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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Anne M. Erdogan

14 avril, 00:27

J’ai écouté votre discours, monsieur. Ce que j’y ai entendu ce sont les bruits des pièces qui tintent et des billets qui se froissent au fond des poches. A aucun moment je n’ai senti le souffle de l’amour, celui qui créé la vie, murmurer à mon oreille. J’ai vu un acteur – mauvais – faire semblant de regretter des erreurs qu’il faut vite, très vite, balayer sous le tapis. Je l’ai entendu parler d’humilité comme si c’était un sentiment nouveau que nous allions devoir partager. Mais, monsieur, l’humilité n’a rien de nouveau pour une grande majorité de ce peuple que vous avez tant méprisé. C’est, contrairement à vous, quelque chose que nous vivons quotidiennement et un peu plus à chaque instant passé de votre quinquennat (Comme il est long !), cette humilité serait sans doute de tout d’abord reconnaître que c’est un sentiment nouveau, certes, mais pour vous et vos marcheurs seulement et que vous n’avez donc pas à nous en faire leçon.

J’ai vu un acteur – raté – annoncer un enfermement plus long, comme un sacrifice à faire au nom de la sauvegarde du pays. Mais monsieur dans cette prison à ciel ouvert et aux murs de papiers dérogatoires où chacun, terrorisé d’une propagande anxiogène fournie par vos amis les médias de masse, reste enfermé chez lui, il est pourtant des territoires où votre police n’intervient pas. Sans doute est-ce plus facile d’aligner la femme qui va chercher des protections hygiéniques en lui spécifiant que ce n’est pas une nécessité ou l’ancien qui a osé prendre l’air 5 minutes sur le pas de sa porte en sortant sa poubelle. Ca remplit les caisses de l’état de toutes les amendes que vos radars n’auront pas enregistrées. Vous avez donc décidé que nous resterions cloîtrés chez nous – combien de vos amis se sont carapatés dans leurs résidences secondaires en province ? S’y comportant d’ailleurs comme des sagouins et obligeant la mise en place de mesures encore plus drastiques de restrictions de libertés pour ceux qui y vivent à l’année, nonobstant le risque qu’ils ont pris de trimballer leurs miasmes jusque là -cloîtrés chez nous, donc, comme le sont des dizaines d’étudiants coincés dans des chambres de 10m², sans le sou et sans pouvoir regagner leur famille, cloîtrés comme tous ces vieux dans leur mouroir exigu d’établissements hors de prix.

Vous vous adressez à nous, avec ce défaut de condescendance qui vous caractérise, comme à de fieffés imbéciles qui ne comprennent décidément rien à rien. Mais croyez-vous vraiment que nous ayons envie de tomber malades dans cette france (oui, elle a perdu sa majuscule) que vous et vos prédécesseurs ont laissée exsangue au point qu’elle ne puisse plus décemment soigner ses ouailles ? Bien sûr que nous respectons cet enfermement dans ce qu’il a de tolérable, ce que nous refusons c’est ce qui n’y est pas acceptable. Ce que nous refusons c’est l’inversion accusatoire de vos sbires qui voudraient nous faire porter le chapeau d’une incompétence qu’ils maîtrisent à la perfection. Ce que nous refusons ce sont les incohérences continuelles que vous nous infligez quotidiennement depuis le début de cette année, les décisions iniques qui empêchent des traitements, des matériels de protection d’être mis à disposition des gens de ce pays, travailleurs sans relâche dans ce vous avez osé nommé une guerre, comme tous les autres.

Ce que nous refusons, c’est devoir payer, parfois au prix de nos vies, votre incapacité à avoir prévu, vos petites affaires de gros sous avec vos amis de big-pharma, votre soumission absolue à la finance internationale, à un état profond dont vous n’êtes que la marionnette grassement payée pendant que nous crevons la gueule ouverte. Ce que nous refusons c’est que vous placiez – en vous défendant honteusement du contraire – l’économie avant le sanitaire. Ainsi vous allez renvoyer les gens travailler, et pour ce faire renvoyer les enfants dans les écoles dès le mois de mai afin qu’ils les libèrent de leur tâche parentale naturelle.

Mais, monsieur, ce sont pourtant bien vos experts qui nous expliqué comment ces mêmes enfants étaient les vecteurs les plus importants de ce virus. Comment ils sont les premiers à ne pas savoir appliquer ces fameux gestes barrière -encore des barreaux ! - dont vous nous rebattez les oreilles depuis des semaines, comment ils sont pour la plupart asymptomatiques et transmettent conséquemment et vicieusement la maladie. Quelle est l’urgence à ce qu’ils reprennent les cours pour moins de deux mois alors que cette année scolaire est déjà morte.

Quelle est l’urgence d’ajouter de l’anxiété là où il y en a déjà beaucoup. Et si tous ces petits ne tombent pour la plupart pas malades, il en est quand même quelques rares qui en sont morts. Vous êtes prêt à prendre cette responsabilité sur vos épaules au nom du sacro-saint euro ? Nous, nous ne souhaitons pas prendre ce risque, comprenez bien cela.

Dans votre grande mansuétude vous avez aussi pensé aux plus anciens, aux plus fragiles à qui vous demandez logiquement de continuer à se protéger en ne sortant pas. Mais savez-vous que ces mêmes personnes meurent à petit feu de solitude, de manque de soins, de ce sentiment immense d’abandon ? Comment pourrait-il être plus supportable pour eux que pour d’autres de rester enfermés sans même pouvoir prendre un brin d’air ? Avez-vous seulement réfléchi à ceux qui sont bloqués dans l’horreur d’une chambre d’ehpad ? Votre cynisme est allé jusqu’à leur permettre d’être accompagnés au moment du râle agonique, surtout pas avant ! Vous ne propagez que le culte de la mort, celui de la vie vous est étranger.

Non, monsieur, à l’instar de votre préfet à la casquette trop grande, nous ne sommes définitivement pas dans le même camp, et ma colère est immense.