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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Confinés, sixème semaine

Samedi 25 -dimanche 26/04/2020

Je ne sais pas si vous avez remarqué, les impôts ne nous ont pas oublié. Quelques chiffres : 75,9 milliards Impôt sur le Revenu, 184,6 milliards de TVA, juste une suggestion à Bercy, remettre aux contribuables leurs impôts pour relancer la consommation donc la TVA … Les sommes dégagées pour palier la crise, pour empêcher que tout s’effondre sont tellement gigantesques que ce petit impôt sur le revenu, payé ou pas, ne changera pas grand-chose, en plus qu’il n’est relevé que par mois.

La colère Tout doucement, elle monte de façon irrésistible. La police réagit en fonction. A Toulouse, pour une banderole affichée au balcon, arrestation, garde à vue, inculpation. Faut dire que cette banderole reprenait ce qui était écrit sur une première page de Charlie Hebdo : « Macronavirus ».

De l’autre côté du fleuve, à Fribourg (Allemagne) ça commence déjà si j’en crois notre journal local : Cela va d’un collectif flou et complotiste qui voit dans l’épidémie de Covid une hystérie collective à des militants pro vélo qui réclament davantage d’aménagements pour piétons et cyclistes, en passant par un restaurant qui appelle ses clients à déposer des chaises vides sur la place de l’ancienne synagogue, les alternatifs d’Attac ou encore des organisations de gauche voulant défendre droits de l’homme et libertés individuelles.

Depuis plusieurs semaines, la gauche fribourgeoise avait interpellé la mairie pour exiger que les mesures d’hygiène ne contreviennent pas à la liberté d’expression et de manifestation. Au niveau fédéral, l’Allemagne n’a pas interdit les manifestations.
Le dilemme pour les organisateurs reste de concilier leurs actions et les mesures de distanciation.

Mercredi dernier, Fribourg-en-Brisgau a déjà connu une manifestation de soutien aux réfu-giés. Les participants portaient des masques, ils sont restés statiques et séparés d’1,50 mètres. Par ailleurs, le mouvement Friday for Future, très actif à Fribourg où l’automne dernier les fameux vendredis ont rassemblé jusqu’à 20 000 personnes, annonce qu’il renonce à des manifestations de rue mais réfléchit à des actions via internet.

Le 24 avril un article du Journal Le monde sur le terrorisme en Allemagne, effrayant, bien plus que le covid19. Il n’y aura jamais un vaccin contre cette peste !

Ouvrir ou fermer les écoles ? Médicalement parlant, pour le Conseil scientifique, il vaut mieux e fermer les écoles jusqu’en septembre. Économiquement ce n’est pas le cas. Ce qui en dit long sur la qualité scientifique des décisions de Macron !

Des masques en pharmacie ! Il suffit d’un décret, mais faut-il encore le faire signer, par qui ? Ma buraliste va faire grise mine, elle en a commandé 200 par son association professionnelle.

Du cinéma : Disons, pour rigoler, je suis producteur de cinéma et tu, toi ou un autre, viens me proposer un scénario comprenant toute cette histoire, ma réponse serait très rapide « Non ! Ça ne va jamais se vendre, ce n’est même pas de la SF, c’est du Kafka à la puissance mille, trop anxiogène »

La question des chiffres : On se demande partout si les chiffres qui nous sont communiqués ne sont pas bidonnés du style, « il y aurait plus ou moins de morts que d’habitude ». La question ne devrait pas être posée en ces termes, mais en termes de contagiosité, de circulation du virus, de ce qui se passe ailleurs qu’en France. Ce qui doit être pris compte c’est la situation des centres de soins, où qu’ils soient, importants ou pas. Il y a trois sortes de population atteinte, ceux qui sont malades et peuvent rester à la maison, ceux qui sont malades et doivent être hospitalisés et parmi eux, ceux qui vont passer en réanimation. Une partie d’entre eux retournera à la maison et d’autres iront à la morgue. A ces catégories il faut ajouter la cohorte des soignants qui sont contaminés et qui parfois succombent. En des temps dit normaux, il n’est jamais arrivés que des soignants soient contaminés par des accidentés de la route et en meurent. Il n’est pas possible de se limiter à seulement considérer le nombre de morts, ce serait passer à côté du phénomène pandémique. Une pandémie touche toute une population, n’en prendre qu’un des éléments, ce serait refuser de comprendre ce qui est à l’œuvre. Certes, cela est effrayant, cela fait peur !

Texte à lire. Gallimard vient de sortir dans ses tracts gratuits un texte de Guillaume de Ma-chaut,un auteur/compositeur de musique du Moyen Age, relatant son expérience de la peste de 1348/49, hallucinant, à lire ici.

Vendredi 25/04/2020

Régions ou territoires ? Donc nous allons être déconfiné dans un désordre total. Au départ il était question de le faire région par région. Ce qui est apparut bientôt comme une aberration, les Régions de notre cher pays relevant de la vision avinée d’un énarque bourré. Le pas suivant dans ce cheminement à haut risque fut le passage à la notion de territoire. Très bien ! Comment les définir. Les départements furent créé à la Révolution de telles façon que leur taille soit telle que chaque citoyen puisse accéder à son chef-lieu en une journée de cheval au maximum. Aujourd’hui un territoire sera-t-il défini en fonction du nombre de malades ou de morts ? Il ne semble pas que cela sera partout pareil, ce qui en soit sera une atteinte à notre république une et indivisible.

Et l’école ? Pour la première fois depuis Jules Ferry, elle ne sera plus obligatoire, mais soumise à la bonne volonté des parents et des enfants aussi, probablement ! Si le poste de ministre de l’EducNat se libère, merci de ne pas penser à moi ! Je ne voudrais pas non plus être professeur, j’en connais quelques-uns qui ne savent pas très bien comment ils vont se tirer de ce mauvais pas.

Les covidés ? Nous avons une parente en mauvaise passe, des amis qui en sont sortis et qui mettent beaucoup, beaucoup de temps pour se remettre. Et toujours la même question, lancinante, sont-ils encore contagieux, sont-ils immunisés et si oui pour combien de temps ? Les enfants sont-ils porteurs sains, dangereux ou pas ? Et pourquoi, sommes nous passés entre les gouttes ? Le syndrome du survivant nous guette-t-il ?


Jeudi 24/04/2020

L’entraide partout. En dehors de l’État des centaines d’initiatives ont pris corps, entraide avec les plus vieux confinés, fabrication de masques, les machines à coudre reprennent de l’activité, des maires de petite villes ou villages créent des groupes WhatsApp pour coordonner leurs efforts vers le déconfinement. Tout cela se passe hors des structures administratives légales. C’est l’illustration même des idées libertaires, la mise en musique de l’entraide de Kropotkine qui ne faisait que rendre compte des capacités de solidarités humaines depuis les origines des temps. Nul besoin de parti, de syndicat, juste faire ce qu’il y a à faire. Partis et syndicats sont incapable de comprendre ce qui se passe en dehoirs d’eux, de comprendre quesous leur yeux se dessine c’est en actes le monde dont nous avons besoin. Il faut donc déconfiner pour que revienne le monde normal.

Garder le contact : Difficile de les garder actifs jour après jour. C’est comme si le carburant manquait. Toutes les nouvelles tournent autour du covid et du 11mai. La comédie des masques continue. Faudra-t-il en porter ou pas ? Peut être mais ce ne sera pas obligatoire ! Dans les rues à côté ce n’est pas obligatoire mais il est interdit d’entrer dans un magasin sans masque. C’est à Kehl, de l’aute côté du fleuve. Tous les bruits circulent ils seront gratuits à Strasbourg distribués par la poste, 5 euros à Paris. Les infos partout deviennent toxiques. Chacun a sa limite, moi j’ai l’impression d’avoir atteint la mienne.

La sécheresse C’est l’alerte parmi les paysans de la riche plaine rhénane Il n’a pas plut depuis début mars, pas suffisamment pour permettre aux céréales de lever.

Juste un texte pêché par quelqu’une pour moi :
Je ne vais pas m’étendre sur tout ce qu’on a fait depuis la crise du Covid-19, vous en avez tous eu des images. Je confirme le manque de matériel, l’improvisation et l’amateurisme total de notre gouvernement, ce non-professionalisme étant heureusement sauvé par des médecins, des chefs et des collègues extrêmement efficaces.


Mercredi 23/04/2020

Pas de montre : Je n’éprouve plus le besoin de porter une montre. Je n’en éprouve plus le besoin ni la nécessité. Avant, il y a longtemps, sans ma montre je me sentais nu. Je devais être à tel endroit à telle heure et à tel autre un ami m’attendait. Aujourd’hui ressemble à hier et demain sera comme aujourd’hui. Seuls changent ces chroniques que je m’astreins à écrire comme le petit poucet laissait choir ses cailloux pour marquer son chemin. Il n’y a plus aucun plaisir à les rédiger, juste un remède contre la folie, contre le naufrage dans ces jours qui ne changent jamais, sauf le dimanche où ma marchande de journaux ferme et c’est à chaque fois un choc pour moi, comme un réveil à la réalité du temps qui passe.

La récession : Donc l’économie est à l’arrêt. Sous la roue de la croissance permanente s’est glissé le grain de sable du covid et cela a suffi. La planète est à l’arrêt. Les chiffres s’alignent les uns après les autres, tous plus consternant les uns que les autres. La récession nous guette, la récession est là avec son cortège de catastrophes. Il faut aller travailler pour redresser la situation. Les enfants doivent retourner à l’école pour que les parents aillent à l’usine. Et particulièrement ces enfants-là sur lesquels on se lamentait alors et qui deviennent aujourd’hui l’excuse majeure pour renvoyer leurs parent au charbon.

Totem : Il est près de chez nous une librairie de quartier. Pas une de ces grandes usines à livres et à tellement d’autre choses. Juste une petite librairie qui donne à notre banlieue un autre air. Le virus l’a fait fermer. Aurait-il put en être autrement, je ne le pense pas, le passage entre les étals de livre était si endroit que les distanciation sociales ne pouvaient être appliquées. Elle s’appelle Totem. Cette fermeture est un désastre et pour ses libraires et pour les lecteurs, locaux ou un peu éloignés. Alors ils nous ont écrit, ils ont écrit à ceux dont ils avaient les coordonnéesµ. Ils ont lancé une bouée sympathique sous forme d’appel au secours. A leurs amis-lecteurs-clients qui leur suggéraient différentes façon de sortir de ce guêpier ils ont dit « …nous pensons qu’il n’est pas encore temps de relâcher nos efforts, au risque que ceux des semaines passés soient rendus vains. Nous considérons qu’il est encore trop tôt pour ce type de mesure de dé-confinement. Nous en avons discuté avec de nombreux soignants. Nous ré-étudierons la question en mai, en fonction de la progression ou non de la pandémie, de nos connaissances sur sa propagation, des moyens de protection à notre disposition et à la vôtre ». Ils ont mis en place non pas une cagnotte de soutien mais la possibilité d’acheter, plus tard, des livres. A leurs lecteurs-clients-amis qui leur ont permis d’avoir ainsi un fond de roulement, une avance de trésorerie ils ont répondu « C’est par centaines que vous nous avez répondu ! Par centaines ! Tous ces mots d’encouragements, de soutien, d’amitié nous vont droit au coeur et nous confortent dans nos choix ».

Mais ou est passé la collapsologie ? OUI effectivement, où. Pablo Servigne a bien dit qu’il avait été surpris, comme ses amis d’ailleurs, mais ! En effet l’affrontement avec les forces de l’argent se dessine. Nous sommes dans un entre-deux, comme dans une mi-temps. Ce qui reste du mouvement ouvrier va être partagé entre des velléités de négocier une reprise du travail pas trop difficile et celles d’essayer de penser un peu plus loin. Nous savons bien qu’ils partent vaincus. La machine à culpabiliser s’est mise en route au nom de la réalité. Le retour du réel ! Il est là à votre porte, à la mienne, à la nôtre. Allez, retournez au travail, il faut bien financer ma retraite et rembourser la dette que les gros ont fait sur notre dos !

Texte à lire : La France est une mère célibataire : Ces femmes ne sont plus des femmes. Ce sont des robots. Des êtres réduits à la seule fonction que la société a bien voulu leur laisser, la fonction parentale. On leur demande d’assumer, financièrement, affectivement, logistiquement, tout en souriant.


Mardi 22/04/2020

Le pétrole : On n’avait jamais vu cela, le baril à moins quelque chose, c’est comme les emprunts à moins 0%. La chute des 7 sœurs, Exxon, Mobil, Chevron, Gulf Oil, Texaco, BP et Shell, la fin du pétrole de schiste, les sables de l’Alberta vont pouvoir respirer, un peu, et le chômage là-bas augmenter à vie d’œil.

La frontière par chez nous :
Jusqu’alors il y avait un jardin des deux rives avec une rivière au milieu. Un espace commun existait de fait qui était la matérialisation du passage permanent et historique entre les deux rives du Rhin, qui même aux moments des guerres a toujours existé. L’espace rhénan n’est pas une lubie d’historiens ou d’autonomistes en mal d’autrefois. C’est un besoin vital, ici. Il a suffi d’une bestiole pour que le pire advienne. La frontière est fermée. Pas à tout le monde ! C’est, disent les cousins allemands pour protéger de la contagion française. Faut dire que l’Alsace a fait fort. Les travailleurs frontaliers peuvent passer avec un tas de papiers, les camions eux ne sont jamais contrôlés. Je ne peux plus, simple passant, aller me chercher mon muessli ou prendre un café. Les magasins de Kehl ont réouvert et nous sommes, à 500 ou 1000 mètres de là, confinés dans notre pays.

La colère : elle gronde, sans aucun doute, mais elle gronde derrière les écrans. Quelques journalistes plus éclairés que d’autres se prennent à penser à la possibilité de changer de ligne politique alors que les politiques ne rêvent que de prendre place. Comme si l’effet covid avait une quelconque influence sur le désir de pouvoir ou la prescience des journalistes.

La carte des covidés  : Souvent je parle avec mon frère en diagonale, eh bien oui, il est au sud de Toulouse et moi je suis à l’est. Donc nous parlons, nous échangeons, nous pouvons même nous empailler. Ce qui me surprends toujours c’est qu’il n’a pas la même vision covidienne que moi. Il m’a suffi de voir une carte de France des régions covidées pour comprendre. Chez lui, il n’y a presque rien. Chez moi c’est rouge vif, et bien sur chez lui c’est rose bien clair, et à côté, en Aquitaine, c’est carrément blanc. La France est coupée en deux, il y a les rouges, Grand Est, Ile de France et Hauts de France. Pourquoi imposer aux Pâles ce qui est incontournable pour les Rouges ? Parce que la France est une et indivisible, pardi ! L’Allemagne vient de donner l’exemple que le fédéralisme était le plus fort. Merci la révolution française !

En vrac : Le Berger de la CFDT vient de suggérer au pouvoir d’imposer les entreprises qui ont profiter de la crise. Pourquoi seulement elles ?

Les croque-morts n’arrivent plus à suivre, peut être faudrait-t-il avertir les futurs mourants d’attendre un peu.

Me suis promené un peu cet après-midi, avec mon ausweis dans la poche. Un tiers des personnes que j’ai croisé portaient un masque. Pour simplement doubler cela il faudra des flics, les mêmes qui arrêtaient ceux qui étaient masqués dans les manifs.

Texte à lire : Morin, Edgar ! Il y a deux auteurs qui m’ont fait comprendre ce qu’était le stalinisme vu de l’intérieur, Edgar Morin avec son livre Autocritique et Dominque Desanti avec Les Staliniens. Étonnamment ce sont les deux seuls intellectuels français à être sorti de cet enfer tant intellectuel que moral et avoir osé faire ce que bien d’autres n’ont jamais oser, alors que le nombre d’entre eux à avoir été les complices du stalinisme est si grand.
Donc ce tract libre est à lire, écrit par un jeune de 99 ans, une forme de testament.

UN FESTIVAL D’INCERTITUDES Toutes les futurologies du vingtième siècle qui prédisaient l’avenir en transportant sur le futur les courants traversant le présent se sont effondrées.