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Patrick MIGNARD
Immigration choisie / immigration jetable
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Il s’agit en fait d’une seule et même conception : seule la violence de l’adjectif employé différencie ces deux notions.

Concernant l’immigration, là aussi, nous revenons aux fondamentaux du système marchand (voir l’article « Marchandise : le retour aux fondamentaux »). Or un retour aux fondamentaux, nous l’avons vu, dépouille le système de tout l’habillage qui pouvait lui donner un aspect « humain » ou, plutôt, « humaniste » et laisse apparaître ce qu’il est en réalité : un système d’exploitation qui n’a qu’un seul et unique objectif : valoriser le capital.

L’immigration ne fait pas exception, car qu’est-ce que l’immigration ?

Salariat et immigration

L’arrivée d’immigrés dans un pays ne peut se faire que de deux manières, : soit ils arrivent volontairement pour diverses raisons, politiques et économiques, soit on les fait venir, généralement pour des raisons économiques - excluons le déplacement forcé (commerce d’esclaves et/ou déportation).

La saignée des guerres, en particulier la Première Guerre mondiale, et la période des Trente Glorieuses, gourmandes en main-d’œuvre, illustrent parfaitement la manière dont les grands pays industriels ont, au XXe siècle, fait appel à l’immigration pour compenser leur déficit en force de travail.

La démarche est tout à fait logique, quantitativement et qualitativement :

- quantitativement, le manque de main-d’œuvre dans l’agriculture en particulier, dans le premier cas, dans l’industrie dans le second ;

- qualitativement : dans le premier cas, l’immigration italienne, essentiellement paysanne, remplace les paysans tués lors du conflit (la moitié des disparus étaient des paysans), dans le second cas, les immigrés sont sans formation, donc adaptables aux besoins industriels du moment (travail à la chaîne).

Leur présence ne va pas sans problèmes, mais ceux-ci restent dans les limites acceptables socialement et politiquement. En effet, même considérés comme des concurrents, la situation économique est telle que chacun, et globalement… tout le monde, « y trouve son compte » - l’exploitation politique de « l’immigration » ne peut pas avoir lieu ou du moins demeure marginale. Par contre, dès que les immigrés vont être moins utiles du fait des restructurations industrielles et du développement de l’automatisation, alors l’immigration va devenir un « problème ».

Ainsi, ce ne sont pas les immigrés qui font problème, mais les conditions économiques et sociales du fonctionnement du système marchand.

Utilitarisme et humanisme

La motivation du recrutement d’immigrés n’a donc rien d’humanitaire même si, par omission, le système laisse planer cette croyance il suffit pour s’en convaincre de se souvenir de l’accueil fait aux réfugiés républicains espagnols à la fin des années 1930 et de l’accueil des immigrés dans les années 1950 : ce fut l’indifférence dans le meilleur des cas.

L’immigré est somme toute une « force de travail » et est considéré comme telle. C’est une force de travail d’autant plus intéressante qu’elle n’est pas chère et facilement manipulable.

Dans un système d’exploitation tel que l’est le système marchand, le salariat, la main-d’œuvre immigrée est doublement pénalisée :

- par l’employeur lui-même qui l’embauche parce qu’il en a besoin et surtout parce qu’elle permet de substantielles économies de coûts au regard du salaire des nationaux ;

- par les autres salariés qui peuvent voir, et voient souvent, une forme de concurrence, ce qu’elle est, du fait des motivations des employeurs.

L’humanisme à l’égard de l’immigré est donc une valeur parfaitement étrangère au système marchand qui n’a pas plus d’égard au regard des « étrangers » que de ses propres nationaux, sinon que ces derniers ont plus de droits, donc plus de poids dans un rapport de forces.

Le salariat donne le statut de marchandise à la force de travail immigrée, comme toute force de travail dans ce système : « J’ai besoin, j’achète ; je n’ai pas besoin, je ne prends pas ou je licencie. »

Tout le discours pseudo humaniste du système est une pure hypocrisie ; le système ne remettra jamais en question ses principes pour une simple question morale.

Le cynisme de l’immigration choisie

L’immigration choisie a au moins une qualité incontestable, elle est sincère. Elle dit exactement ce qu’elle pense : je te considère parce que tu m’es utile… On ne peut pas être plus clair !

Le drame, dans cette affaire, c’est que ce raisonnement fonctionne parfaitement pour la plupart des individus. Ils trouvent tout à fait logique que l’économie de leur pays choisisse les individus en fonction de ses besoins, ne voyant absolument pas ce qui se joue de sordide dans cette pseudo-« ouverture à l’étranger ». Un tel comportement signifie que les mécanismes d’exploitation et de ségrégation sont tout à fait intégrés par le plus grand nombre, pour eux, comme pour les autres. D’ailleurs celles et ceux qui adhèrent à cette solution sont très surpris quand on leur explique le véritable sens de cette politique.

La question serait sensiblement différente s’il s’agissait de rapport entre pays sensiblement identiques quant aux richesses et aux conditions sociales. Or le rapport d’immigration qui existe aujourd’hui se fait entre pays « riches » et pays « pauvres »… et ce sont les « riches » qui choisissent, et leur choix est évidemment fondé sur leurs propres intérêts. Ainsi, alors que dans les années 1950-1960 ils « choisissaient » une force de travail déqualifiée, convenant parfaitement au travail à la chaîne et autre processus de travail déqualifié (systèmes aujourd’hui disparus ou délocalisés), ils choisissent aujourd’hui une main-d’œuvre très qualifiée ; ce faisant, ils privent les pays « pauvres » d’un potentiel de formation qui pourrait leur être utile.

L’écart entre pays riches et pays pauvres va s’accroître, ces derniers se voyant « siphonner » une partie de leur main-d’œuvre formée au bénéfice de pays riches.

Ainsi, le système marchand fait désormais les choses « proprement ». Au lieu de procéder à un tri sur le territoire au risque d’exposer aux yeux du public des drames humains inévitables dans ce genre de situation, il va procéder préventivement et rationnellement en ouvrant généreusement ses portes à celles et ceux dont il a besoin, avec des mesures drastiques limitant le regroupement familial (une force de travail n’a pas de famille, c’est bien connu !) et en laissant la misère loin des regards.

Les intérêts sont assurés et les apparences sont sauves.

Patrick Mignard



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