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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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K. Selim
L’Algérie n’attendra plus 50 ans, ni 5 ans
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Pour de nombreux Algériens, le cinquantenaire de l’indépendance est un événement lourd de sens malgré les vicissitudes politiques et les dernières illusions évaporées. C’est qu’ils connaissent l’essentiel d’une histoire vivante, avec ses grandeurs et ses bassesses, transformée en zone interdite par les visions étriquées du pouvoir. Cette zone interdite de l’histoire et de ses significations, ils en connaissent la topographie malgré les interdits, les tabous et les édulcorations. Ils savent très clairement ce que fut l’ordre colonial et ils n’ont pas l’ombre d’un doute sur la justesse et la noblesse du combat mené par les militants du mouvement national et par les combattants algériens.

Personne n’émet également la moindre réserve sur le fait que ce combat était mené pour l’indépendance et pour la liberté de l’Algérien, de chaque Algérien. Et c’est à cette aune, à celle-ci seulement, qu’ils énoncent un jugement sur l’état de leur pays, un demi-siècle après l’indépendance. La liberté des Algériens, de chaque Algérien, reste à conquérir. Et ils ont raison ceux qui proclament que sans cette liberté qui institue la citoyenneté, l’indépendance est superficielle. Le cinquantième anniversaire de la vie d’un pays sous la férule continue d’un même système est nécessairement un moment de réflexion, d’introspection et surtout de projection vers l’avenir. Certes, on ne dira jamais assez ce que nous devons à ceux qui ont combattu pour l’indépendance nationale et pour le rétablissement de la dignité que confère la souveraineté. Mais on ne dira jamais assez non plus que l’affliction - qui tourne parfois à l’auto-flagellation ou à la haine de soi - qu’expriment des Algériens sur l’état de leur pays est fondée.

Ce pays pouvait espérer beaucoup mieux dans tous les domaines si l’ordre qui s’est imposé au lendemain de l’indépendance n’avait pas constitué un obstacle et un frein à la créativité, à l’ingéniosité et au développement. Comparativement, ce pays dépense plus que qui que ce soit pour n’obtenir que de très médiocres performances. Pourtant personne n’ignore que l’Etat de droit, la souveraineté de la loi, est le préalable fondateur, celui qui détermine les vraies conditions de la croissance dans un pays où tout reste à réaliser. Comparativement à d’autres sociétés, les combats livrés par les Algériens - de la guerre de libération aux luttes post-indépendance pour la démocratie et la justice sociale - ont été extrêmement coûteux. Et le pays aurait pu s’enfoncer dans un grave délitement sans le salutaire réflexe de conservation de la société. Un réflexe nourri, il faut le souligner, par la prégnance sourde d’une histoire où les raisons d’être fier l’emportent largement sur les aléas qui accompagnent tout mouvement révolutionnaire dans un contexte colonial barbare. Et c’est sur les bases de cette histoire et de ce vécu national que la projection sur l’avenir est source d’inquiétude.

La société algérienne a trop longtemps attendu que les choses changent, elle ne pourra pas attendre cinquante autres années. Elle ne pourra pas même attendre cinq années de plus. Si ceux qui disposent des leviers du pouvoir n’ont pas conscience que l’organisation politique est obsolète, ruineuse et dangereuse, cela n’augure rien de bon. L’heure tourne et il s’agit, clairement, du dernier moment pour impulser le changement politique et établir pleinement les libertés et la citoyenneté. La relative aisance financière actuelle assure une rare fenêtre d’opportunité. C’est donc dès à présent qu’il faut réformer et non pas, à contre-courant, dans des périodes de tarissement des ressources. Il faut être aveugle pour ne pas saisir qu’au-delà de cinquante ans, le ticket du système n’est plus valable et qu’il n’y a que des dégâts à attendre de l’immobilisme.




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