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Jamel le CRS
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Quel beau 1er Mai ! Il y avait plein de jeunes qu’on n’avait jamais vus ; j’ai lu sur une banque ce graffitti « ils ont des couvertures et des parachutes en or, mais nous on est toujours à découvert ; et sur une banderole « Promo spéciale sur la carotte et le bâton ».

Mais le mieux, c’est ce livre découvert sur une table de militants ; « Jamel le CRS, révélations sur la police de Sarkozy » de Jamel Boussetta, éditions Duboiris (15 euros) ; un reubeu né dans une cité, tabassé avec régularité et brutalité par son père alcoolique, soutenu par sa mère tabassée plus dur par le père alcoolique. Intelligent, actif, parlant bien et sans accent, Jamel grenouille dans la radio et espère s’en sortir. Cependant, un jour, sans la moindre provocation, un CRS lui donne un coup de tonfa dans le visage. Acte interdit, vu la puissance de cette manchette à poignée. Le lendemain, visage tuméfié, il va porter plainte. Inutile de préciser quel accueil il reçoit. Outré, il lui vient une étrange idée. Il va lui aussi devenir CRS !

Il veut comprendre, il veut dénoncer.

Décidément intelligent, au lieu de parler dans un magnétophone pour qu’un nègre réécrive son récit, Boussetta l’a écrit directement, dans un mélange savoureux de français écrit et d’expressions orales, peut-être inélégantes mais d’une clarté limpide : le livre ne prend pas de gants.

Par exemple, Jamel décrit son changement de vie : ex-bicot inacceptable dans les boîtes de nuit, il découvre que les videurs s’effacent poliment pour lui laisser passage : miracle de trois couleurs sur un peu de plastique ! Impossible, pour une racaille, de trouver un appartement ; un policier n’a aucune difficulté. Un salaire de policier n’a rien de miribolant et le prix des cartes oranges des banlieusards, lui brille par son éclat. Quelle importance ! Une carte de policier vaut une carte orange : Jamel ne s’en achète jamais une, parce que les contrôleurs de la RATP ne lui infligent jamais d’amendes ; c’est sûrement parce qu’ils exercent leur liberté de préférer la fraternité à l’égalité.

En septembre 2004, bombardé « Adjoint de Sécurité », Boussetta est nommé à la SPA pour humains.
Pardon ? Oui, c’est le nom qu’il donne au Centre de Rétention Administrative du palais de justice de Paris.

Extraits :

« Comment peut-on, en France, priver de liberté des handicapés physiques ou mentaux, des personnes âgées en fauteuil roulant, des gens déjà condamnés par le sida, des toxicomanes irrécupérables, ou mieux, des gens qui sont en règle administrativement mais qui, pour avoir égaré leurs papiers d’identité et être un peu basanés, sont retenus arbitrairement ? »

Rappelons que, si les policiers sont tenus de respecter la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, rien ne les force à respecter les droits du travelo : forts de cette analyse onomastique, les policiers partaient au Bois : « Il y avait aussi beaucoup de travestis ou de transsexuels interpellés. Bah oui, c’est tellement facile d’aller au Bois de Boulogne pour les choper... Cela augmentait les chiffres certes ! Mais en général ce sont des gens inexpulsables pour la simple et bonne raison qu’ils risquent d’être tués dans leur pays d’origine. »
Pire : « Parfois, des collègues s’accordaient le droit de ne pas enregistrer les demandes d’asile et d’obtention d’un avocat commis d’office. Soit le papier était directement jeté à la poubelle, soit le retenu n’était même pas informé de ses droits ! »

Passons sur les peu ragoûtantes descriptions des toilettes (les retenus eux-mêmes réclamant un balai, un seau et de l’eau de javel, parfois en vain), des toxicomanes en crise de manque suppliant qu’on leur fasse l’aumône de subutex, des désespérés tentant de se suicider et y réussissant assez souvent.

« Le jeu de certains était de pousser à bout les retenus pour qu’ils pètent un plomb et partent au mitard. On privait par exemple les fumeurs de cigarettes et on les insultait gratuitement : « Fils de pute, tu n’es qu’une merde ». La chambre d’isolement où l’on mettait les fortes têtes était crasseuse, les murs étaient noirs de saleté, les WC étaient bouchés et il n’y avait jamais de papier toilette dedans ! Le tout était filmé par une caméra de surveillance. Imaginez la scène ! Chacun y allait de son petit commentaire ! »

Cette dernière citation vient de la page 64. Le livre en a 177, du même tonneau.

Le meilleur pour la fin : L’IGPN harcèle Boussetta lorsqu’il commence à protester dans la presse. Interrogatoire :
« _Est-ce que vous pratiquez la religion musulmane ?
_Non, je fais partie d’une secte depuis trois ans.
Il [l’enquêteur de l’IGPN] n’a pas compris ce que je voulais lui dire, mais la secte dont je lui parlais, c’était tout simplement la police nationale. »

Nestor Potkine, qui suit des cours de tonfa astral



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