Bandeau
Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
logo article ou rubrique
Les GJ en Alsace
Tour d’horizon des QG et ronds-points alsaciens, six mois après les débuts du mouvement.

Paru dans les DNA

ErsteinComme chaque vendredi soir désormais, plusieurs dizaines de Gilets jaunes investissent le rond-point de la gare pour manifester leur opposition à Emmanuel Macron. Les mots du président de la République, jeudi soir, n’ont convaincu personne ici.

« Le coût de la vie augmente aussi pour ceux qui gagnent plus de 2000 €, non ? »

« Comme d’habitude, il était très flou et a pris une posture de roi, imbu de sa personne », souffle Germain, Gilet jaune de la première heure. L’employé de la sucrerie ne fait pas confiance au chef de l’État, qui est revenu sur sa promesse de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires.

« Pourquoi ne changerait-il pas d’avis sur les autres sujets ? », glisse-t-il. Béatrice, elle, espérait des gestes plus importants pour les retraités.

« Certes, il réindexe les retraites sur l’inflation, mais seulement pour ceux qui gagnent moins de 2 000 € par mois. Mais le coût de la vie augmente aussi pour ceux qui gagnent plus, non ? »

Entre deux klaxons, elle s’indigne de la lenteur de la mise en place des mesures. En effet, la réindexation n’interviendra qu’en 2021. « Et pourtant, les députés votent une loi Notre-Dame-de-Paris une semaine après l’incendie. Je suis ravie pour la cathédrale, mais il y a clairement deux poids deux mesures. »

Anne, venue de Sermersheim, attendait des annonces sur le pouvoir d’achat. « On ne parle plus du prix du carburant, qui avait mis le feu aux poudres en novembre, mais il est toujours aussi haut », s’alarme-t-elle.

Pour aller au travail, cette fonctionnaire à l’Eurométropole dit dépenser 180 euros par mois. « Je gagne trop pour toucher les aides, je suis en plein dans la classe moyenne ».

D’autres ont pris la conférence de presse avec plus de recul. « Je m’endormais pendant qu’il parlait », pouffe Angelo, 55 ans. La baisse de l’impôt sur le revenu pour les classes moyennes ? Il fait une moue de concession. « Mais ça ne change rien au fond, s’empresse-t-il de dénoncer. Ce discours n’était pas à la hauteur des enjeux. »

Carspach. À quelques dizaines de mètres du rond-point de la RD419 à Carspach , le Mobil’Jaune des gilets jaunes sundgauviens se niche toujours dans le coin d’un champ soigneusement labouré, accessible par une petite voie communale. Il continue d’être fréquenté « régulièrement » par une cinquantaine de personnes. Si la cheminée du Mobil’Jaune fume dès le matin, celui-ci reste désormais fermé jusqu’à 16 h, « alors qu’il ouvrait à 10 h il y a encore quelques jours », explique Laurent, porte-parole du groupe. Par ailleurs, des réunions de réflexion et de discussion sont organisées le lundi, pour le grand public et le vendredi, en interne. Les gilets jaunes sundgauviens guettent aussi les résultats des élections européennes pour voir quelle suite donner à leur action.

Secteur de Mulhouse. Leur QG est depuis le mois de novembre le rond-point Kaligone. Si les gilets jaunes mulhousiens ont bien tenté d’étendre leurs territoires jusqu’au Pôle 430, ils n’ont jamais laissé tomber leur campement originel, et ce, même après que les agents de la direction départementale des routes l’ont nettoyé le 19 décembre dernier.

Depuis le début de l’année, des baraques en dur ont été montées (à côté du restaurant McDonald’s, en face au magasin Magvet et à l’entrée du Kaligone en venant de Guebwiller) Mais en mars, cette dernière cabane a brûlé et n’a pas été remontée. Depuis, les gilets jaunes ont rebaptisé leur QG le Kalijaune et sont présents quotidiennement. « On ne partira pas tant qu’il ne veut pas démissionner (en parlant du président de la République), donc on ne voit pas pourquoi on devrait quitter les lieux. On reste mobilisés et ce n’est pas près de s’arrêter », clament certains irréductibles.

Secteur de Colmar. Dans une ville réputée bourgeoise, les gilets jaunes ont pourtant bénéficié d’un fort soutien populaire, dès le premier soir d’occupation du rond-point de la Liberté, bientôt rejoint par le rond-point de Babou à Horbourg-Wihr, par celui du Ladhof à Colmar (incendié le 11 mars) et d’autres points plus éphémères à Vogelgrun/Volgelsheim, Lapoutroie ou Orbey. Après le 18 décembre, date de l’évacuation forcée des ronds-points, des points d’occupation fixes ont repris sur des terrains privés à Colmar (le 27 décembre, devant Centrakor) et Horbourg-Wihr (toujours devant le Babou) ou public à Vogelgrun (évacué le 15 mars). Une première scission entre gilets jaunes colmariens a eu lieu en janvier, l’un des groupes ayant même créé une association des GJ de Colmar le 15 janvier. Jusqu’alors bienveillant, le maire de Colmar a ensuite sommé les gilets jaunes d’évacuer leur campement de Centrakor, qui a fini par être incendié début mai. De fait, il ne reste plus qu’un point fixe encore actif, celui d’Horbourg-Wihr devant Babou.


Secteur de Haguenau.
Lieu emblématique du mouvement , le rond-point de la RD4, à Roppenheim, n’est plus occupé que par une poignée de gilets jaunes le samedi. La plupart de ceux qui étaient présents sur le campement, avant son démantèlement en décembre, ont choisi depuis un autre mode d’action. « On va donner un coup de main là où on a besoin de nous, sur des ronds-points, ou lors des gros rassemblements comme à Strasbourg », explique Stéphane Beiner, l’une des figures du groupe. Même chose du côté de Haguenau. « Nous ne sommes plus vraiment divisés en QG, étaye Laurence Tournant, membre du groupe haguenovien. On a décloisonné les différents secteurs. »

À Gundershoffen en revanche, l’occupation du rond-point de la RD 662 se poursuit. Une vingtaine de personnes s’y rassemblent tous les samedis. « Les gens doivent savoir qu’on est toujours actifs », explique Richard Ridacker.


Secteur de Sélestat.
Le mouvement des gilets jaunes est devenu protéiforme au fil des mois. Trois groupes distincts existent aujourd’hui, composés de gilets jaunes de la première heure, mais dont les dissensions sur le discours et la méthode ont éclaté sur les réseaux sociaux en mars. « Le mouvement n’a pas forcément évolué dans le bon sens, certains ont parfois oublié les revendications initiales », juge Marion. Un rapprochement est toutefois en marche depuis quelques semaines afin de mener des actions communes. Une trentaine de membres des trois groupes ont occupé un rond-point dans le Val de Villé durant quelques heures la semaine dernière, offrant ainsi une image rappelant les premiers samedis de mobilisation. « C’est la convergence des luttes », sourit Jean-Marc, qui estime que le mouvement a pris un tournant. « On a compris que ni les blocages ni la violence ne sont la solution même si, aujourd’hui, la violence est clairement en face de nous. »

Secteur de Molsheim. À Wasselonne, le QG a été démonté le 15 mars. Les gilets jaunes ont accès à une salle de réunion communale et sont en recherche d’un nouveau site, peut-être sur un terrain privé pour rester dans la légalité. À Molsheim, le QG de base, situé au rond-point de la colonne, a été démantelé mi-novembre. Un nouveau siège avait été installé près de la gare, mais le maire a ordonné sa destruction d’ici la fin du mois de mai. Il a été démonté ce mercredi.
Vers un démantèlement du QG des Gilets jaunes de Molsheim
Le maire de Molsheim a annoncé ce lundi aux Gilets jaunes que leur QG devrait être démonté d’ici à la fin du mois. Toujours aussi motivés, les militants cherchent déjà un plan B.

Les gilets jaunes entendent bien poursuivre leur action et trouver un nouveau lieu de réunion et d’échange. PHOTO DNA

« S’ils croient qu’on va lâcher ils se trompent, on a tenu tout l’hiver, on trouvera simplement un autre lieu », expliquait ce lundi en milieu d’après-midi un militant gilet jaune au sortir d’une réunion en mairie.

Quelques minutes plus tôt, le maire, Jean-Michel Weber, venait d’expliquer à la petite délégation que le groupe devait démonter le campement du parcours de santé d’ici au 31 mai. « Nous avons été, je crois, très bienveillants à l’égard des Gilets jaunes, et j’avais expliqué que nous referions le point au printemps », justifie le maire, qui reconnaît une certaine impatience des services de l’Etat.
Leur QG est aujourd’hui l’un des derniers, et sans doute le plus important du Bas-Rhin

Après leur expulsion du rond-point de Dorlisheim, les Gilets jaunes avaient trouvé refuge en décembre à Molsheim. Leur QG est aujourd’hui l’un des derniers, et sans doute le plus important du Bas-Rhin. « Nous accueillons maintenant des GJ de la vallée de la Bruche et de Wasselonne », explique un membre.

Parmi les raisons avancées au démontage du QG molshémien, la loi sur l’eau. Les services de l’Etat ont clairement fait comprendre que la petite construction était hors des clous au regard du plan de prévention des risques d’inondation.

Le maire ne proposera pas d’autre terrain, mais s’est dit prêt à demander une réunion « en mairie en présence des services de l’Etat et des Gilets jaunes » pour tenter de trouver une solution de repli. Il y fort à parier que ce sera peine perdue. « J’ai dit aux Gilets jaunes que j’allais proposer cette rencontre, je ne sais pas comment ce sera accueilli ».
Pour les Gilets jaunes, le QG est un lieu indispensable à une action qui ne parte pas dans tous les sens

Les Gilets jaunes ont évoqué l’hypothèse d’un terrain privé, mais là encore, les règles en matière d’urbanisme peuvent être avancées « C’est ce qui s’est passé à Brumath, où un agriculteur avait accepté d’accueillir les Gilets jaunes » poursuit ce militant. Ils vont aussi réfléchir à la création d’association, ce qui permettrait d’accéder plus facilement à des salles de réunion, mais ne résoudrait en rien la question du QG.

Pour les Gilets jaunes, le QG est un lieu indispensable à une action qui ne parte pas dans tous les sens. « Ici, on se retrouve. Et si quelqu’un propose une action, on en discute. On ne fait pas n’importe quoi », dit une GJ. Sans QG, certains craignent que les initiatives individuelles intempestives se multiplient.

La présence d’un QG à Molsheim signait aussi une forme de paix sociale dans la cité Bugatti. « Nous avions accepté de les accueillir en échange de l’assurance qu’il n’y aurait pas d’action en direction des commerces ou de blocages à Molsheim. Cela a été très clairement respecté », confirme le maire. La fin du QG pourrait donc aussi rimer avec celle de la paix des braves à Molsheim.

« On va lui pourrir son quinquennat »
Quand on évoque l’avenir avec les Gilets jaunes et l’au-delà des élections européennes, la question se pose d’un débouché politique du mouvement. « Ce qui est sûr, c’est qu’on ne lâchera rien, nous sommes très soudés. Ce que l’on va faire, c’est lui pourrir son quinquennat, comme ça, le suivant sera bien obligé de nous écouter », résume un militant.

Emmanuel Macron avait dit, lors de sa conférence de presse savoir qu’il n’aurait « pas de répit ». Les Gilets jaunes de Molsheim entendent bien ne pas le faire mentir

A Burnhaupt-le-Haut, les gilets jaunes disposent encore d’un cabanon, installé sur un terrain privé au niveau du Pont-D’Aspach, qui est fréquenté ponctuellement, notamment les week-ends.

Dans la vallée de la Bruche, le QG situé à l’entrée sud du rond-point de Schirmeck a brûlé début mars et n’a pas été remplacé.


Soultz
lettre de Macron
Les gilets jaunes du Nouveau monde restent mobilisés. Samedi, ils entendent manifester à Belfort.

Les gilets jaunes du rond-point du Nouveau monde à Soultz sont plus que jamais mobilisés et déterminés. Présents sur le site depuis le 17 novembre dernier, ils ont déménagé le 20 décembre sur un terrain privé voisin pour y installer leur campement. « Nous sommes aujourd’hui près de 150 ici et de nouveaux gilets jaunes continuent de rejoindre nos rangs » explique James, qui est présent là, depuis le début du mouvement.

A la veille d’un déplacement à Belfort pour y manifester, après Strasbourg la semaine dernière, les gilets jaunes du Nouveau monde ont jeté au feu ce vendredi matin la lettre du président de la République. Un geste symbolique mais qui en dit long sur leur exaspération. « Après deux mois de lutte, ce gouvernement de technocrates n’a toujours rien compris » souligne Elio avant de parler « d’enfumage » à propos du grand débat qui s’est engagé à l’initiative du président de la République.

« Au lieu d’écrire une lettre aux français et de discuter les maires, il aurait dû avoir le courage de venir nous voir sur les ronds-points » lance un gilet jaune tandis que sa voisine ajoute : « tout ça ce n’est pas un débat, c’est juste un question-réponse… ».