En vacances, pour quelques jours, nous randonnons dans l’estuaire de la Charente. Fleuve puissant et vaseux. Et nous allons nous promener sur l’île Madame. On y accède par un chemin qui se découvre à chaque marée basse. Beaucoup d’oiseaux marins autour de nous. Au loin un fort domine cette île, très belle, célèbre pour avoir été, pendant la Révolution Française, le lieu d’internement et de mort d’un grand nombre de prêtres réfractaires.
L’île Madame est donc un important lieu de pèlerinage catholique qui sent bon la réaction contre révolutionnaire. Il y a eu parmi eux un nombre de morts très important.
Le Fort qui domine l’île a aussi été un lieu d’enfermement pour un grand nombre de communards, en 1871.
Un panneau, dans une des casemates, explique les multiples fonctions de cette forteresse*
Mais ce n’est pas vraiment ces différentes périodes qui m’intéressent, c’est surtout le monument qu’on trouve sur un sentier, un peu en contrebas du château.
Ce monument est marqué « honneur et patrie ». Il est entretenu par « le souvenir français ». La plaque qu’il comporte indique qu’il rend hommage aux officiers et sous-officiers de cette forteresse qui sont morts pour la France pendant la guerre de 14-18.
Ce n’est donc pas un monument en hommage aux hommes qui ont été enfermés dans cette forteresse, c’est un monument en hommage à leurs gardiens.
Une carte postale ancienne de ces hommes, qui provient de l’Écomusée de Port-des-Barques : http://ecomuseeportdesbarques.net/
J’ai essayé de retrouver les noms de ces hommes, les « incorrigibles » grâce aux coupures des journaux de l’époque. Le site Retronews permet de retrouver des articles de la presse française, même des entrefilets, avec des recherches par mots clefs.
En l’occurence "Île Madame". J’ai ainsi retrouvé 28 noms de ces insoumis, déserteurs et mutilés volontaires, donc une infime partie de tous les hommes, (combien ?) qui sont passés par la forteresse de l’île Madame :
Ange POLETTI, Abd del Kader, Pierre CELTON, Jules HERSENT, Pierre BREL
Siméon-Raoul-Rémy BARD, Louis-Hyacinthe JURQUET, Camille FRAIMBAUD
Robert Fernand QUESNEL
Antoine POLETTI
Jean-Paul AMORETTI
Auguste ARMIEL
MOSKA
André-Julien COUVREUR
Victor PARADON
Guillaume Le FUS
Pierre NASICA
Ernest POIREL
Pierre-Eugène PIBOYEUX
Charles BAUBRY
PAULIN
LOVERINI
Yves FLOCH
Etienne GUILLOTEAU
Georges-Ernest-Ferdinand RUBIALES
Nicolas BRUNET
Pierre-Marie VERSINI
François ROGER
Alfred-Gabriel LAURINE
Ange Poletti
| Commençons par Ange Poletti . 2 ans de prison, en juin 1914 donc avant la guerre, pour avoir proféré des injures ! Il avait déjà fait parler de lui en 1913, comme déserteur… Donc avant la guerre et son internement à l’ïle Madame…Sur son livret militaire on peut découvrir qu’il était né le 7 décembre 1890 à Corte, qu’il était typographe lorsqu’il s’engage volontairement en 1908 après une vague histoire de coups et blessures, qu’il a beaucoup été utilisé dans les troupes coloniales et surtout qu’il meurt de dysenterie le 14 novembre 1917 à l’hôpital de Douéra, en Algérie |
La Gironde du19 juin 1914, p. 2/4
Le Petit Marseillais du 29 octobre 1913
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Abd del Kader
| Un an de prison pour refus d’obéissance !. Il s’agit peut-être d’ADDADI Abd del Kader Ben Ali du 9ème tirailleurs algériens, Soldat mort pour la patrie le 26 mars 1917, dont le nom figure sur le monument funéraire du cimetière de Casteljaloux |
La Petite Gironde du 21 mai 1914
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.Pierre CELTON
| 2 ans de travaux publics pour avoir lacéré ses vêtements ! |
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Jules HERSENT
| 5 ans de travaux publics pour avoir refusé d’obéir ! |
La gironde du 23 avril 1915
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Pierre BREL
| 5 ans de travaux publics pour des insultes ! |
La France de Bordeaux et du sud ouest du 5 février 1915
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BARD Siméon
| Était né le 21 janvier 1891 à Desaignes, en Ardèche. Ne sait ni lire ni écrire lors de son incorporation comme engagé volontaire en 1910, il n’est démobilisé qu’en 1925 avec une pension d’invalidité. |
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Louis-Hyacinthe JURQUET
| R 1244 Lodève - Montpellier. Matricules 1501 à 2000. 1911 Né le 25 septembre 1891 à Montpellier, sachant lire et écrire, il s’engage volontairement, à 18 ans, en 1909 pour 5 ans… Son livret militaire est rempli de peines de prisons et d’évasions. Il déserte en février 1916 à Alger, repris, il s’évade et il est noté déserteur en juillet 1917… Il n’est finalement démobilisé qu’en 1919 mais réformé, en 1939, après une amputation de la jambe gauche. |
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Camille FRAIMBAUD
| Condamné par la cour d’appel de Paris à 2 mois de prison pour vol. Condamné par jugement par défaut le 21 aout 1931 par le tribunal correctionnel de la Seine à 6 jours de prison pour port d’arme prohibée commis le 21 juin 1930 D’après généanet il est né le 25 mai 1894 à Paris XIe Décédé, à l’âge de 38 ans Inhumé le 26 octobre 1932 - Cimetière de Thiais (94) Marbrier, militaire, livreur, Il s’est marié le 14 août 1920, Paris XIe. Puis s’est remarié le 18 janvier 1927, Melun, 77288, Seine-et-Marne, Ile-de-France. Il habitait au56 rue Trousseau, Paris XIe (1918 ; recrutement Seine et Oise). ; 2 passage Bullourde, 75011 (1923, 1927) ; Cite Lesage - La Roquette, Paris XI (Recensement 1926). Engage 3 ans ; 1912 (Bourges. 3e reg. des Hussards) 1914 (Infanterie) - Sept 1919. Conge illimite. Condamnation : 2 mois de prison pour ’vol’ (1922) ; 6 jours pour port d’arme (1931) |
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QUESNEL Robert Fernand
| 173e régiment d’infanterie (173e RI) Classe 1911 Matricule au recrutement 145 Né le 25 février 1891 à Bernay dans l’Eure il est engagé volontaire pour 5 ans en 1909, après des condamnations en 1907 et 1908 (bris de cloture, coups et blessures) il a ensuite un parcours militaire rempli de peines de prison et il meurt à Macon le 8 novembre 1918 d’une broncho pneumonie infectieuse, et sans la mention « Mort pour la France » |
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Antoine POLETTI
| La Gironde, 8 sept. 1916, p. 2/2 Antoine POLETTI 5 ans pour des insultes |
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Jean-Paul AMORETTI
| La Croix de Saintonge et d’Aunis, 31 oct. 1915, p. ¾ Date/Lieu de naissance : 1892 ; Toulon (Var, France) Profession(s) : marin Niveau d’instruction : Sait lire et écrire Classe : 1912 ; Toulon (Var, France) Commune : Toulon (Var, France) Cote du registre : 1_r_895 Matricule : 1210 |
La croix de saintonge et d’aunis du 31 octobre 1915
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ARMIEL / MOSKA / COUVREUR
| Pour ARMIEL, dans une autre affaire, en 1917, il y a son prénom : André-Julien Pour MOSKA, Je n’ai pas retrouvé son livret militaire. COUVREUR, c’est peut-être André-Julien. Voir le 23 novembre 1915 |
Le Matin du 21 avril 1917
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Victor PARADON
| La Petite Gironde, 4 déc. 1914, p. ¾ Victor PARADON Je n’ai pas retrouvé son livret militaire. |
La petite Gironde du 4 décembre 1914
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Guillaume Le FUS
| La Croix de Saintonge et d’Aunis, 26 avr. 1914, p. 3/6 Je n’ai pas retrouvé son livret militaire. |
La croix de saintonge et d’aunis du 26 avril 1914
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Pierre NASICA
| La Dépêche, 11 sept. 1914, p. 2/2 Lui il est condamné à mort Le jugement en révision que j’ai retrouvé porte sur la contrainte par corps mais n’annule pas sa condamnation à mort. Je résume : … Pour procéder sur le recours en révision, formé par le soldat Nasica, Pierre, de la section de répression du sixième régiment d’infanterie, contre le jugement rendu le 10 septembre 1914, par lequel le conseil de guerre permanent de la 18e région de corps, d’armée, siégeant à Bordeaux, l’a condamné à la peine de mort et aux frais envers l’État et a fixé au minimum la durée de la contrainte par corps pour : 1° voie de fait envers un supérieur pendant le service 2° outrage envers des supérieurs pendant le service et 3° refus d’obéissance, le tout en application des articles etc,etc. |
La Dépèche du 11 septembre 1914
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Ernest POIREL
| La Petite Gironde, 6 mars 1915, p. 4/4 Je n’ai pas retrouvé son livret militaire. |
La petite Gironde du 6 mars 1915
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Pierre-Eugène PIBOYEUX
| 5 ans de travaux publics pour un refus d’obéissance |
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BAUBRY , PAULIN, LOVERINI, FLOCH GUILLOTEAU RUBIATES
| La Croix de Saintonge et d’Aunis 21 nov. 1915 Charles BAUBRY 2 ans de prison PAULIN, 2 ans de prison. Mais sans son prénom, je n’ai pas pu retrouver son livret militaire. sans prénom LOVERINI 2 ans de prison Mais sans son prénom, je n’ai pas pu retrouver son livret militaire. Yves FLOCH 2 ans de prison Trop d’homonymes. Je n’ai pas pu retrouver son livret militaire. Etienne GUILLOTEAU : 5 ans ! Je n’ai pas pu retrouver son livret militaire. Georges RUBIATES 1 an de prison |
La croix de saintonge et d’Aunis du 21 novembre 1915
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Nicolas BRUNET
| Le Phare des Charentes, 22 juin 1917, p. 2/2 Nicolas BRUNET 5 ans de travaux publics pour refus d’obéissance et insult |
La phare des Charentes du 22 juin 1917 : Nicolas Brunet
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Pierre-Marie VERSINI
François ROGER, Auguste ARMIEL, Alfred-Gabriel LAURINE ,André-Julien COUVREUR
| La Petite Gironde, 11 nov. 1916, p. 5/8 Georges-Ernest-Ferdinand RUBIALES Un cultivateur de la région parisienne, déserteur en 1909 mais qui finit par mourir en 1917 dans un hôpital militaire à Orléansville en Algérie. |
La petite Gironde du 11 novembre 1916 sur Rubiales
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Donc beaucoup de soldats engagés, beaucoup de condamnations ahurissantes, beaucoup de souffrances !
Caillou, le 1er août 2026





















