Emilia Perez de Jacques Audiard a été présenté au festival de Cannes le 18 mai 2024 où il a été très applaudi. D’aucuns lui promettaient la palme d’or mais finalement, Emilia Perez a obtenu le Prix du jury et le Prix d’interprétation féminine collectif pour Zoe Saldana, Selena Gomez et Karla Sofía Gascón qui interprète à la fois Manitas Del Monte, le baron de la drogue et Emilia Perez (jeu de l’actrice mais aussi prodige du maquillage !).
À quelques rares exceptions près, la critique a plébiscité le film et les articles ont été élogieux.
Et in fine, le film de Jacques Audiard a été retenu par le CNC pour représenter la France aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger et ouvrira, le 29 octobre, la 28ᵉ édition de l’American French Film Festival (Tafff) à Hollywood.
Distribué par Pathé et sorti en salles le 21 août 2024, Emilia Perez a réalisé, à ce jour, plus de 730 000 entrées en France. Le public a suvi les professionnels. Dès lors les réserves sur le film risquent fort d’être inaudibles ou pire rejetées car à contre-courants voire blasphématoires.
Pour autant, la métamorphose du chef sanguinaire d’un cartel de drogue en patronne d’une ONG dédiée à la recherche des corps des victimes de ces mêmes cartels pose questions. Traitement hormonal, puis chirurgical engendrent un changement d’identité qui s’accompagne d’une véritable conversion. En changeant de sexe, il/elle quitte le côté obscur, abandonne la violence pour la compassion : une véritable conversion qui donne corps (sic !) à une essentialisation des genres. D’autant qu’un mouvement de balancier s’opère, à nouveau, lorsque Jessi (Selena Gomez) son ex-épouse lui annonce son projet de remariage et que, donc, elle va lui enlever ses enfants. Alors resurgit en Emilia, Manitas Del Monte, la virilité et par conséquent la violence…
Tout comme interroge le traitement cinématographique : choix du cinémascope, du tournage intégralement en studio en France (et donc fort loin du Mexique !) et surtout de la comédie musicale. Aux antipodes de la filmographie antérieure de Jacques Audiard, ces choix engendrent une forme de mise à distance (il ne s’agit en rien de distanciation au sens brechtien) du sujet par une forme qui exprime un refus d’une prise en charge effective et sérieuse des questions posées par le changement d’identité suite à celui de sexe et, surtout, de la violence liée au narcotrafic qui a fait et continue de faire des dizaines de milliers de victimes au Mexique (de décembre 2006 à fin 2023, plus de 400 000 homicides soit plus de 60 par jour !). Une sorte de traitement potache pour un pied de nez, bien dans l’air du temps, aux questionnements contemporains...
Mato-Topé
Une affiche kitch bien en phase avec le film