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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Pris dans la nasse. CPE
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Arrivée à place d¹Italie une heure en retard. Les métros étaient
pleins de
jeunes plutôt très agités, évidemment pas venus pour défiler
tranquillement.

Nous arrivons sur la queue du cortège énorme. Immédiatement ce qui se
remarque, c¹est la présence de la CGT, et il est immédiatement évident
qu¹ils ne sont pas venus pour défiler : il n¹y a quasiment que des gros
bras, avec des gueules d¹enterrement, des oreillettes et de quoi en
découdre.

Nous choisissons de remonter vers la tête de cortège, comme beaucoup
d¹autres d¹ailleurs, qui n¹ont pas envie de défiler en cortège. Au
départ
, il n¹y a pas de séparation claire entre la rue et les trottoirs :
l¹ambiance est la même que celles des précédentes manifs, joyeuse et
remontée.

Nous croisons notamment les sans ­papiers dont le cortège a été rejoint
par plein de jeunes. Un petit détail significatif, cependant, tous les
journalistes que nous croisons ont sur la tête des casques de chantier.

Au milieu du cortège, nous croisons un camarade qui a vu toute la manif
passer : il nous explique que le service d¹ordre de la CGT s¹en est pris
très violemment à des jeunes qui ne défilaient apparemment pas assez
gentiment à leur gout.

Nous remontons rapidement pour voir ce qu¹il en est : nous constatons
que
plus on s¹approche du début de cortège , plus celui ­ci est clairement
divisé en deux : beaucoup de cortèges ont en effet un service d¹ordre,
c’est-à-dire des étudiants qui se tiennent par la main et regardent de
travers ceux qui remontent sur le trottoir, dont nous faisons partie. Ce
cordon de sécurité dérisoire et parfaitement inefficace d¹ailleurs en
cas
d¹agression réelle matérialise évidemment une frontière qui existe
certainement en partie, mais qu¹une démarcation physique ne peut
qu¹immédiatement accentuer.

Après l¹imitation l¹original : les molosses de la cgt sont en ligne en
tête de cortège, ne crient aucun slogan à part « avance , avance,
accompagné de violentes poussées sur le rebelle qui ne court pas au pas.

Nous sommes devant la gare Montparnasse, devant les magasins et le
Cet A :
c¹est ici que tout aurait certainement pu basculer : nous sommes des
milliers, des jeunes, des très jeunes, mais aussi plein de plus vieux à
évaluer une possibilité, celle de bifurquer là au lieu de continuer à
avancer vers on ne sait quoi.

Nous avons le rapport numérique : mais les flics du Ministère et ceux
des
syndicats qui sont à ce moment là une masse compacte et menaçante ont
eux
la conscience que nous n¹avons pas : ils se parlent alors que nous
n¹osons
pas dépasser les barrières entre nous : la gare Monparnasse ne morflera
pas.

C¹est sûrement subjectif, mais il me semble que c¹est à ce moment que
l¹ambiance devient très mauvaise : comme d¹habitude, n¹ayant pas
d¹objectif commun à affronter, on va se battre entre nous. Si dès le
départ de la manif, il y a eu bagarres et vols ( des camarades qui nous
ont rejoint ont failli se faire dépouiller leur appareil photo
auparavant
, cela dit ils l¹ont rangé dans leur sac et n¹en tirent pas de grandes
accusations sociologiques ), là des bagarres éclatent un peu partout,
les
cortèges étudiants resserrent leurs rangs tandis que fusent les « 
étudiants pacifistes et autres conneries du même acabit.

Une dernière tentative a lieu pour s¹échapper du piège vers lequel nous
marchons tous , plus ou moins vite : dans la rue Duroc, un cortège tente
d¹entraîner les gens vers des quartiers plus hospitaliers : mais comme
personne ne se parle, comme personne n¹explique pourquoi et l¹intérêt de
partir en manif sauvage, ça foire d¹autant plus qu¹une nouvelle fois la
ligne CGT se met très vite en place .

Après c¹est l¹inévitable, le piège qui se referme et les rats qui se
bouffent entre eux : la place des Invalides est le lieu idéal pour un
massacre : les gardes mobiles ferment déjà trois côtés, ils sont des
milliers immobiles : à part des voitures , il n¹y a rien à quoi
s¹attaquer, le sentiment d¹échec semble partagé : les deux cortèges se
font face et c¹est immensément triste, parce qu¹évidemment tout le monde
est en train de perdre ce qu¹on avait gagné, notamment cet autre
rapport à
la violence, ce début de conscience d¹une lutte commune et d¹une utilité
de chacun et de ses modes d¹action.

Bagarre générale.Le SO CGT traverse la place , une masse compacte ,
gardes
mobiles sans uniforme, la manif est piégée, le syndicat a fait son
boulot.

Par moments, des cibles malgré tout : ces dizaines de journalistes tous
avec le même casque qui filment avec déléctation et se font brusquement
courser par des centaines de personnes : ils se réfugient alors
derrière
les gardes mobiles et reviennent avec eux pour continuer à filmer : la
liberté de la presse est bien gardée.

Plus tard un groupe d¹une quinzaine de civils qui rôdent depuis le début
de la manif se font eux aussi courser et se réfugient derrière les
gardes
mobiles : bêtement nous sommes d¹ailleurs pris à ce moment pour des
collègues à eux et pouvons donc attester de l¹ardeur anti-policière des
jeunes puisque nous manquons de nous faire lyncher à coups de pierre.

Instants surréalistes : nous sommes dans une cour intérieure avec des
cadres en costume indignés et terrorisés ( c¹est une boite qui bosse sur
les intelligences artificielles ) qui se lamentent parce que certains
ont
laissé leur bagnole sur la place malgré les avertissements des flics.

On préfère finalement se barrer , et nous sortons de la nasse : nous
croisons beaucoup d¹imbéciles ou de naifs, allez savoir qui
engueulent les
gardes mobiles qui laissent faire et leur enjoignent d¹arrêter les « 
casseurs ».Les flics , plus dignes ne répondent pas.

Pause café : dans les rues bourgeoises avoisinantes, les gens râlent
parce
qu¹on a autorisé une manif à finir dans leurs beaux quartiers.

Retour une demi heure plus tard : reste la police et les
journalistes : ce
qui a pu être brisé l¹est notamment un cabinet d¹analystes financiers ,
une agence immobilière de luxe, un restaurant.

Les journalistes s¹agglutinent devant un A cerclé rouge sur un mur.
D¹énormes pavés sur le sol, un banc arraché ( il faut en vouloir ) des
voitures calcinées dans une rue qui était bloquée par les gardes mobiles
tout à l¹heure.

Devant le pont qui traverse la Seine, une petite centaine de
manifestants
fatigués et des milliers et des milliers de flics , dont des bandes
compactes de civils .Un groupe de gens est encerclé par les gardes
mobiles, on nous raconte qu¹ils ont tabassé quatre jeunes devant tout le
monde.

Des barrages filtrants, fouille des sacs et des poches jusqu¹à Franklin
Roosevelt.

Conclusion ? Une tentative parfaitement orchestrée pour briser ce qui
fait
peur aux flics et aux pompiers de la gauche : cette convergence entre
nous
tous, ceux qui s¹affrontent directement avec la police, ceux qui
détruisent et réquisitionnent, ceux qui occupent et qui défilent, cette
conscience qu¹aucune avancée n¹est possible si l¹on s¹en tient à ce qui
est autorisé.

Est-ce que ça va marcher : est ce qu¹on va en revenir aux débats
stériles,
gentils étudiants et méchants casseurs, est ce qu¹on va oublier qu¹une
partie du rapport de force de ce mouvement vient du précédent des
révoltes
de novembre.

Peut-être , peut-être pas : en tout cas pour ceux qui ont ouvert les
yeux
pendant cette manif, ils auront peut-être des bouffées d¹énervement
contre
les petitsjeunes qui s¹en prennent aux manifestants, mais surtout une
rage
énorme contre les grosses ordures de la cgt .




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