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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Pourquoi stopper la lutte après avoir remporté une victoire ?

Stratégiquement, on appelle cela « crier victoire trop vite » !

Depuis le départ, s’est affinée la position que ce mouvement ne se limitait pas au CPE, que ce qui nous réunissait, nous unissait était bien au-delà. Pour la formule, nous ne nous foutons pas du CPE, mais nous nous foutons de son retrait. Il y a la loi sur l’égalité des chances, il y a le CNE. Et puis les événements de novembre...comment ne pas y voir un lien direct ? Celui d’un désenchantement profond sur ce qu’est la politique aujourd’hui et ce qu’elle a fait du monde, en se coupant des masses - ce qu’elle a fait des masses, en se coupant du monde. Nous serions des casseurs. Nous serions des criminels. Affirmons notre expérience première au monde : notre étrangeté à ce monde. Nous sommes des barbares ; des Etres avec l’idée de quitter l’Empire.

Puis, il y a cette vérité étrangère aux pouvoirs, aux médias, aux syndicats, à nos ennemis, que nous avons durablement pris goût à cette situation d’exception qu’est la grève. Une rupture avec la situation normale, avec notre sollicitation subjective permanente par le Capital : la mobilité d’une force de travail occupée à s’entretenir, s’optimiser, s’auto-exploiter. Il y a les promesses d’un commun, à Rennes, Paris ou ailleurs et la possibilité de rejoindre la bande ici ; le désir de vivre des situations que nous partageons et qui nous partagent. Ne plus se retrouver seul à plusieurs, comme dans les rames de métro et dans les salles d’exposition.

Nous ne voulons plus d’un retour à la normale. Qu’est ce que l’appel à la grève générale, sinon le blocage total des rapports politico-économiques propres au monde marchand. Action, immédiate, directement politique. « Le blocage de la fac, seule solution pour sortir de l’Absolu blocage de la situation ». L’interruption des flux de marchandises ne sera pas la conséquence, mais le préalable à la grève générale. Il s’agit pour nous de rendre sensible, par la multiplication des blocus, la possibilité pour tout un chacun de s’arrêter, de ne pas aller travailler. De rendre tangible la possibilité révolutionnaire contenue dans le mouvement, comme une proposition adressée à tous, d’y participer ou non. Sans intermédiaire. Sans médiation. Sans négociation.

Syndicats - ennemis. Oui, nous ne pouvons nous accorder, avec eux, sur la positivité de l’arrêt des négociations avec le pouvoir, puisque cela entraînerait la fin des négociateurs. Négocier, c’est chercher à comprendre. Il n’y a de compréhension qu’à base d’empathie ; et notre empathie ne va pas à ce qui nous nuit. Cherchons-nous à comprendre la police ? Non. A savoir comment elle fonctionne, comment elle procède, où elle en est, de quels moyens elle dispose et comment la détruire, oui, mais pas la comprendre. Le syndicaliste n’existe que dans un rapport au pouvoir. Il ne se pense jamais en termes de victoire possible. Il critique, mais ne prend pas acte du pourquoi des défaites.

De défaites en défaites, nous arriverons à la victoire. Les mouvements de ces 30 dernières années ne sont pas nos défaites. Elles sont celles de ceux qui pensent encore pouvoir donner un visage humain au capitalisme (mouvement ouvrier). Ces défaites sont pour nous le chemin de la victoire. Elles révèlent par chacune d’entre elles, l’impuissance de l’organisation classique de la contestation. Nous apprenons peu à peu à nous arracher à ces dispositifs inefficaces en terme de libération (mais dangereusement efficaces en terme de contrôle). La lutte appartient à ceux qui la font, pas à ceux qui veulent la contrôler. Il ne suffit plus, à présent, de tenir une position, cela relève de la défensive, mais affirmer ce que nous sommes, le faire exister.

La distance s’évanouit, entre ce que nous vivons et la destruction de ce monde.

Retrait du capitalisme


Toulouse. 11 avril 2006.



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