
leurs communautés.

Alors que de nombreuses localités mayas de l’intérieur, comme San Juan
Chamula, sont saturées par l’alcool et des chiffres élevés de violence
domestique, la région zapatiste a les indicateurs les plus bas de
l’État
en matière d’abus, selon les données révélées par la commission des
femmes
du Congrès du Chiapas.

En tant qu’État, le Chiapas a l’un des taux les plus élevés de
féminicides
du Mexique : 1 456 femmes y ont été assassinées entre 2000 et 2004.

Le bas niveau de violence contre les femmes dans la zone d’influence
zapatiste est d’autant plus remarquable qu’une grande partie du
territoire
rebelle, dans les basses terres, jouxte le territoire guatémaltèque, où
500 femmes sont assassinées chaque année.

Tandis que les hommes s’occupaient des enfants et nettoyaient les
latrines, les femmes ont raconté leurs histoires dans les assemblées.

Beaucoup de jeunes compañeras comme Everilda ont grandi dans la
révolution
– qui fête cette année son quatorzième anniversaire – et ont rapporté
qu’elles avaient appris à lire et à écrire dans les écoles rebelles ; elles
ont raconté leur travail comme animatrices sociales, comme
institutrices,
comme paysannes ou comme mères.

Les grands-mères zapatistes ont parlé des premières années de la
rébellion. Des commandantes chevronnées, comme Susana qui a parlé avec
émotion de Ramona, « la plus petite des petites », sa compañera de tant
d’années, ont rappelé comment dans la guerre les hommes et les femmes
ont
appris à partager les tâches domestiques comme faire la cuisine ou
laver
le linge.

« Beaucoup parmi les compañeros ne veulent pas encore comprendre nos
demandes, a affirmé la commandante Sandra. Mais nous ne pouvons pas
lutter contre le mauvais gouvernement sans eux. »

John Ross,
« Noticias Aliadas », 21 février 2008.

http://www.noticiasaliadas.org/Article.asp?lanCode=2&artCode=5507.

Traduit par el Viejo.

Notes :

[1NDT : pour autant qu’on le sache, ces chiffres sont fantaisistes, on en
laissera donc l’entière responsabilité à l’auteur. Cela n’invalide pas
pour autant le reste du propos.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.47