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Revue de presse

 Sortir de la guerre d’Israël : leçons depuis la révolution syrienne  » M. Sakhi AOC

Extraits :

C’est en Syrie, nous l’avons montré, que la critique révolutionnaire a connu sa plus grande inventivité.
[...]une nouvelle brèche de la critique radicale des constructions nationales et de leurs grands mécanismes,
catégorie singulière non seulement dans la région, mais dans l’histoire du principe même de « Révolution ». Elle donne à voir une expérience radicale du point de vue de la remise en cause du cadre westphalien moderne. Dans le monde arabe, elle propose une série de ruptures à l’échelle d’une société configurée par la longue construction nationale. Sa temporalité, ses mots et les pratiques de ses acteurs laissent entrevoir des politiques que l’on retrouve d’une manière ou d’une autre dans de nombreuses situations, en Palestine-Israël en l’occurrence. Trois points permettent de résumer les similitudes entre la révolution syrienne et la question palestinienne contemporaine ... la résistance palestinienne partage avec la révolution syrienne le caractère défensif de l’existence des collectifs et des familles au moment de l’offensive déshumanisante et guerrière absolue.

Le Palestinien, comme le Syrien, constatant « la trahison » du gouvernement l’assujettissant par la violence extrême, il se tourne vers sa société même : enracinement dans sa terre, revendication des droits collectifs et communs, défense de sa communauté, appel à résister pacifiquement contre l’occupation.

Comme en Syrie, la réponse d’Israël a emprunté la voie de la guerre de destruction massive des civils plutôt que le droit et la politique - les deux gouvernements syrien et israélien ont en partage, la violence excommunicatrice au profit de la déshumanisation d’une population.

L’adoption définitive de la judaïté de l’État radicalise la ligne du rejet des Palestiniens et de leurs droits, marquant ainsi une rupture définitive avec au moins une des visions sionistes fondatrices, celle prônée par un penseur comme Martin Buber.

À Gaza, l’organisation pionnière de cette représentation tombe dans le terrorisme nihiliste qui se distingue des résistants armés défendant leurs vies et leurs communautés face aux soldats de l’occupation
C’est dans ce sens, nous l’avons montré dans le livre, que les Syriens appelaient au djihad défensif et à l’intervention internationale contre le régime de Damas.
Ensuite, la baisse de la lutte pour l’accaparement du pouvoir étatique à la lumière d’un Printemps arabe favorisant les mouvements de la critique du pouvoir, trouvant un écho au sein de la société palestinienne.

Cette période est ainsi celle du nationalisme anticolonial et prend fin avec le Printemps arabe, lequel acte la fin de la croyance selon laquelle l’État réellement national est la matrice de l’émancipation collective

S’agissant des Palestiniens, quoique le Printemps arabe – quel État postcolonial critiquer quand on est encore sujet colonisé ? – ne les a que peu atteint, cette autonomisation de la quête d’émancipation à l’égard de la revendication à l’État réellement national est perceptible dans l’abandon de plus en plus marqué du référent national et indépendantiste à la suite de l’empêchement d’Oslo.

Cette guerre n’abstraie pas les aspirations des Palestiniens et des Israéliens pour la paix.

Au-delà de la nature de cette bataille pensée par le gouvernement extrémiste israélien comme étant finale, elle représente une occasion pour la jeune génération des Palestiniens et des Israéliens de refonder une nouvelle politique autour de la fin des grands mécanismes de l’occupation et de l’humiliation

La guerre actuelle est la manifestation sanglante de la fin du sionisme fondateur d’Israël et du nationalisme propulsant les premiers mouvements de la lutte anticoloniale palestinienne.


 Klarevue People Love Dead Jews

Dara Horn est journaliste, essayiste et professeure de littérature yiddish et hébraïque. Dans cet entretien, elle revient sur ce qui l’a poussé à écrire en 2021 People Love Dead Jews (WW Norton & Co, non traduit en français), et sur la question qu’explore ce livre : pourquoi les juifs morts suscitent-ils tellement plus d’intérêt que les juifs vivants ? Entre ritualisation d’une mémoire stérilisée de la Shoah, fascination pour la figure du juif réduit à être victime impuissante et déni de l’actualité de l’antisémitisme, Dara Horn interroge la manière profondément ambiguë dont l’Occident, et en particulier l’Amérique, se rapporte aux juifs, et aux fantômes qu’ils évoquent.

Extrait : En fait, j’ai trouvé remarquable à quel point les gens semblaient se délecter à l’idée de montrer leur soutien aux juifs assassinés, jusqu’à ce qu’Israël réponde par la force. C’est ainsi que les gens aiment les juifs : impuissants à arrêter leur propre massacre. Dès que les juifs font preuve d’une quelconque capacité d’action, c’est fini.

la hantise que les juifs représentent, au-delà et indépendamment de ce qu’ils sont réellement. En un sens, le fantasme a toujours compté dans la formation de l’antisémitisme, évidemment. Mais il y a un pas qu’on franchit sans doute quand on passe du fantasme au fantôme, ou au fantomatique. Il faudrait inventer un mot pour saisir ce changement ; l’« hantisémitisme » serait alors la catégorie plus adéquate pour saisir la manière dont la présence des juifs hante littéralement l’Europe d’aujourd’hui et génère, non pas forcément une haine, mais plutôt un profond malaise, qui fait qu’on ne veut pas regarder ce qu’ils vivent effectivement, et qu’on cherche en fait à les conjurer.

 Israel-palestine-notre-responsabilite

Blog Mediapart Jean Baubérot[

Extraits : Tout d’abord, j’assume ce qui m’a valu une volée de bois vert : qualifier l’acte commis par le Hamas le 7 octobre, d’ « acte terroriste ». L’argumentation d’Éric Coquerel, reconnaissant un « crime de guerre » mais récusant l’appellation de « terrorisme », me paraît déficiente. Selon lui, une telle qualification transformerait le conflit en guerre de religion, caractéristique qu’il faut récuser.

L’important est la nature de l’acte lui-même. En visant à faire le plus de victimes possible sans distinguer entre militaires et civils, le Hamas a commis un acte terroriste.

Il n’en reste pas moins que je réécris ce qui a semblé insupportable à quelques-uns : je ne souhaite pas voir le Hamas diriger un futur Etat palestinien, Etat du reste qui relève malheureusement actuellement de l’utopie pure à cause du refus dominant en Israël d’engager une politique en ce sens.

 Une histoire intellectuelle de la laïcité

En fin de ce texte intéressant sur la laïcité, dont Baubérot est un des spécialistes, il y une note réponse aux critiques à lui adressées suite à son texte précédent.
extraits le sionisme est une conséquence historique de l’antisémitisme occidental (et, non, on ne peut pas s’en exonérer facilement en prétendant que c’étaient seulement les « classes dominantes » : il a existé un antisémitisme socialiste) et il me semble important de le rappeler aujourd’hui, afin de contribuer à éviter tout amalgame.

On peut, cependant, ajouter que l’antisémitisme, et même le moindre manque d’empathie envers les juifs, dessert la cause palestinienne, puisque le discours de dirigeants israéliens consiste à prétendre que, hors d’Israël, les juifs ne vivraient pas en paix. Bref, la question « comment ne pas minimiser ce que subissent les Palestiniens […] sans que nos propos contribue, même indirectement, à un développement de l’antisémitisme en France ? »

  Guerre sainte Mediapart

Extraits : Israël : la guerre sainte des soldats sionistes religieux

Depuis plusieurs décennies, les nationalistes religieux ont décidé d’investir l’armée israélienne. Leur présence importante, dans l’infanterie en particulier, a des conséquences sur le champ de bataille, comme le démontrent des milliers de vidéos postées sur les réseaux sociaux.

Devant un immeuble en ruine réduit à l’état de carcasse, sur un autel improvisé, un rouleau de la Torah est posé verticalement. Devant l’autel, des soldats en uniforme psalmodient une bénédiction.

Des académies militaires et religieuses

Ainsi sont nées les hesder yeshiva, des académies religieuses qui permettent aux futurs appelés sous les drapeaux de poursuivre en parallèle pendant cinq ans études talmudiques et formation militaire puis service actif.

  À Gaza, les soldats israéliens mettent en scène leurs crimes

en vidéo Orient XXI
Si beaucoup de Gazaouis se sont transformés en journalistes reporters d’image pour documenter le massacre en cours, les vidéos ne manquent pas du côté des militaires israéliens, qui eux filment leurs exactions, brandissent leurs forfaits, avec la complicité de leur hiérarchie.

 L’histoire oubliée de la dissidence juive américaine contre le sionisme

+972

Extraits : Dans le monde des lettres, une pléthore d’ouvrages d’auteurs juifs ont paru ces deux dernières années, critiquant vivement le sionisme lui-même, certains le rejetant même.

Levin n’a pas écrit "Notre question palestinienne" en tant que partisan. Il s’agit d’un travail d’historien compétent, fondé sur des recherches d’archives et une méthode historique solide, dont la teneur n’est ni idéologique ni historique. Mais cela ne signifie pas qu’il n’a pas de préoccupations présentistes.

L’une des façons de cadrer l’agenda présentiste est d’exprimer deux préoccupations que de nombreux pro-israéliens expriment souvent : premièrement, "regardons vers l’avenir et non vers le passé ; pourquoi revenir sur de vieux débats alors que les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont réels et urgents ?" ; et deuxièmement, "comment cette jeune génération de Juifs américains peut-elle se retourner contre Israël, et pourquoi se rebelle-t-elle contre l’éducation sioniste que nous avons préparée pour elle ?"

  La nouvelle lutte de classe

Le Grand Continent

La lutte des classes est de retour, pas tant en termes marxistes et matérialistes qu’en tant qu’affrontement politique entre différents groupes, au niveau socioculturel, au sein des États-nations. C’est une thèse qui commence également à refaire surface au niveau international. Le dernier livre magistral de Michael Lind, The new class war, décrit précisément ce à quoi nous sommes confrontés et que nous refusons de voir. La thèse de Lind est simple et puissante : nous sommes entre les mains d’une élite technocratique, vivant barricadée dans ses enclaves, tandis qu’à l’extérieur il y a une classe moyenne et ouvrière (l’auteur n’a pas peur d’utiliser la classe ouvrière pour regrouper tous ceux qui sont à l’extérieur du système globalisé, vivant dans des réalités périphériques et territorialisées) de plus en plus désorientée et incisive

  Éprouver la guerre civile,

Le Grand Continent
Une figure qui nous paraissait très importante pour penser la guerre civile telle que nous l’entendions, c’est l’État, qui n’existe pas au sens moderne du terme à l’époque médiévale et à l’Antiquité. Nous ne voulions pas tomber dans une description tellement large qu’elle en deviendrait molle et peu rigoureuse. Circonscrire l’étude à des époques où l’institution centrale sous sa forme étatique est puissante nous permettait de rendre les situations comparables.

 Introduction à la métaphysique de l’Anthropocène

Le Grand Continent-

Depuis sa création en l’an 2000 par le climatochimiste Paul Crutzen, le concept d’Anthropocène s’est imposé pour désigner une époque en laquelle « l’homme » (en grec ánthrôpos) est devenu « une force géologique majeure » capable d’impacter l’écosystème terrestre, en l’occurrence sous la forme de ce que l’écologue Gerardo Ceballos et les biologistes Anne et Paul Ehrlich ont appelé en 2015, dans un livre qui porte ce titre, « l’annihilation de la nature » : notre époque est en effet celle de la Sixième extinction dans l’évolution de la vie sur terre, la dernière en date étant celle qui, à la fin du Crétacé il y a 66 millions d’années, a conduit à la disparition des dinosaures et à l’avènement des mammifères. Le concept d’Anthropocène demeure problématique, la rapidité avec laquelle il s’est imposé atteste néanmoins du besoin de nommer, pour la penser, la situation critique en laquelle se trouve aujourd’hui l’humanité : la crise écologique constitue en effet, avec l’avènement de l’Intelligence Artificielle, le plus grand défi qu’elle ait jamais eu à affronter.