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La biotechnologie pour sauver le monde ?
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L’origine des agrocarburants, en Europe,
remonte au début des années
1990 lorsqu’il a fallu trouver une solution
à la surproduction céréalière, avec
également, en lointaine perspective, une
éventuelle indépendance énergétique.
L’aspect écologique n’était donc pas pris
en compte. Confrontés aux menaces du
réchauffement climatique, les décideurs
politiques, en Europe et dans le monde,
proposent de relever le défi des agrocarburants,
dans un contexte d’agriculture
libéralisée. Mais peut-on proposer une
alternative en fonction de son seul impact
« carbone » ? Non, bien sûr, car il va de soi
que la « vie » entière du produit doit être
questionnée si on veut se faire une idée
réelle de sa valeur environnementale.

Or il y a très peu d’études globales sur la
question des agrocarburants et il n’est pas
impossible que l’émission d’ozone liée à
l’utilisation de ceux-ci soit supérieure à
celle des carburants fossiles. Le lien agrocarburants-écologie a été créé de toutes
pièces dans un contexte favorable à ceux
qui ont choisi de s’en servir.

Lors du dernier salon de l’auto de Bruxelles,
des ONG (Inter-Environnement Wallonie
et Bruxelles, 4x4info, Friends of the
Earth Vlaanderen en Brussel et Oxfam
Solidarité) ont dénoncé les dangers des
agrocarburants. À commencer par la
concurrence croissante qui va opposer les
cultures vivrières et les cultures destinées
aux agrocarburants. Quand on sait qu’il
faut en moyenne 250 kg de céréales (soit
la consommation annuelle d’une personne)
pour faire le plein d’une berline,
on ne peut douter que le lucratif marché
des agrocarburants va prendre de plus en
plus de place au détriment de l’agriculture
alimentaire, avec pour conséquence
la plus directe une hausse des prix des
matières premières se traduisant par
une baisse du pouvoir d’achat pouvant
devenir réellement problématique chez
les populations déjà précarisées. En
janvier 2007, des milliers de Mexicains
descendaient dans la rue pour protester
contre l’augmentation du prix de la tortilla
(aliment de base du pays) de 30 %
en trois ans.

Actuellement, la part des agrocarburants
dans notre consommation quotidienne,
au niveau mondial, est dérisoire (1%)
et, pour arriver à atteindre les ambitions
politiques et (surtout ?) industrielles, la
seule solution est l’extension massive des
cultures, l’investissement structurel et le
développement des marchés. Tout commence
donc par un agrandissement des
capacités de production, donc des superficies
cultivées. Or ces cultures (colza,
maïs, soja ou palmier) sont des monocultures
qui sont souvent peu écologiques, et
ce pour plusieurs raisons. Pour implanter
ces grandes cultures, il faut souvent rendre
les terres propres à la culture. Or le
drainage des tourbières en Indonésie ou
le nettoyage des terrains en Amérique
latine ont un impact environnemental
car ils engendrent une quantité énorme
de CO2. En Indonésie, la tourbe, une
fois asséchée, s’oxyde, produit du gaz
carbonique et devient très inflammable,
surtout en période sèche. De nombreux
feux de forêts ont ravagé le territoire ces
dix dernières années et ont dégagé dans
l’atmosphère des tonnes de cendres et
de CO2. Ces monocultures érodent et
appauvrissent beaucoup plus les sols que
les cultures traditionnelles et menacent
directement les écosystèmes voisins
à cause de leur manque de biodiversité.

Ces cultures sont également grandes
consommatrices d’eau, ce qui est bien sûr
néfaste à l’environnement proche mais
également questionnable quand on sait
les difficultés d’un tiers de la population
mondiale à se fournir en eau potable. À la
facture s’ajoutent les transformations que
l’homme est obligé d’apporter pour accéder
à ces nouvelles zones cultivables et
l’énergie qui est dépensée pour y parvenir.
Enfin, n’oublions pas que l’agriculture
industrielle est grande consommatrice
de pesticides et d’engrais chimiques qui
apportent eux aussi leur lot de dégâts
et de pollution. L’avenir n’est pas rose et
s’annonce encore plus sombre quand on
sait que les agrocarburants de seconde
génération annoncés par les industriels
vont pouvoir se baser sur n’importe quels
« déchets de biomasse ». Ce qu’une entreprise
peut considérer comme déchet,
la nature le voit comme une source de
renouvellement, de nourriture. Sans ce
processus de fertilisation naturelle, les
sols s’appauvrissent très vite.

D’un point de vue plus strictement humain,
ces cultures sont également très
dommageables car, de plus en plus, les
grandes sociétés n’hésitent pas à expulser
les populations locales, recourant à la
force si nécessaire pour s’approprier des
nouveaux espaces cultivables. Qui plus
est, les monocultures endommagent
des grandes forêts (forêt amazonienne
ou forêt humide en Indonésie) et suppriment
ainsi les moyens d’autosuffisance
alimentaire des populations locales. De
surcroît, la demande augmente sur le
marché des approvisionnements. Ces
grandes implantations vont donc plus
précariser les populations locales qu’elles
ne vont les pousser vers un développement
qu’elles n’avaient pas nécessairement
demandé. Enfin, ce type d’industries
génère des « emplois » souvent peu
respectueux des droits des ouvriers dans
des environnements de travail très difficiles. Il semblerait que nous sommes en
face d’une réintroduction de l’économie
coloniale de la plantation, redéfinie pour
fonctionner selon les règles du monde
moderne, néolibéral et globalisé.

Et c’est maintenant que la porte s’ouvre
en grand pour les OGM. En effet, si les
populations ne veulent pas goûter aux
OGM, autant les introduire via les plantations
énergétiques. De ce fait, ces plantations
ne rentreraient plus directement en
concurrence avec les cultures vivrières. Encore une fois, c’est regarder
par le petit bout de la lorgnette et oublier
que les OGM en pleine terre risquent fort
de contaminer les plantes avoisinantes.
De plus, les grands groupes producteurs
d’OGM sont souvent les producteurs de
pesticides et engrais qu’ils ne risquent
pas d’oublier pour leurs cultures. Sans
compter la mainmise sur les semailles
et une augmentation de la précarité des
petits producteurs encore restant sur le
marché.

La focalisation du politique et de l’industrie
sur les agrocarburants masque les
vraies questions et permet aux conglomérats
économico-industriels de faire
oublier qu’ils n’œuvrent pas vraiment
pour une démarche plus écologique (voitures
moins polluantes, engrais « bio »,
etc.), mais plutôt pour une politique de
remplacement douteux et tout aussi
dangereux. La vraie question est celle de
notre surconsommation d’énergie !
Plusieurs pistes sont bien évidemment à
exploiter dans le domaine de l’économie
d’énergie, mais il est étonnant de
remarquer que l’agriculture a de grands
services à rendre dans ce domaine. Il
faut savoir que, depuis les années 1950,
la séparation des zones d’élevages et de
cultures a cassé la chaîne d’autorégulation
(la terre nourrit les animaux qui à
leur tour la fertilisent via les déjections),
entraînant ces deux pôles dans des surconsommations
d’énergie à cause de tous
les apports artificiels (engrais, aliments
etc.). Une agriculture traditionnelle est
beaucoup plus directement économe
en énergie et viable à long terme. Un
modèle d’agriculture plus autonome et
orientée vers les marchés locaux permettrait
de réintroduire la biodiversité dans
l’agriculture et un renouveau des techniques
agroécologiques.

Tout cela ne doit pas nous faire oublier
que la plus grande part de gaspillage
dans le monde de la production agricole
vient des activités annexes (transports,
emballages etc.). Dans notre système
industrialisé, il faut dépenser 10 à 15 calories
pour produire et distribuer 1 calorie
alimentaire. Le transport international
des produits agricoles, et particulièrement
par avion, est certainement l’un
des points noirs de la chaîne alimentaire.
Pendant ce temps, le kérosène bénéficie
de faveurs fiscales alors que les petits
producteurs locaux ont de plus en plus de
mal à se conformer aux normes de plus
en plus drastiques qui sont imposées au
monde agroalimentaire.

Alors qu’il nous semble évident que les
agrocarburants ne peuvent en aucun cas
apporter une vraie solution au problème
du réchauffement climatique et qu’ils
pourraient même très vite en amplifier le
phénomène pour toutes les raisons que
nous avons citées, nos décideurs politiques
s’engouffrent tête baissée dans une
solution molle qui, pour eux, a surtout le
mérite de ne rien remettre en cause de
notre mode de vie et de son économie
autodestructrice pour le plus grand bonheur
des lobbies économico-industriels.
Car, ne nous leurrons pas, ce sont bien
ces grands groupes transnationaux qui
ont soufflé cette politique énergétique
à nos élus ; et il y a fort à parier qu’entre
le bien immédiat des actionnaires et celui
à long terme de la planète le choix
a été vite fait. Il y a peu de chances que
les grands financiers et industriels s’imposent
volontairement des contraintes
allant à l’encontre de l’accroissement de
leurs bénéfices.

Tout est donc une question de choix !
Chacun d’entre nous peut choisir chaque
jour l’impact qu’il va avoir sur l’environnement
de par son alimentation, sa mobilité,
sa consommation d’énergie domestique.
Cela n’est certes pas négligeable, et
il faut en être conscient. Et, si une gestion
responsable de notre consommation
quotidienne d’énergie ne va pas à elle
seule réduire à néant l’impact écologique
de l’homme sur la planète, n’oublions pas
que les consommateurs, s’ils sont suffi-
samment nombreux et attentifs, peuvent
faire plier n’importe quel producteur en
se détournant de ses produits néfastes.

Il n’y a pas de panacée universelle ; si
l’homme veut sucer les fruits de la Terre
jusqu’au trognon, il devra faire face aux
conséquences et ce n’est sans doute pas
grâce à tous les artifices, aussi géniaux
soient-ils, qu’il est capable de mettre en
œuvre qu’il pourra échapper au retour
de bâton.

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