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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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L’affaire des caricatures ou la chronique d’une crise de civilisation annoncée.
Sami SHIRAZI,
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"La liberté d’expression reste une valeur humaniste née des Lumières et des principes fondamentaux de 1789, et, à ce titre, elle se doit d’être généreuse et fraternelle, et non offensante et raciste."

La publication de 12 caricatures médiocres du prophète Mohamed par un quotidien danois a au moins permis de mettre en évidence, une fois de plus, deux points fondamentaux des relations nouées entre l’Europe et le Moyen Orient.

Le premier rejoint les leçons de démocratie données sous forme de diktat au monde musulman par un occident à bout de souffle, haletant sous le poids des réformes d’un néo-libéralisme triomphant. Le second concerne, de façon logique, les réactions soigneusement provoquées, de ce même monde musulman qui, au-delà de sa violence chronique, laisse apercevoir une certaine zone de fracture interne à son propre système de valeur.

Un débat piégé

Une caricature n’est pas une œuvre d’art, c’est un engagement, une prise de position politique et culturelle ; elle se doit d’être réfléchie quant à son impact, c’est l’évidence. On connaît bien l’effet catastrophique qu’eurent les caricatures antisémites de l’entre-deux guerres sur les mentalités collectives à partir de la fin des années trente. La liberté d’expression reste une valeur humaniste née des Lumières et des principes fondamentaux de 1789, et, à ce titre, elle se doit d’être généreuse et fraternelle, et non offensante et raciste. En portant un débat piégé sur le terrain de l’identité religieuse bafouée, les auteurs de ces caricatures apparaissent comme étant les exécutants d’un programme d’exploitation ultérieur des conséquences attendues. Car la réaction du monde musulman a été violente, et ce pour deux raisons, antinomiques sur certains points. Tout d’abord la récupération politique par des régimes arabes et musulmans désireux de faire oublier leur apathie en matière de réforme sociale en exploitant des prismes de substitutions : la cause palestinienne, l’anti-américanisme populaire et, aujourd’hui, cette affaire des caricatures du prophète Mohamed. Tout semble bon pour permettre aux masses de se défouler tout en épargnant soigneusement les causes nationales. Mais la légitimité politique de ces régimes semble fragile, la douloureuse expérience de la dérive baasiste en Irak l’a montré. Ces sociétés sont également traversées par un profond sentiment d’injustice auquel il faut ajouter maintenant celui d’une islamophobie qui de cesse de gagner du terrain depuis le 11 septembre 2001. Et l’effet semble réussi ! En blessant inutilement des millions de personnes, ces caricatures servirent la cause des plus radicaux parmi les mouvements islamistes. Quelle meilleure aubaine pour exacerber davantage les frustrations de leurs coreligionnaires en montrant, preuves à l’appuie, qu’une nouvelle croisade a bien commencé !

Les réactions sunnites

Répartition des Musulmans dans le monde
Sunnites : vert clair ;
Chiites : vert sombre
Source

Un détail reste révélateur, les réactions les plus longues et les plus violentes ont eu lieu dans les pays sunnites, là où l’influence des mouvements radicaux demeure la plus forte. En effet, le clergé chi’ite, celui des ayatollah, gère d’une main de fer l’ensemble de la communauté des croyants, et, nonobstant son caractère théocratique, il demeure, parfois de façon contradictoire, un garant contre la dérive de certains mouvements autonomes et incontrôlés. Ceux-là mêmes qui cherchent à s’imposer de plus en plus dans le jeux politique des pays musulmans par le biais du populisme et de la violence en devenant les nouveaux acteurs incontournables du fonctionnement intérieur de ces sociétés.

Et n’est-ce pas là un des effets de genre recherché par ces publications ?



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