Divergences Revue libertaire en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
Alberto Toscano Fascisme tardif
Bonnes feuilles

Commentaires R-D M

La pratique des "bonnes feuilles" permet de mettre l’eau à la bouche,et même, pour certains journalistes, de rédiger un " papier ".

Préface

Dans sa préface Toscano rassure son lectorat (un marché comme un autre), en restant dans l’orthodoxie de la doxa. Il s’appuie sur " la consolidation des mouvements, des régimes et des mentalités d’extrême droite à l’échelle globale". Évolution morbide, dit-il !

Pour ma part, cette morbidité de la gaucho-sphère me laisse perplexe et voire en colère. La morbidité réside dans la déploration qui remplace la recherche des causes de cette évidence. C’est la faute des fachos si les gauchox pédales dans le couscous. Un effet du tropisme islamogauchiste ? Une nostalgie du bon vieux temps tiers-mondiste, des luttes contre un pouvoir clairement ciblé : l’État, le capital et les patrons ?

Le postulat exclusif de la permanence du fascisme et de l’invariance de ses fondements est le symptôme d’une pensée à bout de souffle. Un exemple : Toscano fait référence à une " théocratie fasciste " en parlant de l’évolution d’Israël (d’ailleurs, peut-être de sa création ?). Le réductionnisme systémique est le signe d’une défaite de l’esprit et d’"une trahison des clercs " de la révolution attendue. En attendant Godot, je désespère.

Cela dit, Toscano pose les conditions épistémologiques de la définition du fascisme et des stratégies antifascistes. À juste titre, il rejette l’analogie historique. Par contre, il postule l’existence d’un fascisme de "longue durée" comme une dynamique qui précède la naissance du mot lui-même (p.55) Toscano reprend une thèse de W.E.B Du Bois sur la " contre-révolution de la propriété " ( https://fr.wikipedia.org/wiki/W._E._B._Du_Bois).J’espère qu’il développera ce thème dans son livre ce thème car il est central dans la pensée libertarienne néo-conservatrice et réactionnaire.
Toscano reprend la thèse selon laquelle le fascisme serait lié à la civilisation de masse, la conscription universelle (une mobilisation holistique des populations serait plus juste), la guerre totale et au racisme.

Le fascisme tardif qu’il propose d’expliciter ne serait pas davantage une définition du totalitarisme en tant qu’expression essentielle de la modernité.

Toscano nous met en garde contre les risques d’un antifascisme dépourvu de réflexivité, donc menacé de sclérose, de complaisance et de complicité avec les processus mêmes qu’il dénonce.

Je cite :
"L’antifascisme, chaque fois qu’il omet de remettre en question son propre cadre théorique et les définitions sur lesquelles il se base, ou qu’il se complaît dans les plaisirs de l’innocence, de l’héroïsme et de la justice qui peuvent en découler, risque de s’enfermer dans son propre piège."

Après avoir lu cette préface, j’ai commandé " Fascisme tardif ". Merci de cette mise en bouche .

Conclusion

Toscano fait allusion au fascisme racial et colonial. Le racisme n’a pas attendu son apogée nazie pour se manifester. Il a bien entendu eu de nombreux antécédents. La découverte des Amériques a donné lieu à une interrogation sur l’âme des " sauvages ". Au sein de la pensée dominante de l’époque, des voix s’élevèrent au sein de l’Église conquérante, comme celle de Las Casas.
Le colonialisme préexiste au fascisme. De plus, faire le lien entre le colonialisme et l’économie ne doit pas oublier que l’anticolonialisme fut d’abord libéral. ( https://shs.cairn.info/revue-economique-2012-1-page-5?lang=fr)

Toscano se base principalement sur la société américaine, où effectivement l’abolitionnisme et l’antifascisme contemporain sont inséparables. Ce qui invalidite partiellement l’idée que le nationalisme s’accompagne de fascisme. Les Noirs américains réclament une intégration/assimilation réelle et non une nation noire américaine.
Toscano focalise sur le monopole de la violence dans la fachosphère, où la race et la nation sont les marqueurs du pouvoir. Le sujet devient " un agent de la violence souveraine ". Le pseudo-fascisme contemporain serait un " fascisme de frontière ". Cet argument fait allusion au mythe de la frontière lors de la conquête de l’Ouest.
Une réflexion attentive sur la violence montre que le fascisme n’en a pas le monopole et que cette question ne supporte pas les approximations.

La question du territoire et de l’espace est au cœur de l’humanité, de la horde de chasseurs-cueilleurs à nos jours.

La fin de la conclusion laisse rêveur. "Le capitalisme a besoin d’inégalités et le racisme lui garantit " (citation de R.W Gilmore) et le " fascisme est un cas limite du capitalisme sauvant le capitalisme du capitalisme ".

Toscano conclut :

" Qui ne veut pas entendre parler d’anticapitalisme devrait aussi se taire sur l’antifascisme ".

Sous réserve de lire " Le Fascisme tardif " j’observe encore une fois que le couple/antifascisme est comme le techno-fascisme, une façon savante d’ignorer les mutations profondes du capitalisme. En restant sur ce terrain piégé, le combat est perdu d’avance, il ne restera plus qu’à consommer consciencieusement.

R-D M