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Voix oaxaquègnes construisant l’autonomie et la liberté (VOCAL)
Virer le gouvernement de nos vies
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Nous n’attendrons pas cinq cents ans de plus pour gagner notre libération

Le climat de répression violente et brutale continue à Oaxaca. Les corps
policiers répressifs et l’armée mexicaine maintiennent leurs opérations de
harcèlement, de traque et d’intimidation, avec une stratégie qui essaie de
semer la terreur au moyen de la violation quotidienne des droits humains et
civiques, des arrestations arbitraires, des disparitions forcées, des
tortures, des viols et des assassinats. Le tyran tente d’imposer sa vision
du monde à tou-te-s les Oaxaquègnes et de protéger ses intérêts et ceux de
ses sbires, sans aucun respect pour les opinions, la culture et la vie des
majorités.

Fait partie de cette stratégie la décision d’incarcération prise à
l’encontre d’un groupe de nos compañer@s, sur la base de charges tout aussi
infondées que cela avait été le cas pour des centaines de compañer@s que les
autorités ont été obligées de remettre en liberté ; il s’agit de María
Guadalupe Sibaja, Silvia Gabriela Hernández, Belem Areli Hernández, Isabel
Martínez Hernández, Juan Diego García et José Francisco García Martínez.
Sont également dans cette situation Eliel Miguel González Luna, Jorge Luis
Martínez, Olivo Martínez Sánchez, Julio Alberto Ortiz López et Gonzalo
González López [1], professeurs de la 22e section du Syndicat national des travailleurs de l’éducation.

Ulises Ruiz constitue un exemple extrême et aberrant d’une situation
caractéristique du moment dans le pays et dans le monde : les politiques
néolibérales ne peuvent s’appliquer que par la force, moyennant l’emploi des
corps policiers et militaires et la complicité des partis politiques. Les
députés et les juges, de même que les fonctionnaires du gouvernement, se
soumettent servilement et sans dignité aucune aux diktats du tyran. Ils
soutiennent ainsi le règne de l’arbitraire et de la répression, sous lequel
le sang du peuple continue de couler.

Le 5 août auront lieu les élections des députés locaux. Dans de nombreux
villages circule encore l’espoir que, dans cette conjoncture, il serait
possible d’envoyer au Congrès des représentants honnêtes, qui pourraient
prendre en charge les changements nécessaires. Un groupe important
d’organismes civils a proposé des réformes légales qui apporteraient à
l’Etat les instruments de la démocratie participative, tels que la
révocation du mandat, l’initiative populaire, le référendum, le plébiscite
et le budget participatif. Il s’agit d’efforts légitimes qu’on ne doit pas
mépriser. Le vote sanction qui a été appliqué l’an dernier a été une preuve
de la capacité de notre mouvement à concerter la volonté populaire et à
faire un usage efficace de la tranchée électorale.

A l’heure actuelle, cependant, ces attitudes nous font courir le risque de
tomber dans des illusions contreproductives. Il suffit de voir les noms des
candidats à la députation pour se rendre compte de la distance qui existe
entre les partis politiques et les intérêts populaires. Il y a là des
délinquants connus et des gens qui se sont distingués par leur incompétence.
Dans tous les partis, il y a des hommes liges d’Ulises Ruiz, qui a appris du
vote sanction de l’année dernière et qui a décidé à présent de se protéger
en intervenant dans les candidatures de tous les partis. Au lieu de
contribuer aux changements profonds qui sont nécessaires à Oaxaca,
s’abandonner à l’illusion électorale devient actuellement un obstacle
additionnel. L’attitude naïve de croire que le vote va installer au pouvoir
des représentants des intérêts du peuple nous distrait des tâches que nous
devons réaliser et nous prive de la capacité de décider par nous-mêmes de
notre destin.

Il nous faut, dans ces conditions, reprendre les vrais principes
démocratiques : que ce soit nous-mêmes qui fassions les propositions et que
ce soit notre voix qui dicte le cap et prenne les décisions, à partir de ce
qui est nôtre, à partir de la communion et la solidarité qui sont dans les
racine du peuple oaxaquègne, à partir de l’esprit fraternel et communautaire
qui nous caractérise.

Depuis plus d’un an, le grand mouvement social dans lequel s’est obstiné le
peuple d’Oaxaca a rompu avec toute sorte de préjugés et a apporté de grandes
innovations à la lutte sociale et politique. L’occupation pacifique des
médias publics et privés, les barrikades, les médias libres, les assemblées
régionales, les municipalités en résistance, la municipalité autonome de San
Juan Copala, le système d’échanges avec des monnaies sociales impulsé par
l’Initiative citoyenne, l’Assemblée populaire des "colonias" [2] d’Oaxaca, sont à peine quelques exemples des innombrables
initiatives prises directement par les gens, sans avoir besoin d’attendre
des indications ou des décisions du conseil de l’Etat de l’APPO, qui
s’occupe essentiellement de la coordination des grandes mobilisations quand
elles sont nécessaires.

Pour réaliser une transformation vraiment profonde, il nous faut maintenir
encore et toujours l’esprit de changement qui a été l’un des apports les
plus précieux de ce mouvement de mouvements. Dans nos propres espaces, dans
l’action quotidienne de chaque personne, dans notre quartier, notre
communauté, notre lieu de travail ou d’études, dans chacun des espaces où
nous agissons, il nous faut contribuer à conquérir une authentique
autonomie. C’est pour l’autonomie que luttent les peuples indigènes depuis
cinq cents ans, cela est devenu évident en 1995 quand on a vu publiquement
que 417 des 570 municipalités ont décidé que leur destin politique soit
lié à leurs propres "us et coutumes", à la "communalité" et à la libre
détermination. C’est pour l’autonomie et sa pleine reconnaissance que nous
continuons à lutter, pour défendre la Terre Mère et protéger nos
territoires et nos cultures.

Les peuples et communautés d’Oaxaca ont montré au fil des siècles que la vie
en commun pacifique et solidaire et l’harmonie conviviale entre gens
différents ne sont pas une utopie. Elles sont l’expression naturelle et
historique de notre volonté. La division et la confrontation, qui amènent la
violence entre les peuples, naissent d’un mode de vie imposé par l’argent et
le capital, et d’un système de gouvernement despotique, non de nos
traditions et coutumes politiques.

Nous avons résisté plus de cinq cents ans à ce qu’on a essayé de nous
imposer. Nous avons été capables de maintenir en vie ce qui est nôtre.
Nous avons fait face à la répression et à la violence de l’Etat, malgré sa
férocité. Notre mouvement de mouvements a démontré que l’immense majorité
des Oaxaquègnes sont uni-e-s dans la défense de notre culture et dans la
lutte pour une vie juste et digne, que jusqu’à présent on nous a refusée.

Nous ne sommes pas disposés à résister cinq cents ans de plus. L’heure est
venue de nous diriger vers notre libération et de prendre l’initiative.
C’est le moment de l’action autonome et libertaire, depuis tous les coins
et recoins de l’Etat d’Oaxaca.

Voix oaxaquègnes construisant l’autonomie et la liberté (VOCAL)

Oaxaca, 28 juillet 2007.

Notes :

[1Tous les prisonniers arrêtés le 16 juillet à Oaxaca ont finalement été libérés, certains, certaines - dont Silvia et Maria Guadalupe, de VOCAL - après deux semaines d’enfermement et le paiement d’une caution. La rapide mobilisation solidaire, nationale et internationale, en plein été, ainsi que l’intervention des organisations humanitaires ont certainement joué un rôle important. Rien n’est cependant terminé. Il reste de nombreux prisonniers, dont David Venegas, du mouvement social de l’Oaxaca.

[2Les quartiers
populaires



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