Je ne vais pas arriver à aller défiler derrière
François Hollande, Angela Merkel et la cohorte de tous ceux qui leur ressemblent.

"C’est peut-être un peu tôt pour dire ça. C’est peut-être même indécent mais on en a vu d’autres ces jours derniers, pas vrai ?

C’est étrange à dire mais un truc m’a frappé en faisant défiler sous mes yeux les portraits des dessinateurs tués parus dans les journaux. Leur âge. Ce sont de vieux anars, insiders en diable, irrévérencieux comme il était audacieux de l’être il y a 50 ans. Pas « islamophobes » pour un sou à mon avis. Juste anticléricaux. Mais bouffant encore du curé comme si ça restait d’époque alors qu’on vit dans un monde quasiment vidé de toute transcendance d’une part, de toute autorité d’autre part.

[Là, je sens qu’il faut que je précise fissa que leur assassinat est monstrueux, que les frères Kouachi étaient des fauves et que je suis contre le meurtre, OK ? Par ailleurs, je certifie être en train de faire 20 pompes pour ma pénitence].

Il n’en reste pas moins cette étrange impression, quand on compare l’âge des tués et celui des tueurs, que c’est un peu la « France d’aujourd’hui » qui s’en prend à la « France d’avant ». Une « France d’aujourd’hui » qui inspire de l’horreur mais qui est, qu’on le veuille ou non, telle que nous l’avons fabriquée.

Le « padamalgam » n’est pas trop ma tasse de thé. Je trouve très con de dire que « tout ceci n’a rien à voir avec l’Islam », dès lors que des types tuent au nom d’Allah. Pour autant, j’en viens à trouver incongru, à force, qu’on ne parle plus que de l’Islam. L’Islam est une religion. Les religions ont une fonction sociale, en général. Elles servent à charpenter, à structurer les groupes humains, à garantir leur pérennité, à leur fixer des cadres donc des limites. Elles ont nécessairement une fonction de conservation, sinon à quoi bon ?
A l’inverse, ce à quoi on a assisté semble être davantage l’expression délirante d’un nihilisme absolu. Ce sont des « jeunes d’aujourd’hui » qui, après avoir semé la désolation, mettent en scène leur propre suicide en essayant désespérément de lui donner du panache (« on a un code de l’honneur »....). L’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, l’a dit « ils ne trouvent de sens à leur vie alors ils essaient d’en donner un à leur mort ». Je me demande si ce pauvre Mahomet, qui me semble avoir été bien moins morbide, bien plus jouisseur que cela (combien d’épouses déjà ?) a vraiment tant à voir avec tout cela.

Du coup, il y a, un peu lancinante, cette impression désagréable que la manifestation dite « d’union nationale » ne sera finalement qu’un défilé de la « France d’avant » célébrant ses vieux héros, morts bêtement pour avoir cru qu’être encore voltairien en 2014 avait toujours du sens. Mais après ? Quand on se sera tenu bien chaud sur la place de la République ? Quand on aura fini de se congratuler tout en s’émerveillant de la noblesse de notre cœur et de l’élévation de nos sentiments, on fera quoi ?

Je crois que je ne vais pas y arriver. Je ne vais pas arriver à aller battre le pavé aux côtés de ces gens, ces « responsables » qui continuent à croire dur comme fer qu’ils sont des chics types alors qu’ils ont fabriqué ce monde abominable. Je ne vais pas arriver à aller défiler derrière François Hollande, Angela Merkel et la cohorte de tous ceux qui leur ressemblent. I’m so sorry."

Coralie Delaume

samedi 10 janvier 2015