Guerrero, Mexique, 14 mai 2020
Face à la militarisation
MEXIQUE : Congrès national indigène

Au Congrès national indigène,
Au Conseil indigène de gouvernement,
Aux peuples du Guerrero,
Aux peuples du Mexique et du monde,
À la Sexta nationale et internationale,
Aux réseaux de résistance et de rébellion,
Aux réseaux de soutien au CGI,
Aux médias honnêtes, libres et autonomes,

Nous, les peuples autochtones qui faisons partie du Conseil indigène et populaire du Guerrero‑Emiliano Zapata, du Front national de Libération du peuple FNLP et de l’Organisation paysanne de la Sierra du Sud OCSS, nous vous informons, sœurs et frères, que nous nous opposons avec grande colère et tristesse à la position politique de la présidence dirigée par Andrés Manuel López Obrador qui laisse libre l’armée et qui l’utilise pour mener à bien la "tâche de sécurité" censée faire face au crime organisé, lequel a provoqué la violence à grande échelle dans nos villages.

Il nous semble que le régime étatique n’a pas changé, mais que le vrai visage du pouvoir actuel s’est renforcé. Il utilise la même méthode que Felipe Calderón qui avait déclaré la guerre au narcotrafic en militarisant le pays en 2006. Cela avait produit de multiples injustices et le deuil de milliers de familles, victimes des mains du crime organisé, resté impuni jusqu’à ce jour : aucune enquête de la part des institutions responsables n’a été menée à son encontre. Le président actuel a promis de rendre justice et, pourtant, il n’a rien fait, bien au contraire, il maintient l’impunité avec laquelle a toujours opéré l’État mexicain.

Pour nous, peuples autochtones, la problématique qui s’intensifie aujourd’hui ne fait aucun doute, conséquence de la stratégie présidentielle de militariser tous les coins de notre pays. Il est clair que l’armée exerce un contrôle sur nos peuples et nos villages. Mais quels objectifs présidentiels poursuit toute cette présence militaire ?

Quelle coïncidence que la militarisation concerne plus le Sud que le Nord du pays... Ne s’agirait-il pas de freiner la lutte de résistance des peuples frères du Congrès national indigène et du Conseil indigène de gouvernement, qui sont aujourd’hui les gardiens dans la lutte pour la défense des terres et du territoire, ceux-là même qui ont maintenu une lutte de longue haleine contre ce système génocidaire et invasif de guerre d’extermination pendant 527 ans ? Et quelle coïncidence que ces décisions de militarisation contre les peuples aient été prises au milieu d’une crise suscitée par le Coronavirus…

Avec l’arrivée des forces militaires, la violence peut s’accroître considérablement comme à l’époque de Felipe Calderón, lorsque les meurtres, les violations aux droits humains et les emprisonnements d’innocents, les culpabilités fabriquées, les disparitions forcées, les féminicides se sont multipliés en même temps que se sont développés la corruption au niveau institutionnel de l’État, les rackets, les extorsions, les menaces de mort, les fosses clandestines et les effusions de sang partout.

La militarisation entraîne des atrocités sanguinaires. Nous avons observé que ces méthodes prônées par le mauvais gouvernement n’améliorent rien, au contraire, elles augmentent les violations des droits humains, les exécutions extrajudiciaires et la torture des combattants sociaux à travers la complicité des trois niveaux de gouvernement.

La militarisation de la quatrième transformation consiste en fait à nous déplacer pour s’approprier de nos terres. Un exemple clair de cela, ce sont les projets comme le Couloir interocéanique de l’Isthme de Tehuantepec, le "Train Maya", le "Projet intégral Morelos", l’extractivisme, les centrales hydroélectriques, l’agro-industrie, les couloirs industriels, les gazoducs, les oléoducs, le fracking et les parcs éoliens.

Il est clair pour nous que ces projets capitalistes affecteront nos peuples et entraîneront la destruction des forêts et la pollution de nos eaux et de nos montagnes, sans compter qu’en outre ils détruiront l’autonomie des communautés et des peuples, mais peu importe cela pour eux.

C’est pour cela que la Garde nationale de la quatrième transformation sélectionne des organisations, des groupes, des personnes et des communautés organisées et résistantes dans le but de les fragmenter, les faire s’affronter, les diviser et les désarticuler, afin de légitimer son discours pour faire aboutir tous ses projets de mort.

Ces chefs d’État qui ont un nom et un prénom ne se préoccupent pas du bien-être des populations. Ce qui les intéresse c’est de s’entendre avec leurs amis milliardaires et peu leur importe d’écraser les villages et les communautés pour s’approprier ce que les peuples originaires ont su préserver pendant des milliers d’années. Ils se précipitent alors pour écrire des lois et les faire passer dans le but de privatiser.

Que soient jugés et punis les commanditaires des meurtres de tous les frères membres du CNI tombés pour avoir défendu la terre et le territoire !

Stop aux féminicides et à la violence contre les femmes !
Liberté pour tous les prisonniers politiques !
Stop aux déplacements forcés !
Stop à la guerre contre les peuples en résistance et en rébellion !

"Plus jamais un Mexique sans nous"

Guerrero, Mexique, 14 mai 2020