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Chronique d’une perdition
Malaise dans la culture

Depuis quelques mois, l’intello-sphère et le monde de la culture s’émeuvent des difficultés qui touchent certaines grandes librairies institutionnelles, voire de la disparition pure et simple du groupe Sauramps. La menace de fermeture de Makassar compromet les finances des petits éditeurs et leur capacité à trouver un nouveau distributeur. [1] Le diffuseur prend en charge les visites des équipes de vente chez les libraires. [2]

Les commentaires et les analyses parus sur cette "catastrophe", parfois imputée à Bolloré, le Satan du moment, méritent d’approfondir ces deux phénomènes dont les causes profondes remontent à un engrenage infernal qu’il faut identifier. Cette réflexion débouche nécessairement sur l’interrogation sur les nouvelles conditions d’existence de la librairie et de l’édition à l’ère du numérique.

La grande presse et le web se font l’écho du malaise dans la culture qui explose actuellement. La prose journalistique classique chevauche le cheval blanc de l’indignation et certains commentaires des lecteurs d’ActuaLitté sombrent dans l’ignorance crasse. J’y ai lu que le stockage devrait être gratuit. Celui-ci est facturé à l’éditeur selon des dispositions contractuelles. On peut distinguer le stock passif et le stock actif présent dans la chaîne de préparation des commandes. Rien n’est gratuit. Tout ce qui bouge fait l’objet d’une facturation à l’éditeur, notamment la remise en case des retours. Cela entraîne une hausse du prix de revient du livre concerné, d’où le choix drastique de la mise au pilon des invendus.

Un des meilleurs témoignages sur l’aventure de libraires de ces dernières décennies est celui de Christian Thorel, Dans les Ombres blanches. [3]

À mon avis, il n’est pas possible de comprendre les événements actuels sans mettre en route la machine à remonter le temps. Les propos rugueux et les analyses acerbes de cet article sont le fruit de quarante ans de vie dans l’univers du livre. Hélas, comme le lecteur le lira, j’ai vécu l’apogée du monde du livre et son déclin. La fermeture de la librairie des PUF (place de la Sorbonne) et la disparition de la distribution/diffusion de la maison-mère étaient les symptômes précurseurs d’une mutation drastique. Je me permettrais donc de retracer schématiquement mon itinéraire dans cette aventure.

R-D M