Divergences Revue libertaire en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
L’autre guerre de Nethanyaou.

Pendant que le monde entier a les yeux tournés vers le carnage gazaoui et tente de chercher à sortir de ce merdier, une autre guerre a lieu. Moins meurtrière en nombre certes mais bien plus dangereuse à terme pour Israël en tant que pays. Cette fois-ci, les ennemis de l’Etat israélien dûment identifiés ne sont ni Iraniens, ni Yéménites, encore moins Palestiniens. Il s’agit de juifs israéliens. Il est toujours possible de dire que le premier ministre Nethanyaou est mal entouré, prisonnier d’une majorité qui ne tient que par les voix de quelques députés extrémistes de droite. Les évènements de ces derniers jours et particulièrement celui qui s’est passé le 28 janvier à Jérusalem ne laissent plus aucun doute, « Bibi » est partie prenante à ce qui se dessine, le troisième chapitre de cette nouvelle guerre, commencée le 7 octobre 2024.

Le spectacle le plus étrange de la "Conférence pour la victoire d’Israël", qui s’est tenue dimanche soir au Centre international des congrès de Jérusalem, n’était pas la carte représentant des dizaines de nouvelles colonies que les colons israéliens espèrent établir dans toute la bande de Gaza une fois la guerre terminée. C’était le moment où des milliers de personnes ont dansé dans la salle en chantant des chansons de célébration - un spectacle rare dans l’Israël de l’après-7 octobre, alors que la majeure partie de la nation pleure encore les victimes des attaques menées par le Hamas et craint pour la sécurité des otages à Gaza.

Rassemblés devant une grande carte de Gaza où figuraient les sites prévu pour de nouvelles (futures ?) implantations juives plusieurs milliers de ces nouveaux conquérants étaient rassemblés. Parmi eux, l’agence de presse +972 avait dénombrén 11 ministres et 15 membres de la coalition au pouvoir. Cela fut l’occasion de danser, chanter et prendre beaucoup de plaisir. Il y a effectivement de quoi se réjouir. Pour eux, le 7 octobre a offert une occasion sans précédent de reconquérir Gaza et, si possible, de faire en sorte qu’il n’y ait plus de Palestiniens à l’arrivée des nouveaux colons.
Pourtant, pour les participants à la conférence - parmi lesquels 11 ministres et 15 membres de la coalition, qui se sont joyeusement joints à la danse - il y a effectivement de quoi se réjouir. Pour eux, le 7 octobre et la guerre qui a suivi ont offert une occasion sans précédent de reconquérir Gaza et, si possible, de faire en sorte qu’il n’y ait plus de Palestiniens à l’arrivée des nouveaux colons.

Le ministre des finances, Bezalel Smotrich, a commencé son discours en émettant quelques réserves quant à la joie qui régnait :"Je dois dire que j’éprouve des sentiments mitigés face à l’atmosphère qui règne dans cette salle", a-t-il déclaré, avant d’ajouter immédiatement : "Mais il y a quelque chose de naturel et de sain dans ce qui se passe ici, dans la force, dans la joie, dans la dévotion à la Terre d’Israël, qui a le potentiel de donner une force énorme". Le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a parlé de "migration volontaire", comprenant apparemment la nécessité de modérer quelque peu son langage à la lumière des procédures judiciaires en cours devant la Cour internationale de justice (CIJ).

Malgré la participation impressionnante de ministres et de membres de la Knesset issus du parti Otzma Yehudit de Ben Gvir, du parti sioniste religieux de Smotrich, du Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du parti ultra-orthodoxe United Torah Judaism - quatre des partis qui composent la coalition actuelle - les véritables vedettes de la conférence étaient le chef du conseil de Samarie (Nom juif de la Cisjordanie), Yossi Dagan, et la présidente de la principale organisation de colons, Nahala, Daniella Weiss. Avant le 7 octobre, ils étaient occupés en Cisjordanie, à Eviatar et Homesh, où ils ont reçu l’appui du gouvernement à rétablir des avant-postes précédemment démantelés. Depuis le début de la guerre, cependant, un nouveau marché s’est ouvert pour ces entrepreneurs enthousiastes - et ils ne comptent pas laisser passer l’occasion.

Les Accord d’Oslo sont morts et enterrés. Une fracture profonde dans l’armée israélienne à lieu. Gwenaelle Lenoir rapporte dans Mediapart comment la partie intégriste des soldats juifs opèrent dans les ruines gazaouies, Thora en tête, chants religeux en chœurs. Les croisés occidentaux à la conquête des lieux dits saints autour de l’an Mil avançaient aux cris de Montjoie Saint-Denis, il en est de même aujourd’hui. Par-dessus cela, à côté, simultanément, cette soldatesque religieuse pille avec l’accord des Rabbins tout ce qui est possible de ramener. Des souvenirs comme n’importe quel touriste ?

Pendant que les Etats impliqués dans cette guerre tentent de trouver une porte de sortie à travers une forme ou une autre d’autonomie palestinienne, Nethanyahou vient de réaffirmer qu’il n’en était pas question. Pour lui et ses affidés la fin de la guerre à Gaza passe par la main mise sur toute la Cisjordanie à terme. Voilà les buts de sa guerre.
Pierre Sommermeyer