Origine +972 Magazine September 18, 2025
L’ethno-suprématie mortelle inhérente à la société israélienne est plus profonde que Netanyahou, Ben Gvir et Smotrich. Il faut l’affronter à la racine.
La ville de Gaza est en proie aux flammes, alors que l’armée israélienne lance son offensive terrestre, longtemps menacée, après des semaines de bombardements incessants. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui fait déjà l’objet d’un mandat d’arrêt international pour suspicion de crimes contre l’humanité, a qualifié ce nouvel assaut d’"opération intensifiée". Je vous invite à regarder les images en provenance de Gaza et à vous rendre compte de la signification réelle de cet euphémisme.
Regardez dans les yeux des personnes saisies d’une terreur inégalée, même dans les moments les plus sombres de ce génocide qui a duré deux ans. Voyez les rangées d’enfants couverts de cendres, allongés sur le sol maculé de sang de ce qui fut un centre médical - certains à peine vivants, d’autres gémissant de douleur et de peur - tandis que des mains désespérées tentent de les réconforter ou de les soigner avec le peu de matériel médical qui reste. Entendez les cris des familles qui fuient sans savoir où aller. Des parents fouillent le brasier à la recherche de leurs enfants ; des membres sortent des décombres ; un secouriste berce une fillette immobile, l’implorant d’ouvrir les yeux, en vain.
Ce qu’Israël fait dans la ville de Gaza n’est pas le sous-produit tragique d’événements chaotiques sur le terrain, mais un acte d’anéantissement bien calculé, exécuté de sang-froid par "l’armée du peuple", c’est-à-dire les pères, les fils, les frères et les voisins des Israéliens.
Comment se fait-il que, malgré les témoignages de plus en plus nombreux provenant des camps de concentration et d’extermination de Gaza, aucun mouvement de refus massif n’ait pris racine en Israël ? Il est inconcevable qu’après deux ans de carnage, à peine une poignée d’objecteurs de conscience soient en prison. Même les "réfractaires gris" - des soldats de réserve qui ne s’opposent pas à la guerre pour des raisons idéologiques, mais qui sont simplement épuisés et s’interrogent sur sa finalité - sont bien trop peu nombreux pour ralentir la machine à tuer, et encore moins pour l’arrêter.
Qui sont ces âmes obéissantes qui font fonctionner ce système ? Comment une société aussi profondément fracturée - entre religieux et laïcs, colons et libéraux, kibboutzniks et citadins, immigrés de longue date et nouveaux arrivants - peut-elle ne s’unir que dans sa volonté de massacrer les Palestiniens sans la moindre hésitation ?
Au cours des 23 derniers mois, la société israélienne a tissé un réseau infini de mensonges pour justifier et permettre la destruction de Gaza, non seulement aux yeux du monde, mais surtout aux siens. Au premier rang de ces mensonges figure l’affirmation selon laquelle les otages ne peuvent être libérés que par la pression militaire. Pourtant, ceux qui exécutent les ordres de l’armée, en faisant pleuvoir la mort sur Gaza, le font en sachant pertinemment qu’ils risquent de tuer les otages dans le processus. Le bombardement aveugle d’hôpitaux, d’écoles et de quartiers résidentiels, associé à ce mépris pour la vie des Israéliens retenus en captivité, prouve le véritable objectif de la guerre : l’anéantissement total de la population civile de Gaza.
Israël est en train de déclencher un holocauste à Gaza, et cela ne peut pas être considéré comme la volonté des seuls dirigeants fascistes actuels du pays. Cette horreur est plus profonde que Netanyahou, Ben Gvir et Smotrich. Nous assistons à l’étape finale de la nazification de la société israélienne.
La tâche urgente est maintenant de mettre fin à cet holocauste. Mais l’arrêter n’est que la première étape. Si la société israélienne doit un jour revenir dans le giron de l’humanité, elle doit subir un profond processus de dénazification.
Une fois la poussière de la mort retombée, nous devrons revenir sur nos pas jusqu’à la Nakba, aux expulsions massives, aux massacres, aux saisies de terres, aux lois raciales et à l’idéologie de la suprématie inhérente qui a normalisé le mépris pour les peuples indigènes de cette terre et le vol de leurs vies, de leurs biens, de leur dignité et de l’avenir de leurs enfants. Ce n’est qu’en affrontant ce mécanisme mortel inhérent à notre société que nous pourrons commencer à le déraciner.
Ce processus de dénazification doit commencer maintenant, et il commence par le refus. Refus non seulement de prendre une part active à la destruction de Gaza, mais aussi de revêtir l’uniforme, quel que soit le grade ou le rôle. Le refus de rester ignorant. Le refus d’être aveugle. Refus du silence. Pour les parents, il s’agit d’un devoir nécessaire pour empêcher la prochaine génération de devenir des auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
La dénazification doit également inclure la reconnaissance du fait que ce qui était ne peut pas rester. Il ne suffira pas de remplacer le gouvernement actuel. Nous devons abandonner le mythe du caractère "juif et démocratique" d’Israël - un paradoxe dont la poigne de fer a contribué à ouvrir la voie à la catastrophe dans laquelle nous sommes aujourd’hui plongés.
Cette tromperie doit cesser en reconnaissant clairement qu’il ne reste que deux voies : soit un État juif, messianique et génocidaire, soit un État véritablement démocratique pour tous ses citoyens.