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Guerre à la Guerre !
Christian Eyschen

Note de lecture

Cet ouvrage est sous-titré «  Une traversée du pacifisme libertaire  », cela résume bien son contenu. Il permet de voir les 50 nuances de ce pacifisme, ce qui en fait une force incontestable, l’intérêt ne vient jamais de l’uniformité. Ce petit livre est constitué de textes de référence de militants anarchistes, de référence aussi.

Henry David Thoreau commence par une belle affirmation : « Le meilleur gouvernement est celui qui ne gouverne pas du tout ». F.Dolela Nieuwenhuis poursuit en affirmant que le militarisme est lié à l’État, affirmation difficilement contestable. Puis Fritz Oerter de la FAUD se situe comme non-violent et préconise la grève générale, les boycotts et la résistance passive comme moyens et affirme qu’il ne faut jamais répondre à la violence par la violence.

Je trouve que l’argumentation la plus construite et la plus efficiente est celle de Barthélemy de Ligt  : « Si cependant quelqu’un vous attaque alors c’est lui qui vous atteint, lui, qui emploie la violence contre vous. Et vous avez alors le droit de vous défendre. Encore plus, il est de votre devoir de protéger votre liberté, de résister à la coercition et à la contrainte. Sinon vous êtes un esclave et point un homme libre. La Révolution sociale n’attaquera personne, mais elle se défendra contre toute atteinte provenant de n’importe quel côté. »

Il constate aussi une certaine contradiction entre l’idéal pacifiste et la lutte contre le militarisme. L’organisation des uns entraine nécessairement l’organisation des autres sur le même modèle : « Même la Milice révolutionnaire animée de l’amour de la liberté le plus grand doit finalement faire place à une armée organisée de façon moderne, c’est-à-dire une armée motorisée et mécanisée. »

J’ai une tendresse particulière pour Hem Day, car il était le Compagnon de lutte de Léo Campion et je suis dans la même Loge maçonnique que lui, l’Homme libre . Hem Day constatait que « la phalange de la raison était invulnérable, elle avance à pas lents et sûrs et rien ne peut lui résister.  » Mais le recours à la violence peut tout changer, c’est pourquoi « il faut bien distinguer instruction et excitation du peuple ». Errico Malestata, pour qui j’ai aussi une grande admiration, complétait : « Il faut insister sur les buts moraux du mouvement et sur la nécessité, sur le devoir de contenir la violence dans les limites de la stricte nécessité  ».

On est là dans les mêmes questions que posaient Léon Trotsky dans «  Leur Morale et la Nôtre  » et aussi Albert Camus sur la fin et les moyens. Les partisans de l’Émancipation humaine arrivent, souvent par des chemins différents, à la même conclusion : quand les moyens sont contraires à la Fin, les moyens tuent la Fin. Et ce, contrairement à la calomnie de la Réaction contre Lev Davidovitch qui n’a jamais dit que « la fin justifiait les moyens. » Parmi tous les Révolutionnaires, personne ne peut échapper à ce questionnement.

Pierre Sommermeyer indique, allant dans ce sens : « Les Anarchistes , qui sont fondamentalement Pacifistes, Internationalistes, Antimilitaristes, Libres Penseurs, non violent, anticapitalistes, Révolutionnaires n’ont cessé de se poser toutes ces questions et ont essayé, non d’y apporter UNE réponse, mais des esquisses de réponses.  »

Bien évidemment, l’action et le rôle de Louis Lecoin, militant pacifiste libertaire mérite le plus grand respect, il n’hésita pas à mettre sa vie en jeu pour mettre fin au traitement barbare des Objecteurs de conscience. Le respect était si grand que de Gaulle cèdera à sa revendication en disant : «  Lecoin ne doit pas mourir ».

L’ouvrage intègre aussi un bref tour d’horizon des révoltes contre la guerre, avec parfois des choses pas trop connues, selon l’auteur il y eut une manifestation à Paris le 27 juillet 1914 qui rassembla 100 000 personnes à l’appel de la Fédération Communistes Anarchiste Révolutionnaire (FCAR). Il y a aussi des conseils de lecture pour aller plus loin.

Il revenait naturellement à Pierre Sommermeyer, né de parents allemands antinazis et antistaliniens, et caché enfant en France pendant l’Occupation nazie , d’essayer de faire la synthèse de cette grande diversité de points de vue, sous le titre interrogatif : «  Et la Révolution ?  ». Il y répond par cette affirmation : « Qu’elle soit nécessaire n’est pas discutable. Le niveau d’injustice, de violence, d’exploitation a suivi celui de l’augmentation de la population. Ce que nous pouvons aussi dire que l’idée même d’une révolution dans un seul pays relève du fantasme. » Nous sommes bien d’accord.

Christian Eyschen

Guerre à la Guerre ! par Pierre Sommermeyer – Éditions du Monde Libertaire -131 pages – 10€