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Nous les tuons mais ils ne meurent pas

Sur la question du néo-fascisme, il est important de quitter le domaine de la numérisation du capital. C’est le cas ici.

 Pour G.H., la crise environnementale est d’abord une crise de gestion des déchets, ce qui peut sembler intéressant et surprenant. Mais quand il ajoute qu’au fond les réfugiés climatiques sont eux-mêmes des déchets de la crise, on rentre dans une autre dimension. L’impossibilité, l’incapacité, de gérer globalement cette situation crée une pathologie, le fantasme d’omnipotence découlant de la conscience de sa propre fragilité.

En effet, croire que l’on peut régler la question via l’interdiction de migrer manifeste l’incapacité de régler le problème de la crise environnementale.

 G.H. semble considérer l’extrême droite comme utilisant la violence. Avancer que Trump "est en train de laisser tomber cette idée que l’Amérique gère un ordre international" est tout à fait contraire à ce qui se passe, entre autres, en considérant la valse des droits de douane. Précédemment, le pouvoir américain ne gérait pas le monde ; il utilisait juste sa capacité d’intervention à des fins qui lui étaient propres. Avec l’individu actuellement au pouvoir, la question de la gestion du monde est à l’honneur, car ce type se glorifie et justifie ses actes comme étant un bon gestionnaire de fortune.

- Tout à fait pertinente cette remarque sur le reproche fait aux musulmans d’être trop intégrés. Curieux pourtant que le parallèle fait longtemps avec la population juive ne soit pas fait. Puisque c’est une des raisons qui ont fait que le nombre de Juifs allemands disparu pendant la Shoah fut si grand.

 Faire un parallèle entre la situation actuelle où le capital aurait besoin de l’extrême droite pour développer son emprise sur la société et les années trente semble assez curieux alors qu’il est possible de défendre l’idée que l’emprise numérique n’a pas besoin de l’extrême droite pour devenir hégémonique.

 À noter, vers la fin de l’interview, une réflexion intéressante sur la colonisation et donc la décolonisation. G.H. est australien, ce qui lui permet de rappeler que, comme colonisateurs, les Australiens ne sont pas les derniers et que, nonobstant, personne ne leur demande de partir. Il avance "que le fait de lutter comme colonisé contre le colonisateur produit un narcissisme du même ordre que celui du colonisateur". Plus loin, il ajoute "que si les Palestiniens luttent seuls contre le sionisme, ils produiront un palestinisme qui aura la même forme que le sionisme". Bonne chose à rappeler aux anti-sionistes, maintenant que cette tragédie semble être sur pause, une suggestion à tous ces groupes, lutter pour les Aborigènes australiens… Sauf qu’il n’y a pas de Juifs là-bas.

 Pierre

 Notes et commentaires - Dominique (R-D M)

L’approche anthropologique, qui s’appuie sur les acquis de la psychologie, apporte un éclairage peu utilisé dans l’étude de la domestication.

Je constate, tout d’abord, que le fascisme cède le pas au label "extrême droite", sans qu’ils soient différenciés. Pendant la période fasciste, bon nombre d’extrême-droitiers comprirent que la collaboration était une erreur manifeste. Certains furent déportés (le colonel de Laroque), d’autres sont morts dans les camps (Vallois, par exemple).

On retrouve ici l’a priori énoncé dans le quatrième de couverture.

Je retiens quelques thèmes intéressants :

  • Le colonialisme a induit un effet de miroir ; le colonisateur souffre du fantasme d’être colonisé. L’auteur parle d’un inconscient du voleur parce que si on a volé quelque chose, on a une conscience aiguë que ça peut être volé à nouveau ".
    Par extension, la relation dominant/dominé est inextricable. On assiste à un dualisme qui se répète à l’infini. Les mouvements de décolonisation le prouvent.
    Cela montre que " ce fantasme est la conjonction entre un excès de fragilité et de pouvoir" (p. 26). G.H. applique son raisonnement " au fantasme typiquement post-colonial de la submersion migratoire " qui ne fait que retourner l’idée de colonisation. (Albert Memmi a écrit des pages magnifiques et profondes sur ce sujet.)
    Si cette approche éclaire la question sous un jour inhabituel , elle laisse en suspens les aspects économiques, métaphysiques et géopolitiques incontournables.
  • Le lien entre la violence et l’extrême droite.
    Je ne comprends toujours pas pourquoi la violence serait une exclusivité de cette engeance. Ce mode d’affirmation témoigne d’une absence de réflexion sur ce sujet. C’est d’abord oublier la violence accoucheuse de l’histoire, sans parler du produit dérivé de la guerre juste et de la lutte des classes.

L’extrême droite n’utiliserait que des concepts guerriers. H.G reprend la rangaine de la violence légitime du dominé qui ne voit dans l’autre qu’un ennemi. Carl Schmitt lui adresse ses meilleurs vœux d’outre-tombe.

  • Théorie du déchet.

L’écologie servant de métaphore, H.G émet l’idée que la civilisation, à l’instar de toute idée, génère des déchets. La crise actuelle serait autant environnementale que théorique. La profanation du monde correspond à une crise métaphysique profonde liée à la technologie. Ici, Jean Vioulac est indispensable.

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Les archéologues du futur s’interrogeront sur nos déchets ; ils mettront au point une nouvelle méthode épistémologique : la poubellogie. À lire Colin Kapp Manalone, Galaxie Bis , Opta, 1982, 236 pages.

 Pierre