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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Nestor Potkine
Honneur à Monseigneur Guillaume d’Orange, ou l’art de plier les SDF.
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THIEVES IN HIGH PLACES
JIM HIGHTOWER
Plume Book

Stadhouder de Hollande (« stad » : Etat, « houder » : tête) Guillaume d’Orange fut cependant l’auteur d’une phrase plutôt réconfortante pour les anarchistes : « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». Elle s’applique parfaitement à « Thieves in High Places » (Voleurs au sommet), Plume Book, de l’américain Jim Hightower. Pas anarchiste pour deux sous, encore persuadé que le parti Démocrate peut redevenir le parti du peuple (on ne lui dira pas qu’il n’y jamais eu un seul vrai parti du peuple...), Hightower est décidé à réagir au banditisme institutionnel, au pillage des finances publiques, aux privatisations sans pitié, bref à l’agression libérale généralisée qui s’intensifie d’année en année. Alors, il rappelle qu’à la fin de la guerre d’indépendance américaine, un certain Daniel Shays, qui n’avait jamais été payé par l’armée de Washington (incidemment, l’Américain le plus riche de son temps, tout comme La Fayette était le Français le plus riche de son temps), se vit traîner au tribunal pour dettes, sans considération de la raison pour laquelle elles s’étaient accumulées. Il voulut se faire élire pour empêcher qu’une telle injustice se reproduise. Mais...inéligibles, les pauvres ! Il se lança dans une belle insurrection en compagnie d’un millier d’autres escroqués comme lui. Il fut battu, mais les riches sentirent passer le vent du boulet, et les pauvres, un peu plus tard, votèrent. Les pauvres blancs et masculins, s’entend.

Hightower rappelle d’ailleurs que la première agitation féministe pour le droit de vote des femmes aux USA eut lieu dès 1840, alors que le droit de vote pour les femmes ne fut arraché qu’en 1920... Que la résistance indienne commença dès les premiers massacres de Peaux-Rouges. Que la lutte pour l’égalité civile des Noirs semblait, en 1938, une cause impossible. Il cite Frederick Douglass, un ex-esclave noir dont l’autobiographie, au XIXe siècle, avança considérablement la cause des Noirs : « Ceux qui proclament leur goût de la liberté tout en déplorant les agitateurs, veulent faire la moisson mais déplorent les labours. Ils veulent la pluie, mais déplorent l’orage et l’éclair. ». En ce qui me concerne, je pense toujours à deux exemples. D’abord aux athées d’avant la Révolution Française ; qui, en 1600, aurait cru que, de 1905 à 2004, personne n’oserait toucher à la séparation de l’Eglise et de l’Etat ? Ensuite, à l’effondrement de l’Union Soviétique, que nul ne vit venir si tôt.

Dans le monde entier, la majorité se sent impuissante face au massacre à mille tronçonneuses, à l’attaque à 360°, à la ténacité de pitbull du capitalisme. Un chapitre, intitulé « même un caniche peut pisser sur un gratte-ciel », du livre de Hightower montre que ce sentiment d’impuissance est dû, les anarchistes le savent bien, à l’invisibilité dans les médias, soyons plus clairs, à l’étouffement par les médias de toutes les résistances. A moins que, violentes, elles ne puissent fournir de belles images de sang et de souffrance, et contribuer alors à l’abattement général.

Son livre regorge d’autres histoires, par exemple sur les hypermarchés Wal-Mart, premiers employeurs privés au monde, mélange de gigantisme à la Carrefour, de prix à la Lidl, d’emploi à la McDonalds. Leurs propriétaires, la famille Walton, sont riches de /centaines/ de milliards de dollars. Wal-Mart contracte des assurances-vie sur certains de ses employés. 350 000 assurances-vies. Sans le leur dire.

Wal-Mart garde les numéros de Sécurité Sociale, que la personne demeure employée chez eux ou pas. Puis, au décès, hop ! le gros lot. Pas un sou à la famille. C’est légal.
Ou cet extrait d’une rédaction de Charlotte Aldebron, douze ans, planchant sur « Que signifie le drapeau américain ? ». « Le drapeau américain signifie que le tissu est une chose très importante. Il est illégal de laisser le drapeau toucher le sol ou de le laisser flotter en cas de mauvais temps. Le drapeau doit être traité avec respect. On se rend compte à quel point ce tissu est important lorsque l’on voit qu’il est bien mieux traité que les gens. Personne ne se soucie qu’un sans-domicile-fixe touche le sol. Un sans-domicile-fixe peut rester par terre toute la nuit sans que personne ne le ramasse, ne le plie avec soin et ne l’abrite de la pluie. »

Nestor Potkine




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