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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Athée , ex-musulman
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LEAVING ISLAM, APOSTATES SPEAK OUT
Ibn Warraq
Prometheus Books

Vous je ne sais pas, mais moi, savoir qu’il existe, aujourd’hui même, des femmes et des hommes à qui le mot héroïque va très bien, diable, ça me réjouit. Voilà une semaine, je tombe en arrêt devant une petite revue anti-patriarcale qui n’a pas froid aux yeux et qui s’appelle ProChoix (prochoix@prochoix.org, ou au 177 av. Ledru-Rollin, 75011 Paris). Je tombe en arrêt à cause de son titre : « On peut « naître musulman » et choisir d’être athée ». Bouche bée dans la librairie. Je la prends, je regarde la quatrième de couverture. En haut : « les « nés musulmans » ont aussi le droit d’être athées ».

Quelques titres d’articles : « les athées de l’islam ont aussi le droit à la parole » « Demain au Bourget : pour une identité laïque de la communauté arabo-musulmane » « Désaccord entre islam politique et apolitique » « Apostasie : Droits de l’Homme, religions et croyances » « Islam politique et laïcité ». Vous allez dire, bravo, très bien, il était grand temps que les centaines de milliers d’ex-musulmans athées prennent enfin la parole... mais pourquoi un tel étonnement, pourquoi le mot « héroïque » ? Parce qu’être athée, athée d’ascendance catholique en 2005 à Paris, ma foi... Mais être athée quand on est né dans une famille musulmane ou faisant semblant d’être musulmane, c’est assimilé à l’apostasie, au fait de repousser ce que l’on a cru, de ne plus croire.

Et là, nom de dieu, on ne rigole pas. Peine de mort. Peine de mort dans les pays qui appliquent la Charia. Mais en plus, l’islam ayant une structure décentralisée et officiellement pas de clergé (bon, les ayatollahs c’est compliqué), n’importe quel musulman peut décider que son devoir sacré lui dicte d’abattre les personnes qui ont le courage ; non seulement de ne plus croire (à ce compte-là, il y aurait des coupes sombres dans le métro) mais surtout de le dire haut et fort.

En d’autres termes, les signataires et les éditeurs de ces revues se mettent volontairement, les yeux grands ouverts, dans la position du déserteur de Boris Vian qui faiz’une lettre à Monsieur le Président en prévenant que les gendarmes pourront tirer. On voit même leurs photographies. Plus brave encore, Monsieur Ibn Warraq a écrit un livre qui s’appelle « Leaving Islam, Apostates Speak Out » (Prometheus Books 2003). ProChoix en dit ceci : « Quitter l’islam est-ce une mince affaire pour un musulman de naissance ? C’est tout simplement passible de la peine de mort dans le meilleur des cas. Pourquoi dans le meilleur des cas ? Parce que dans une société musulmane il vaut encore mieux être mort que vivre son apostasie au grand jour. El murtadd (l’apostat) d’origine arabo-musulmane ne se déclare pratiquement jamais de peur des représailles sans limites qu’il risque de subir sur-le-champ.

Le fait de réunir le témoignage de près d’une quarantaine de musulmans dans cet ouvrage est une première dans l’histoire de cette communauté. Qu’ils relèvent de l’islam arabe ou non arabe, ils ont décidé ensemble de dire non au terrorisme intellectuel et physique qui les menace, uniquement parce qu’ils ont décidé de penser par eux-mêmes. La réalité c’est qu’ils sont bien plus nombreux qu’on le croit, seulement ce sont les sans-voix qu’on enterre vivants, au nom d’un dogme obscurantiste et despotique qui cherche à vous maintenir constamment sous une soi-disant tutelle divine afin de mieux vous exploiter au nom d’Allah. (....)

Ce livre d’Ibn Warraq constitue une percée importante dans ce sens, qui, j’espère, sera suivie d’autres initiatives identiques afin que justice soit faite pour ces oubliés de l’histoire. Naître dans une famille de culture arabo-musulmane n’est pas une appartenance indélébile. Nous avons le droit de nous y mainte nir, de changer de religion ou de n’en avoir aucune, sans le moindre sentiment de culpabilité injustifiée. » En lisant cela, j’ai l’impression d’écouter parler le chevalier de la Barre, ou le baron d’Holbach, l’auteur de l’excellentissime « Le christianisme dévoilé », des gens qui vivaient à une époque où l’on pouvait mourir d’athéisme, et d’ailleurs le premier en mourut.

Que la calotte soit une calotte, une kippa, ou un turban, elle pèse toujours trop sur les crânes.

Nestor Potkine




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