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Résistances oubliées – Mémoire(s) de la résistance allemande
 : un point aveugle
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Considérée comme juive par les lois de Nuremberg, Inge Deutschkron
a échappé à la déportation et à la mort qui lui était promise grâce au
concours d’autres Berlinois. Elle a rendu hommage à ces Justes dans un
ouvrage, Sie blieben im Schatten, sous-titré Ein Denkmal für „stille Helden“ [1] a fallu attendre le 27 octobre 2008 pour qu’un mémorial soit consacré à ces héros moins silencieux que non reconnus [2], mémorial installé dans les locaux de la fabrique d’Otto Weidt où Inge Deutschkron a travaillé entre 1941 et fin 1942. L’ombre jetée pendant plus de soixante ans sur ces Justes commence à peine à se dissiper en Allemagne : Jo Baier a réalisé un film télévisé Ce n’étaient pas tous des assassins (Nicht alle waren Mörder) en 2006, prix du public du Adolf-Grimme-Preis 2007. Le 9 octobre 2009, Marga(Unter Bauern, Retter in der Nacht [3] ), réalisé par Ludi Boeken, est sorti sur les écrans allemands et a réalisé 135 000 entrées. Écrit à partir des mémoires de Marga Spiegel publiées en 1965, ce film raconte comment des paysans ont caché sa famille de 1943 à 1945.

C’est que la construction mémorielle de la résistance au nazisme a été et
reste encore aujourd’hui un enjeu politique capital en Allemagne dans la
mesure où elle est susceptible de démontrer l’existence de conduites
différenciées par rapport au régime dictatorial et donc de fissurer tout
l’édifice idéologique qui postule une unité ontologique du corps du
« Peuple » et /ou de la « Nation »

La Rose blanche et les officiers supérieurs

Sur les écrans, la résistance allemande se réduit à deux mouvements : la Rose blanche et celui des officiers supérieurs. La mémoire officielle
éprouve encore bien du mal à prendre en compte l’existence des autres
résistants qui furent pourtant extrêmement nombreux malgré la violence
barbare de la répression. Les statistiques fiables des nazis donnent une
idée précise de son ampleur quantitative. Plus de 200 000 personnes furent
condamnées pour motifs politiques à des peines de prison. Un million de
personnes furent envoyées dans les camps de concentration, plus de 30 000
condamnées à mort et exécutées (soit pour les douze années de règne du
nazisme, une moyenne de sept exécutions légales par jour). Tous les
opposants n’eurent pas même droit à une procédure légale menée à son
terme : arrestation arbitraire suivie de tortures, exécution sommaire,
déportation en camp de concentration, enrôlement de force dans des
bataillons disciplinaires furent le sort des autres. Si on tient compte
également de la diaspora allemande et si on ne tait plus la part active prise
par les Allemands à l’extérieur des frontières dans la lutte contre le
national-socialisme, on mesure l’importance quantitative de la résistance
allemande au Troisième Reich. C’est bien pourquoi si Sophie Scholl ne
peut en aucun cas être considérée comme « une des rares héroïnes de
l’histoire allemande », elle incarne bien « une figure devenue quasiment
mythique » au côté des officiers supérieurs assassinés après l’échec de
l’attentat du 20 juillet.

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Notes :

[1Inge Deutschkron, Sie blieben im Schatten. Ein Denkmal für „stille Helden“, Berlin, Hentrich, 1996.

[2Peter Steinbach, « Unbesungene Helden », in : Günther B. Ginzel (Éd.), Mut zur
Menschlichkeit, Köln-Bonn, Rheinland-Verlag, 1993, p. 183 - 203.
3Traduction : « Parmi les paysans, sauveurs dans la nuit ».

[3Traduction : « Parmi les paysans, sauveurs dans la nuit ».



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